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Eriosyce laui - Une énigme chilienne
Cet article a Ă©tĂ© originellement publiĂ© dans le BRITISH CACTUS AND SUCCULENT JOURNAL, BCSJ vol 23, n°2, juin 2005 sous le titre original âEriosyce laui, a chilean engimaâ par PAUL HOXEY.
Merci Ă PAUL HOXEY et Ă la BCSJ pour leurs autorisations de traduction et de publication sur ce site.
Photos par A. de Barmon et lâauteur.
Pour cette version française, Paul Hoxey et Aymeric de Barmon ont fourni des photos supplémentaires qui n'étaient pas dans l'article original.
Qu'ils en soient remerciés ici.
Paul Hoxey
34 Stonehill Road Great Shelford, Cambridge, CB2 5JL
paul[ a ]hoxey.com
La famille des cactus avec quelques 2.000 espĂšces est incroyablement variĂ©e, avec une bonne part de plantes vraiment uniques. Pendant la derniĂšre dĂ©cennie, un bon nombre de nouveautĂ©s ont Ă©tĂ© trouvĂ©es en AmĂ©rique du Sud, comme Eriosyce laui (1994), Cintia knizei (1996), Puna bonnieae (1997) ou Yavia cryptocarpa (2001). Bien que ces espĂšces ne soient pas Ă©troitement apparentĂ©s les unes aux autres, toutes sont de petites plantes avec une aire de rĂ©partition restreinte qui leur ont permis de passer inaperçues, jusqu'Ă rĂ©cemment. Eriosyce laui est peut-ĂȘtre le moins compris et le plus Ă©nigmatique de ce petit groupe. RĂ©cemment, le genre monospĂ©cifique Rimacactus (Roy Mottram 2001) a Ă©tĂ© créé pour cette espĂšce, bien qu'il n'ait pas Ă©tĂ© universellement acceptĂ©. Cependant, au-delĂ de cette considĂ©ration, cette plante, son habitat, son Ă©cologie et sa morphologie restent extraordinaires. Câest une merveille de la nature qui sâest adaptĂ©e Ă une niche trĂšs spĂ©ciale, dans un des environnements les plus rudes qui soit et a dĂ©veloppĂ© des caractĂ©ristiques et une stratĂ©gie de survie uniques.
La découverte
Spécimen greffé remplissant un pot de 8 cm. J'ai montré cette plante à Alfred Lau en la qualifiant de petite plante. Il me répondit en riant qu'aucune plante d'habitat n'était aussi grosse qu'un seul de ses rejets.
Alfred Lau, au cours de ses explorations en AmĂ©rique du Sud Ă la fin des annĂ©es 1960 et au dĂ©but des annĂ©es 1970, a dĂ©couvert une petite plante en haut des collines au-dessus de la ville de Tocopilla dans le Nord du Chili. Câest une rĂ©gion extrĂȘmement sĂšche oĂč les pluies sont pratiquement inexistantes. La seule source dâhumiditĂ© est la Camanchaca 1) qui vient du large de lâocĂ©an pacifique. Cependant, dans cette partie nord du Chili, elle est tĂ©nue et sporadique, et seule une flore trĂšs limitĂ©e peut survivre. Alfred Ă©tait Ă la recherche de Copiapoa tocopillana (dĂ©sormais considĂ©rĂ© comme une sous-espĂšce de C. humilis) quand il a dĂ©couvert un petit cactus blanc laineux poussant profondĂ©ment dans les fentes des rochers. Il a d'abord pensĂ© qu'il sâagissait dâun jeune Copiapoa, mais des fleurs sĂšches lui ont ensuite suggĂ©rĂ© quâil sâagissait de plantes matures dâune nouvelle espĂšce non encore dĂ©crite et Ă la parentĂ© incertaine. Alfred a recueilli quelques spĂ©cimens, mais malheureusement tous sont morts avant d'ĂȘtre introduit en culture pour Ă©tude. Alfred, n'Ă©tant pas du genre Ă oublier quelque chose de si intĂ©ressant, eut l'occasion au cours de sa visite suivante en AmĂ©rique du Sud, en 1986, de revenir sur le site. Et, mĂȘme aprĂšs 15 ans, de mĂ©moire, il a retrouvĂ© cette espĂšce. Cette fois, les plantes ont Ă©tĂ© mises en culture avec succĂšs, mais la greffe a Ă©tĂ© nĂ©cessaire pour assurer leur survie car leurs racines dĂ©licates avaient Ă©tĂ© cassĂ©es avant dâarriver au Mexique.
Jonas LĂŒthy rendait visite Ă Alfred Ă son domicile, au Mexique, lorsque la mystĂ©rieuse plante a fleuri pour la premiĂšre fois en 1989. Cela leur a causĂ© une grande Ă©motion, les deux compĂšres passant la journĂ©e dans la serre Ă regarder les pĂ©tales sâouvrir. Jonas s'est chargĂ© de la description d'Eriosyce laui, publiĂ©e quelques annĂ©es plus tard dans une annexe de l'ouvrage âThe genus Eriosyceâ par Fred Kattermann. La principale raison du choix de ce genre est le grand fruit rose, creux, conçu pour la dispersion des graines par le vent et ayant des similitudes avec les Islaya, aujourdâhui regroupĂ©s sous Eriosyce par Kattermann. Jonas LĂŒthy a estimĂ© qu'il Ă©tait plus proche des Eriosyce sous-section Islaya, un groupe principalement pĂ©ruvien, mais Fred Kattermann suggĂšre une relation plus Ă©troite avec la sous-section Chileosyce 2). Les plantes de ce groupe possĂšdent une racine trapue en comparaison de leur petit corps et ont Ă©tĂ© placĂ©s dans le genre Thelocephala par certains auteurs.
L'habitat
En FĂ©vrier 2001, j'ai eu la chance d'accompagner Alfred Lau lors dâun voyage au Chili, oĂč notre objectif premier Ă©tait de re-visiter la localitĂ© type dâEriosyce laui. Il y avait prĂšs de 15 ans que personne nâavait vu ces plantes dans lâhabitat et le succĂšs nâĂ©tait pas garanti. Il est gĂ©nĂ©ralement admis que le climat de cette rĂ©gion est de plus en plus aride et que les cactus succombent Ă la sĂ©cheresse. Il a Ă©tĂ© observĂ© que les grandes colonies dâEulychnia iquiquensis, la plante la plus visible de la rĂ©gion, sont en phase terminale et en grande partie composĂ©es dâindividus morts, avec peu, si ce n'est pas du tout, de rĂ©gĂ©nĂ©ration par semis.
Ce n'est qu'en visitant la rĂ©gion de Tocopilla que l'on peut apprĂ©cier Ă quelle point la zone est hostile et en allant plus haut dans la montagne oĂč lâon ne trouve plus aucune sorte de vie vĂ©gĂ©tale. Avant l'aube du 6 FĂ©vrier 2001, nous avons commencĂ© la longue et difficile montĂ©e vers l'habitat des Eriosyce laui et câest en atteignant le sommet de la premiĂšre ligne de collines Ă 850m environ que les rayons du soleil ont commencĂ© Ă nous toucher. Toute la journĂ©e nous avons cherchĂ© sur des pentes rocheuses nues, qui, Ă premiĂšre vue, ressemblent Ă la surface de la lune. Mis Ă part quelques spĂ©cimens de Copiapoa humilis ssp. tocopillana, dâEulychnia iquiquensis et dâEriosyce iquiquensis Ă©pars et trĂšs dessĂ©chĂ©s, il n'y avait aucun de signe de vie. En milieu d'aprĂšs-midi, nous avons dĂ» abandonner notre quĂȘte dâEriosyce laui pour revenir Ă la voiture avant la tombĂ©e de la nuit. A la fin de cette journĂ©e dĂ©cevante, nous Ă©tions Ă©puisĂ©s, assoiffĂ©s et brulĂ©s par le soleil.
AprĂšs trois autres semaines fantastiques au Chili, il nous restait une journĂ©e Ă occuper avant de prendre l'avion du retour, et nous avons dĂ©cidĂ© de retourner Ă Tocopilla pour tenter une seconde fois de trouver Eriosyce laui. Encore une fois, nous avons dĂ©marrĂ© avant l'aube et avons attaquĂ© la longue montĂ©e vers les collines. Cette fois cela nous a semblĂ© plus facile - 3 semaines sur le terrain avec Alfred est un excellent moyen pour se mettre en forme ! Cette fois, Lau sembla avoir une meilleure idĂ©e de l'endroit oĂč rechercher et nous a entrainĂ©s Ă l'intĂ©rieur des terres. Cela semblait totalement absurde, les quelques cactus que nous avions trouvĂ© auparavant Ă©tant plus proche de la cĂŽte. Il n'y avait pas le moindre vĂ©gĂ©tal vivant dans ce dĂ©sert stĂ©rile. En arrivant sur une zone avec des affleurements rocheux, Alfred a annoncĂ© qu'il Ă©tait temps de rechercher, nous invitant Ă vĂ©rifier prĂ©cautionneusement les fissures et les crevasses des rochers pour trouver les plantes. Et ils Ă©taient lĂ , dans l'ombre profonde, invisibles Ă la plupart sauf aux yeux les plus dĂ©terminĂ©s. Nous avons trouvĂ© nos premiers Eriosyce laui.
Alfred les a dĂ©crit comme de minuscules bijoux blancs. C'est une trĂšs bonne description. Qui croirait que quelqu'un visiterait cet endroit pour chercher des plantes ? Sans la tĂ©nacitĂ© dâAlfred, elle nâaurait jamais Ă©tĂ© dĂ©couverte. Une fois que nous en avons eu une dans lâoeil, les plantes devinrent plus faciles Ă voir, mais elles restent rares et on nâen trouve jamais plus de deux ou trois au mĂȘme endroit. Nous avons du trouver une trentaine de spĂ©cimens au total sur quelques petits rochers. Aucune plante ne faisait plus de dix millimĂštres de diamĂštre, et beaucoup Ă©taient significativement plus petites. Tous les individus Ă©taient sur les pentes Ouest qui leur permettent de capter le peu de la brume cĂŽtiĂšre qui arrive si loin Ă l'intĂ©rieur des terres. Le corps de la plante est vert et doux au toucher, un paradoxe, Ă l'opposĂ© de ce quâon pourrait attendre dâune plante rĂ©sistante Ă une telle sĂšcheresse. Un petit nombre dâEriosyce iquiquensis morts a Ă©tĂ© trouvĂ© Ă proximitĂ© mais cet habitat est dĂ©pourvu de toute autre vie vĂ©gĂ©tale.
Un nouveau voyage en Novembre 2002 coĂŻncida avec un Ă©vĂ©nement El Niño mineur qui apporta une certaine humiditĂ© dans la rĂ©gion. Globalement, les plants dâEriosyce laui Ă©taient en meilleur Ă©tat et plus visibles. Certains avaient encore des fleurs sĂ©chĂ©es. Nous avons explorĂ© une zone plus large et avons trouvĂ© plus de plantes, peut-ĂȘtre une cinquantaine au total. MĂȘme Ă cette pĂ©riode plus favorable, aucune autre plante en vie ne fut trouvĂ©e dans cet habitat, bien que sur les collines proches de la cĂŽte, diverses annuelles aient Ă©tĂ© trouvĂ©es en pleine croissance et floraison.
Description de la plante
Mottram (2001) a fait une description trĂšs dĂ©taillĂ©e de la plante et ce nâest pas le but de cet article de tout rĂ©pĂ©ter une nouvelle fois. Câest pourquoi je vais dĂ©crire les caractĂ©ristiques les plus importantes mais aussi ce qui fait la particularitĂ© de ce taxon unique.
Le corps vert clair est petit, faisant au maximum un diamĂštre de dix millimĂštres dans l'habitat, mais jusqu'Ă trente millimĂštres en culture lorsque quâil est greffĂ© (je ne connais pas de spĂ©cimen en culture sur ses propres racines). Les plantes sont toujours solitaires dans la nature, mais rejettent anarchiquement lorsquâelles sont greffĂ©es. La tige est trĂšs souple et nâa aucune structure interne rigide. Ceci est trĂšs inhabituel, en particulier si l'on considĂšre l'environnement hostile et dĂ©solĂ© dans lequel la plante vit. Il n'y a pas de cĂŽtes, la plante possĂšde seulement quelques petits tubercules avec un appendice similaires Ă des feuilles d'environ un millimĂštre de long sous lâareole. Les dix Ă treize Ă©pines blanches et translucides sont fragiles et minces, mesurant jusqu'Ă dix millimĂštres de long. Il n'y a pas de diffĂ©renciation entre les Ă©pines centrales et radiales. Les plantes ont des quantitĂ©s variables de laine blanches trĂšs rĂ©flĂ©chissantes, dans certains cas extrĂȘmes, elle est complĂštement absente alors que dans d'autres, elle couvre intĂ©gralement la plante. Toutes ces caractĂ©ristiques sont trĂšs couramment trouvĂ© chez les trĂšs jeunes plantes et laissent Ă penser que E. laui est une espĂšce fortement nĂ©otĂ©nique. La nĂ©otĂ©nie est la capacitĂ© dâune plante Ă conserver ses caractĂ©ristiques juvĂ©niles, et donc Ă fleurir Ă ce stade. Câest un phĂ©nomĂšne habituel chez les Cactaceae et est retrouvĂ© chez autres espĂšces appartenant Ă d'autres genres non apparentĂ©s, de bons exemples peuvent ĂȘtre trouvĂ©s dans les genres Turbinicarpus et Blossfeldia.
Ces plantes étaient regonflées et en bonne santé et beaucoup avaient des restes de fleurs récents.
La racine napiforme est grosse, et pousse dans de toutes autres proportions que la partie aĂ©rienne, pour atteindre quinze centimĂštre de longueur. Elle fait son chemin Ă travers les fissures des rochers et sâen trouve trĂšs souvent aplatie, suivant le contour de la roche. Elle est rĂ©putĂ©e pour ĂȘtre cassante et sĂ©cher rapidement lorsqu'elle est dĂ©terrĂ©e. Roger Ferryman (1998) rapporte que leur chair est diffĂ©rente de celle des racines des Eriosyce du sous-genre Thelocephala mais plus proches de la structure de celles de Copiapoa. Personnellement, je n'en ai pas l'expĂ©rience, je ne peux donc pas confirmer cette observation.
Des vestiges de feuilles sont parfois trouvĂ©es dans la famille des cactus (elles sont bien dĂ©veloppĂ©es chez les Matucana aureiflora), mais sont trĂšs rares chez les plantes matures. Cependant, les semis de Copiapoa et dâEriosyce ont ces structures. Elles sont particuliĂšrement visibles lorsque les plantules fraichement germĂ©es sont greffĂ©es sur Pereskiopsis pour accĂ©lĂ©rer leur croissance. Au cours de mes observations sur la morphologie des semis de Copiapoa, leur ressemblance avec les semis dâEriosyce laui mâa frappĂ©. La tige verte et douce, les Ă©pines blanches, la laine dense et les vestiges de feuilles sont tous identiques. La vulnĂ©rabilitĂ© dâune plante est plus grande au cours des premiĂšres annĂ©es de sa vie, alors comment une plante peut vivre dans un habitat si hostile et Ă©volue pour conserver cet Ă©tat juvĂ©nile indĂ©finiment ? Je suppose que cette plante est caduque, ses tĂȘtes vivant pendant une courte pĂ©riode et ne poussant que lorsquâil y a suffisamment d'humiditĂ© disponible. Dans des conditions de grande sĂ©cheresse, la tĂȘte peut mourir et la racine tubĂ©reuse rentrer en dormance pendant de nombreuses annĂ©es en minimisant ses pertes d'eau. Ce serait une façon de pousser unique chez les Cactaceae qui favoriserait naturellement la rĂ©duction de la tige, comme si la plante souhaitait minimiser lâutilisation des rares ressources. PoussĂ©e Ă l'extrĂȘme le corps devient trĂšs nĂ©otĂ©nique et ressemble Ă un jeune semis.
Eriosyce laui a de petites fleurs qui Ă©mergent Ă proximitĂ© de l'apex. Je soupçonne que dans l'habitat seulement quelques unes sont produites de temps en temps, mais lorsquâelles sont greffĂ©es, une profusion de boutons peuvent se dĂ©velopper simultanĂ©ment. Parfois, plusieurs bourgeons se dĂ©veloppent sur la mĂȘme arĂ©ole comme cela peut se produire occasionnellement chez d'autres Eriosyce. En culture, la floraison se produit Ă foison pendant plusieurs mois pendant la saison de croissance, mais est Ă son apogĂ©e au cours du printemps. Les jeunes boutons floraux sont sombres, presque noirs. Les fleurs, une fois ouvertes font 20 mm de long et 15 mm de diamĂštre, jaune, brun-rougeĂątre Ă lâextĂ©rieur des pĂ©tales. Le tube floral semble dĂ©pourvu de poils ou de soies, qui sont clairement prĂ©sents chez toutes les autres espĂšces dâEriosyce, mais il y a quelques trĂšs petites Ă©cailles. La pĂ©riode oĂč chaque fleur s'Ă©panouit peut durer jusqu'Ă une semaine, mais le stigmate n'est receptif que pendant les deux ou trois premiers jours (dâaprĂšs une communication personnelle d'Aymeric de Barmon). Cette pĂ©riode de floraison prolongĂ©e est une adaptation Ă la faible population d'insectes volants de la rĂ©gion, qui limite les possibilitĂ©s de pollinisation. J'ai passĂ© plusieurs jours Ă Tocopilla et je ne me souviens pas avoir vu un seul insecte volant. Dans l'habitat, je prĂ©sume que la floraison a lieu au cours de trĂšs bonnes conditions climatiques comme une manifestation dâEl Niño, qui pourrait faire vivre une petite population dâinsectes.
Développement du fruit chez Eriosyce laui (photos Aymeric de Barmon)
AprĂšs la pollinisation (la plante est auto-stĂ©rile) les fruits se dĂ©veloppent. Il leur faut environ 10 semaines pour murir au printemps, mais approche d'un an si la pollinisation a eu lieu Ă l'automne (dâaprĂšs une communication personnelle dâAymeric de Barmon). Cette Ă©chelle de temps est plus proche de celle des Eriosyce que des Copiapoa oĂč le processus de maturation est beaucoup plus rapide et prend de 3 Ă 4 semaines. Au dĂ©part, une sorte de petite mure se dĂ©veloppe. Finalement, les fruits gonflent et sâallongent rapidement jusquâĂ faire 35 mm en longueur, et deviennent roses. Il s'agit d'un mĂ©canisme classique en cas de dispersion des graines par le vent et, bien que commun chez les Eriosyce, il nâest pas propre Ă ce genre. La description initiale faisait mention de fruits totalement nus, mais en fait il a un petit nombre dâĂ©cailles de couleur claire avec quelques petits poils blancs. C'est typique des Eriosyce, bien que chez Eriosyce laui les structure soient considĂ©rablement rĂ©duites en nombre et en taille. Plusieurs cas de rejets vĂ©gĂ©tatifs se dĂ©veloppant sur les fruits ont Ă©tĂ© signalĂ©s.
Les graines dâEriosyce laui, jusqu'Ă 40 par fruits, sont trĂšs grandes en comparaison avec le corps de la plante. Des graines de 1,5 mm par 2 mm pour une plante qui est infĂ©rieure Ă 10 mm de diamĂštre est pour le moins exceptionnel. Le testa noir, brillant et lisse, est complĂštement diffĂ©rent chez les autres Eriosyce, Ă l'exception peut-ĂȘtre dâEriosyce (Thelocephala) malleolata dont la structure des graines est assez diffĂ©rente. Noires et brillantes elles aussi, bien que beaucoup plus petites. Superficiellement les graines sont beaucoup plus semblables Ă celles trouvĂ©es chez les Copiapoa, en particulier C. solaris qui a des graines d'une taille similaire.
La morphologie des semis est Ă©galement unique. AprĂšs la germination les plantules forment une goutte sphĂ©rique avec des cotylĂ©dons indistincts et rĂ©duits. Par la suite, le dĂ©but de leur croissance Ă lâapex consiste en un petit nombre de petites feuilles sans Ă©pines. Je n'ai pas rĂ©ussi Ă faire se poursuivre la croissance au delĂ de cette Ă©tape sans les greffer, tellement elles sont capricieuses. Elles semblent dĂ©tester l'humiditĂ© excessive, mais Ă contrario nâaiment pas quand on les laisse se dessĂ©cher complĂštement. Je suppose que les plantules requiĂšrent une simulation de l'atmosphĂšre humide des brouillards cĂŽtiers de l'habitat, mais peu ou pas de prĂ©cipitations. La reproduction par semis dans l'habitat doit ĂȘtre un Ă©vĂ©nement rare et sporadique. Le temps pour que les plantes arrivent Ă maturitĂ© est inconnue, mais elle doit ĂȘtre relativement consĂ©quente si les minuscules plantules (fig 11) observĂ©es en 2001, puis 20 mois plus tard en 2002 sont nĂ©es lors d'El Niño de 1997. Les plantules, lorsquâelles sont greffĂ©es, commencent Ă ĂȘtre trĂšs cespiteuses trĂšs prĂ©cocement. Les premiers rejets se font gĂ©nĂ©ralement sur des arĂ©oles dormantes Ă proximitĂ© des cotylĂ©dons, alors que la tĂȘte principale se met Ă rejeter facilement lors de son dĂ©veloppement.
Parentés
Eriosyce laui est un taxon avec une combinaison unique de caractĂ©ristiques qui ne cadrent aisĂ©ment avec aucun genre existant. A cause de sa nature trĂšs nĂ©otĂ©nique, la morphologie grossiĂšre du corps nous donne trĂšs peu d'indications sur les relations possibles, ainsi nous devons mettre l'accent sur les structures reproductrices : fleurs, fruits et graines. Jusqu'Ă prĂ©sent, il y a eu une sĂ©rie de suggestions. LĂŒthy et Kattermann ont estimĂ© qu'il est plus proche des Eriosyce bien que dans une sous-section diffĂ©rente. Mottram au moment de la crĂ©ation du genre Rimacactus a suggĂ©rĂ© une relation avec Matucana.
Je ne crois pas que la relation avec le genre Matucana soit correcte, les âfeuillesâ (comme observĂ© chez Matucana aureiflora) sont des caractĂ©ristiques nĂ©otĂ©niques que lâon retrouve chez les trĂšs jeunes plantes de Copiapoa et dâEriosyce. Au dĂ©but, je pensais quâEriosyce laui pourrait ĂȘtre proche de Copiapoa, avec ses graines larges, noires et massives et une tige similaire Ă celle des plantules de Copiapoa. J'avais aussi l'idĂ©e fausse que les fruits dâE. laui Ă©taient nus comme chez les Copiapoa. Toutefois, les semis dâEriosyce peuvent aussi avoir un corps similaire et la morphologie des fruits s'apparente Ă celle des Eriosyce du sous-genre Islaya. LĂŒthy a Ă©galement fait Ă©tat d'une rĂ©action chimique qui noircit le stigmate des Copiapoa, mais qui est absente chez Eriosyce laui. Tout ceci met en doute la parentĂ© avec Copiapoa.
Je pense maintenant que LĂŒthy avait raison en le plaçant avec les Eriosyce. La fleur et le fruit sont le plus proche des Eriosyce mais ils sont rĂ©duits de toutes parts, tant et si bien que le tube floral et les fruits sont presque nus. Toutefois, la structure des graines est trĂšs diffĂ©rente de celle des Eriosyce ce qui me trouble. Toutes les autres caractĂ©ristiques morphologiques indiqueraient un taxon plus Ă©voluĂ© et spĂ©cialisĂ©, mais les graines noires et brillantes sont gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ©es comme un caractĂšre primitif. Une possibilitĂ© est quâil a dĂ©rivĂ© trĂšs tĂŽt des Eriosyce ancestraux et a gardĂ© une position basale dans le genre, ce qui pourrait expliquer la dĂ©rive moindre de la structure des graines. Cela a Ă©tĂ© suggĂ©rĂ© par Nyffeler et Eggli (1997) dans leur article sur la morphologie des tiges chez les Eriosyce. Si cela est exact, E. laui ne devrait pas ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une plante primitive, mais plutĂŽt comme une plante qui a fait Ă©voluĂ© des fonctionnalitĂ©s trĂšs spĂ©cialisĂ©es tout en conservant lâancienne structure des graines pendant une longue pĂ©riode.
Aymeric de Barmon a entrepris un certain nombre d'expĂ©riences d'hybridation avec Eriosyce laui. Il a effectuĂ© sans succĂšs des croisements avec diverses espĂšces dâEriosyce du sous-genre Islaya et des Copiapoa. D'autre part, un fruit sâest dĂ©veloppĂ© avec un Eriosyce (Neoporteria) villosa, mais avec des graines stĂ©riles, et un Eriosyce (Neoporteria) paucicostata avec de graines pouvant germer. D'autres essais ont prouvĂ© que les meilleurs Ă©lĂ©ments pour dĂ©clencher le dĂ©veloppement dâun fruit sont dans le groupe des Eriosyce paucicostata. Toutefois, Ă chaque fois, ces fruits contiennent des graines hybrides qui germent mal et qui produisent des plantules sans chlorophylle.
Actuellement, j'accepte le placement de ce taxon dans le genre Eriosyce dans le sens large utilisĂ© par Kattermann. Au sein du genre, il est plus proche gĂ©ographiquement et morphologiquement du sous-genre Islaya. Toutefois, il existe un certain nombre de diffĂ©rences et peut-ĂȘtre que la crĂ©ation d'un sous-genre sĂ©parĂ© serait appropriĂ©.
Habitat & Conservation
Eriosyce laui n'est connu que sur une aire trĂšs restreinte et seulement Ă quelques emplacements appropriĂ©s. Lors de mes deux visites Ă la localitĂ© type, seulement 30 Ă 50 plantes ont Ă©tĂ© trouvĂ©es. Nous n'avons pas procĂ©dĂ© Ă une Ă©tude mais j'ai entendu depuis que des plantes ont Ă©tĂ© dĂ©couvertes un peu plus loin, vers la cĂŽte. MalgrĂ© tout, je ne mâattends pas Ă une population de plus de quelques centaines de plantes. Malheureusement, j'ai entendu parler de collectes illicites et massives et au printemps 2004, aprĂšs plusieurs jours de recherche seule une poignĂ©e de plantes a Ă©tĂ© trouvĂ©e. La collecte de cette espĂšce est un exercice inutile. Les plantes ne survivent pas Ă la transplantation, les racines Ă©tant beaucoup trop fragiles pour se rĂ©tablir avec succĂšs. Cet acte de vandalisme a presque certainement placĂ© cette plante au bord de l'extinction.
L'exploitation miniĂšre constitue aussi un danger pour l'habitat. Il y a nombre de mines dans la rĂ©gion, opĂ©rant sans Ă©gard pour la flore locale. Une population a mĂȘme dĂ©jĂ Ă©tĂ© partiellement dĂ©truite par cette activitĂ©. Sauf si la distribution est plus rĂ©pandue que l'on ne le pense, je suis trĂšs pessimiste quant Ă l'avenir Ă long terme de cette plante. Elle est trĂšs sensible aux perturbations, en raison de l'ariditĂ© de la rĂ©gion et de la niche Ă©cologique qu'elle occupe. Il est difficile de croire que la plante sera en mesure de se reproduire rapidement avec l'augmentation de la sĂšcheresse, mĂȘme si une protection lui est accordĂ©e contre l'activitĂ© miniĂšre et les collecteurs. C'est un des cactus les plus en danger et il est gravement menacĂ© d'extinction dans son habitat.
Culture
Je nâai connaissance d'aucune plante en culture sur ses propres racines, mais heureusement elles poussent bien greffĂ©es. J'ai fait germer des graines et au bout de quelques jours, jâai greffĂ© les jeunes plantules sur Pereskiopsis. La croissance est rapide et les rejets prolifĂšrent rapidement. L'enracinement de boutures est difficile, sinon impossible. Les rejets doivent donc ĂȘtre enlevĂ©s et greffĂ©s sur un cierge poussant plus lentement comme un Trichocereus. Seulement une lĂ©gĂšre pression doit ĂȘtre appliquĂ©e lors de la greffe en raison de la dĂ©licatesse du greffon. J'ai observĂ© que cette espĂšce peut pourrir de façon inattendue, mĂȘme greffĂ©e. La pourriture se propage rapidement dans toute la plante, avant quâune opĂ©ration de sauvetage nâai pu ĂȘtre tentĂ©e. Cela peut ĂȘtre dĂ» Ă une grande sensibilitĂ© Ă lâHelminthosporium cactivorum, un champignon qui se dĂ©veloppe dans les stomates au cours de la pĂ©riode de vĂ©gĂ©tation (observation personnelle dâAymeric de Barmon). J'ai entendu des histoires semblables par d'autres personnes et je demande instamment Ă tous les producteurs de garder plusieurs pieds et de les multiplier rĂ©guliĂšrement. EspĂ©rons que par la propagation et distribution Ă d'autres collectionneurs nous pourrons assurer la survie en culture de cette plante unique.
Séries de photos montrant le développement d'une plantule d'Eriosyce laui PH2465.04 greffé sur Pereskiopsis (Fig 12 à 17).
Photos supplémentaires de Paul Hoxey
Photos supplémentaires d'Aymeric de Barmon
Remerciements
Alfred Lau, avec une Ă©nergie et un engagement Ă©normes, a recherchĂ© pendant de nombreuses annĂ©es de nouvelles plantes dans les montagnes du Mexique et d'AmĂ©rique du Sud. Ses dĂ©couvertes nous ont tous captivĂ©s et Eriosyce laui est sans doute l'une de ses plus remarquables dĂ©couvertes. Ce fut un grand honneur que de l'accompagner au Chili pour voir cette plante dans l'habitat. Je suis Ă©galement reconnaissant Ă Aymeric de Barmon pour ses photographies, mais aussi dâavoir partagĂ© avec moi de nombreuses observations intĂ©ressantes sur cette espĂšce en culture. Enfin, un grand merci Ă Graham Charles et Ă Jonas LĂŒthy pour la relecture de cet article.
Bibliographie
- Lau, A (1983) South American Cactus Log- Part 22 CSSA Vol55 (1983) : 102-105
- Lau, A (1996) South American Cactus Log- Last Chapter CSSA Vol68 (1996) : 295-297
- Ferryman, R., Middleditch, H., Gamesby, J. & Rushforth, D (1998) Islaya laui? Chileans 17 (56):95-97
- Kattermann, F (1994) Eriosyce (Cactaceae) The genus revised and amplified.
- LĂŒthy J.M. (1994) Eriosyce laui LĂŒthy sp. nov. Appendix II: 120-124 in Kattermann, Eriosyce (Cactaceae) The genus revised and amplified.
- Mottram, R (2001) Rimacactus, a new genus of Cactaceae, Bradleya 19/2001: 75-82
- Nyffeler, R & Eggli, U (1997) Comparative Stem Anatomy and Systematics of Eriosyce sensu lato (Cactaceae) Annals of Botany 80: 767-786
- Hoffamnn, A & Walter, H (2005) Cactaceas - En la flora silvestre de Chile (Segunda Edicion)
Traduit pour le Cactus Francophone par Nicolas POINTEAU
Relu par Alain Laroze
Mise en page Alain Laroze et Nicolas POINTEAU
Publié le 2009/02/19.
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