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Eriosyce laui - Une énigme chilienne

Cet article a Ă©tĂ© originellement publiĂ© dans le BRITISH CACTUS AND SUCCULENT JOURNAL, BCSJ vol 23, n°2, juin 2005 sous le titre original “Eriosyce laui, a chilean engima” par PAUL HOXEY.

Merci Ă  PAUL HOXEY et Ă  la BCSJ pour leurs autorisations de traduction et de publication sur ce site.

Photos par A. de Barmon et l’auteur.

Pour cette version française, Paul Hoxey et Aymeric de Barmon ont fourni des photos supplémentaires qui n'étaient pas dans l'article original. Qu'ils en soient remerciés ici.


Paul Hoxey
34 Stonehill Road Great Shelford, Cambridge, CB2 5JL
paul[ a ]hoxey.com


Eriosyce laui La famille des cactus avec quelques 2.000 espĂšces est incroyablement variĂ©e, avec une bonne part de plantes vraiment uniques. Pendant la derniĂšre dĂ©cennie, un bon nombre de nouveautĂ©s ont Ă©tĂ© trouvĂ©es en AmĂ©rique du Sud, comme Eriosyce laui (1994), Cintia knizei (1996), Puna bonnieae (1997) ou Yavia cryptocarpa (2001). Bien que ces espĂšces ne soient pas Ă©troitement apparentĂ©s les unes aux autres, toutes sont de petites plantes avec une aire de rĂ©partition restreinte qui leur ont permis de passer inaperçues, jusqu'Ă  rĂ©cemment. Eriosyce laui est peut-ĂȘtre le moins compris et le plus Ă©nigmatique de ce petit groupe. RĂ©cemment, le genre monospĂ©cifique Rimacactus (Roy Mottram 2001) a Ă©tĂ© créé pour cette espĂšce, bien qu'il n'ait pas Ă©tĂ© universellement acceptĂ©. Cependant, au-delĂ  de cette considĂ©ration, cette plante, son habitat, son Ă©cologie et sa morphologie restent extraordinaires. C’est une merveille de la nature qui s’est adaptĂ©e Ă  une niche trĂšs spĂ©ciale, dans un des environnements les plus rudes qui soit et a dĂ©veloppĂ© des caractĂ©ristiques et une stratĂ©gie de survie uniques.

Eriosyce laui, une plante greffée florifÚre en culture (photo AdB).


La découverte

Eriosyce laui greffée Spécimen greffé remplissant un pot de 8 cm. J'ai montré cette plante à Alfred Lau en la qualifiant de petite plante. Il me répondit en riant qu'aucune plante d'habitat n'était aussi grosse qu'un seul de ses rejets.

Alfred Lau, au cours de ses explorations en AmĂ©rique du Sud Ă  la fin des annĂ©es 1960 et au dĂ©but des annĂ©es 1970, a dĂ©couvert une petite plante en haut des collines au-dessus de la ville de Tocopilla dans le Nord du Chili. C’est une rĂ©gion extrĂȘmement sĂšche oĂč les pluies sont pratiquement inexistantes. La seule source d’humiditĂ© est la Camanchaca 1) qui vient du large de l’ocĂ©an pacifique. Cependant, dans cette partie nord du Chili, elle est tĂ©nue et sporadique, et seule une flore trĂšs limitĂ©e peut survivre. Alfred Ă©tait Ă  la recherche de Copiapoa tocopillana (dĂ©sormais considĂ©rĂ© comme une sous-espĂšce de C. humilis) quand il a dĂ©couvert un petit cactus blanc laineux poussant profondĂ©ment dans les fentes des rochers. Il a d'abord pensĂ© qu'il s’agissait d’un jeune Copiapoa, mais des fleurs sĂšches lui ont ensuite suggĂ©rĂ© qu’il s’agissait de plantes matures d’une nouvelle espĂšce non encore dĂ©crite et Ă  la parentĂ© incertaine. Alfred a recueilli quelques spĂ©cimens, mais malheureusement tous sont morts avant d'ĂȘtre introduit en culture pour Ă©tude. Alfred, n'Ă©tant pas du genre Ă  oublier quelque chose de si intĂ©ressant, eut l'occasion au cours de sa visite suivante en AmĂ©rique du Sud, en 1986, de revenir sur le site. Et, mĂȘme aprĂšs 15 ans, de mĂ©moire, il a retrouvĂ© cette espĂšce. Cette fois, les plantes ont Ă©tĂ© mises en culture avec succĂšs, mais la greffe a Ă©tĂ© nĂ©cessaire pour assurer leur survie car leurs racines dĂ©licates avaient Ă©tĂ© cassĂ©es avant d’arriver au Mexique.
Eriosyce laui

Jonas LĂŒthy rendait visite Ă  Alfred Ă  son domicile, au Mexique, lorsque la mystĂ©rieuse plante a fleuri pour la premiĂšre fois en 1989. Cela leur a causĂ© une grande Ă©motion, les deux compĂšres passant la journĂ©e dans la serre Ă  regarder les pĂ©tales s’ouvrir. Jonas s'est chargĂ© de la description d'Eriosyce laui, publiĂ©e quelques annĂ©es plus tard dans une annexe de l'ouvrage “The genus Eriosyce” par Fred Kattermann. La principale raison du choix de ce genre est le grand fruit rose, creux, conçu pour la dispersion des graines par le vent et ayant des similitudes avec les Islaya, aujourd’hui regroupĂ©s sous Eriosyce par Kattermann. Jonas LĂŒthy a estimĂ© qu'il Ă©tait plus proche des Eriosyce sous-section Islaya, un groupe principalement pĂ©ruvien, mais Fred Kattermann suggĂšre une relation plus Ă©troite avec la sous-section Chileosyce 2). Les plantes de ce groupe possĂšdent une racine trapue en comparaison de leur petit corps et ont Ă©tĂ© placĂ©s dans le genre Thelocephala par certains auteurs.

Plantes matures d'Eriosyce laui poussant dans les rochers.


L'habitat

Eriosyce laui : son habitat

A la recherche d'Eriosyce laui. Trouver seulement une plante vivante dans cet endroit est un but en soit.


En FĂ©vrier 2001, j'ai eu la chance d'accompagner Alfred Lau lors d’un voyage au Chili, oĂč notre objectif premier Ă©tait de re-visiter la localitĂ© type d’Eriosyce laui. Il y avait prĂšs de 15 ans que personne n’avait vu ces plantes dans l’habitat et le succĂšs n’était pas garanti. Il est gĂ©nĂ©ralement admis que le climat de cette rĂ©gion est de plus en plus aride et que les cactus succombent Ă  la sĂ©cheresse. Il a Ă©tĂ© observĂ© que les grandes colonies d’Eulychnia iquiquensis, la plante la plus visible de la rĂ©gion, sont en phase terminale et en grande partie composĂ©es d’individus morts, avec peu, si ce n'est pas du tout, de rĂ©gĂ©nĂ©ration par semis.

Les Lau face Ă  face

Alfred Lau examinant son homonyme Eriosyce laui avec une loupe.


Ce n'est qu'en visitant la rĂ©gion de Tocopilla que l'on peut apprĂ©cier Ă  quelle point la zone est hostile et en allant plus haut dans la montagne oĂč l’on ne trouve plus aucune sorte de vie vĂ©gĂ©tale. Avant l'aube du 6 FĂ©vrier 2001, nous avons commencĂ© la longue et difficile montĂ©e vers l'habitat des Eriosyce laui et c’est en atteignant le sommet de la premiĂšre ligne de collines Ă  850m environ que les rayons du soleil ont commencĂ© Ă  nous toucher. Toute la journĂ©e nous avons cherchĂ© sur des pentes rocheuses nues, qui, Ă  premiĂšre vue, ressemblent Ă  la surface de la lune. Mis Ă  part quelques spĂ©cimens de Copiapoa humilis ssp. tocopillana, d’Eulychnia iquiquensis et d’Eriosyce iquiquensis Ă©pars et trĂšs dessĂ©chĂ©s, il n'y avait aucun de signe de vie. En milieu d'aprĂšs-midi, nous avons dĂ» abandonner notre quĂȘte d’Eriosyce laui pour revenir Ă  la voiture avant la tombĂ©e de la nuit. A la fin de cette journĂ©e dĂ©cevante, nous Ă©tions Ă©puisĂ©s, assoiffĂ©s et brulĂ©s par le soleil.

Eriosyce laui : l'habitat

Une pause pour admirer la vue pendant la recherche d'Eriosyce laui. Les nuages montant du Pacifique sont visibles au loin.


AprĂšs trois autres semaines fantastiques au Chili, il nous restait une journĂ©e Ă  occuper avant de prendre l'avion du retour, et nous avons dĂ©cidĂ© de retourner Ă  Tocopilla pour tenter une seconde fois de trouver Eriosyce laui. Encore une fois, nous avons dĂ©marrĂ© avant l'aube et avons attaquĂ© la longue montĂ©e vers les collines. Cette fois cela nous a semblĂ© plus facile - 3 semaines sur le terrain avec Alfred est un excellent moyen pour se mettre en forme ! Cette fois, Lau sembla avoir une meilleure idĂ©e de l'endroit oĂč rechercher et nous a entrainĂ©s Ă  l'intĂ©rieur des terres. Cela semblait totalement absurde, les quelques cactus que nous avions trouvĂ© auparavant Ă©tant plus proche de la cĂŽte. Il n'y avait pas le moindre vĂ©gĂ©tal vivant dans ce dĂ©sert stĂ©rile. En arrivant sur une zone avec des affleurements rocheux, Alfred a annoncĂ© qu'il Ă©tait temps de rechercher, nous invitant Ă  vĂ©rifier prĂ©cautionneusement les fissures et les crevasses des rochers pour trouver les plantes. Et ils Ă©taient lĂ , dans l'ombre profonde, invisibles Ă  la plupart sauf aux yeux les plus dĂ©terminĂ©s. Nous avons trouvĂ© nos premiers Eriosyce laui.

Eriosyce laui Alfred les a dĂ©crit comme de minuscules bijoux blancs. C'est une trĂšs bonne description. Qui croirait que quelqu'un visiterait cet endroit pour chercher des plantes ? Sans la tĂ©nacitĂ© d’Alfred, elle n’aurait jamais Ă©tĂ© dĂ©couverte. Une fois que nous en avons eu une dans l’oeil, les plantes devinrent plus faciles Ă  voir, mais elles restent rares et on n’en trouve jamais plus de deux ou trois au mĂȘme endroit. Nous avons du trouver une trentaine de spĂ©cimens au total sur quelques petits rochers. Aucune plante ne faisait plus de dix millimĂštres de diamĂštre, et beaucoup Ă©taient significativement plus petites. Tous les individus Ă©taient sur les pentes Ouest qui leur permettent de capter le peu de la brume cĂŽtiĂšre qui arrive si loin Ă  l'intĂ©rieur des terres. Le corps de la plante est vert et doux au toucher, un paradoxe, Ă  l'opposĂ© de ce qu’on pourrait attendre d’une plante rĂ©sistante Ă  une telle sĂšcheresse. Un petit nombre d’Eriosyce iquiquensis morts a Ă©tĂ© trouvĂ© Ă  proximitĂ© mais cet habitat est dĂ©pourvu de toute autre vie vĂ©gĂ©tale.

Plante en milieu naturel


Un nouveau voyage en Novembre 2002 coĂŻncida avec un Ă©vĂ©nement El Niño mineur qui apporta une certaine humiditĂ© dans la rĂ©gion. Globalement, les plants d’Eriosyce laui Ă©taient en meilleur Ă©tat et plus visibles. Certains avaient encore des fleurs sĂ©chĂ©es. Nous avons explorĂ© une zone plus large et avons trouvĂ© plus de plantes, peut-ĂȘtre une cinquantaine au total. MĂȘme Ă  cette pĂ©riode plus favorable, aucune autre plante en vie ne fut trouvĂ©e dans cet habitat, bien que sur les collines proches de la cĂŽte, diverses annuelles aient Ă©tĂ© trouvĂ©es en pleine croissance et floraison.

Description de la plante

Mottram (2001) a fait une description trĂšs dĂ©taillĂ©e de la plante et ce n’est pas le but de cet article de tout rĂ©pĂ©ter une nouvelle fois. C’est pourquoi je vais dĂ©crire les caractĂ©ristiques les plus importantes mais aussi ce qui fait la particularitĂ© de ce taxon unique.

Eriosyce laui

2 plantes matures d'Eriosyce laui PH436.02 avec une piÚce de 27mm de diamÚtre pour l'échelle.


Le corps vert clair est petit, faisant au maximum un diamĂštre de dix millimĂštres dans l'habitat, mais jusqu'Ă  trente millimĂštres en culture lorsque qu’il est greffĂ© (je ne connais pas de spĂ©cimen en culture sur ses propres racines). Les plantes sont toujours solitaires dans la nature, mais rejettent anarchiquement lorsqu’elles sont greffĂ©es. La tige est trĂšs souple et n’a aucune structure interne rigide. Ceci est trĂšs inhabituel, en particulier si l'on considĂšre l'environnement hostile et dĂ©solĂ© dans lequel la plante vit. Il n'y a pas de cĂŽtes, la plante possĂšde seulement quelques petits tubercules avec un appendice similaires Ă  des feuilles d'environ un millimĂštre de long sous l’areole. Les dix Ă  treize Ă©pines blanches et translucides sont fragiles et minces, mesurant jusqu'Ă  dix millimĂštres de long. Il n'y a pas de diffĂ©renciation entre les Ă©pines centrales et radiales. Les plantes ont des quantitĂ©s variables de laine blanches trĂšs rĂ©flĂ©chissantes, dans certains cas extrĂȘmes, elle est complĂštement absente alors que dans d'autres, elle couvre intĂ©gralement la plante. Toutes ces caractĂ©ristiques sont trĂšs couramment trouvĂ© chez les trĂšs jeunes plantes et laissent Ă  penser que E. laui est une espĂšce fortement nĂ©otĂ©nique. La nĂ©otĂ©nie est la capacitĂ© d’une plante Ă  conserver ses caractĂ©ristiques juvĂ©niles, et donc Ă  fleurir Ă  ce stade. C’est un phĂ©nomĂšne habituel chez les Cactaceae et est retrouvĂ© chez autres espĂšces appartenant Ă  d'autres genres non apparentĂ©s, de bons exemples peuvent ĂȘtre trouvĂ©s dans les genres Turbinicarpus et Blossfeldia. Eriosyce laui

Eriosyce laui PH436.02 photographié en novembre 2002 aprÚs une année d'un faible El Niño.
Ces plantes étaient regonflées et en bonne santé et beaucoup avaient des restes de fleurs récents.


La racine napiforme est grosse, et pousse dans de toutes autres proportions que la partie aĂ©rienne, pour atteindre quinze centimĂštre de longueur. Elle fait son chemin Ă  travers les fissures des rochers et s’en trouve trĂšs souvent aplatie, suivant le contour de la roche. Elle est rĂ©putĂ©e pour ĂȘtre cassante et sĂ©cher rapidement lorsqu'elle est dĂ©terrĂ©e. Roger Ferryman (1998) rapporte que leur chair est diffĂ©rente de celle des racines des Eriosyce du sous-genre Thelocephala mais plus proches de la structure de celles de Copiapoa. Personnellement, je n'en ai pas l'expĂ©rience, je ne peux donc pas confirmer cette observation.
fleur d'Eriosyce laui

Section d'une fleur d'Eriosyce laui cultivée, d'origine inconnue


Des vestiges de feuilles sont parfois trouvĂ©es dans la famille des cactus (elles sont bien dĂ©veloppĂ©es chez les Matucana aureiflora), mais sont trĂšs rares chez les plantes matures. Cependant, les semis de Copiapoa et d’Eriosyce ont ces structures. Elles sont particuliĂšrement visibles lorsque les plantules fraichement germĂ©es sont greffĂ©es sur Pereskiopsis pour accĂ©lĂ©rer leur croissance. Au cours de mes observations sur la morphologie des semis de Copiapoa, leur ressemblance avec les semis d’Eriosyce laui m’a frappĂ©. La tige verte et douce, les Ă©pines blanches, la laine dense et les vestiges de feuilles sont tous identiques. La vulnĂ©rabilitĂ© d’une plante est plus grande au cours des premiĂšres annĂ©es de sa vie, alors comment une plante peut vivre dans un habitat si hostile et Ă©volue pour conserver cet Ă©tat juvĂ©nile indĂ©finiment ? Je suppose que cette plante est caduque, ses tĂȘtes vivant pendant une courte pĂ©riode et ne poussant que lorsqu’il y a suffisamment d'humiditĂ© disponible. Dans des conditions de grande sĂ©cheresse, la tĂȘte peut mourir et la racine tubĂ©reuse rentrer en dormance pendant de nombreuses annĂ©es en minimisant ses pertes d'eau. Ce serait une façon de pousser unique chez les Cactaceae qui favoriserait naturellement la rĂ©duction de la tige, comme si la plante souhaitait minimiser l’utilisation des rares ressources. PoussĂ©e Ă  l'extrĂȘme le corps devient trĂšs nĂ©otĂ©nique et ressemble Ă  un jeune semis.

Eriosyce laui PH245.04. 2 clones issus d'un seul fruit d'habitat montrant une variabilitĂ© flagrante dans la quantitĂ© de laine produite Sur le clone nu, les “feuilles” sous les arĂ©oles sont visibles
Eriosyce laui Eriosyce laui



Eriosyce laui a de petites fleurs qui Ă©mergent Ă  proximitĂ© de l'apex. Je soupçonne que dans l'habitat seulement quelques unes sont produites de temps en temps, mais lorsqu’elles sont greffĂ©es, une profusion de boutons peuvent se dĂ©velopper simultanĂ©ment. Parfois, plusieurs bourgeons se dĂ©veloppent sur la mĂȘme arĂ©ole comme cela peut se produire occasionnellement chez d'autres Eriosyce. En culture, la floraison se produit Ă  foison pendant plusieurs mois pendant la saison de croissance, mais est Ă  son apogĂ©e au cours du printemps. Les jeunes boutons floraux sont sombres, presque noirs. Les fleurs, une fois ouvertes font 20 mm de long et 15 mm de diamĂštre, jaune, brun-rougeĂątre Ă  l’extĂ©rieur des pĂ©tales. Le tube floral semble dĂ©pourvu de poils ou de soies, qui sont clairement prĂ©sents chez toutes les autres espĂšces d’Eriosyce, mais il y a quelques trĂšs petites Ă©cailles. La pĂ©riode oĂč chaque fleur s'Ă©panouit peut durer jusqu'Ă  une semaine, mais le stigmate n'est receptif que pendant les deux ou trois premiers jours (d’aprĂšs une communication personnelle d'Aymeric de Barmon). Cette pĂ©riode de floraison prolongĂ©e est une adaptation Ă  la faible population d'insectes volants de la rĂ©gion, qui limite les possibilitĂ©s de pollinisation. J'ai passĂ© plusieurs jours Ă  Tocopilla et je ne me souviens pas avoir vu un seul insecte volant. Dans l'habitat, je prĂ©sume que la floraison a lieu au cours de trĂšs bonnes conditions climatiques comme une manifestation d’El Niño, qui pourrait faire vivre une petite population d’insectes.

Développement du fruit chez Eriosyce laui (photos Aymeric de Barmon)

La baie sombre du fruit immature. Notez les écailles claires avec la laine blanche Le fruit a commencé la phase finale de son développement en grandissant et changeant de couleur Un fruit pleinement mature en forme de ballon
fruit d'Eriosyce laui fruit d'Eriosyce laui fruit d'Eriosyce laui



AprĂšs la pollinisation (la plante est auto-stĂ©rile) les fruits se dĂ©veloppent. Il leur faut environ 10 semaines pour murir au printemps, mais approche d'un an si la pollinisation a eu lieu Ă  l'automne (d’aprĂšs une communication personnelle d’Aymeric de Barmon). Cette Ă©chelle de temps est plus proche de celle des Eriosyce que des Copiapoa oĂč le processus de maturation est beaucoup plus rapide et prend de 3 Ă  4 semaines. Au dĂ©part, une sorte de petite mure se dĂ©veloppe. Finalement, les fruits gonflent et s’allongent rapidement jusqu’à faire 35 mm en longueur, et deviennent roses. Il s'agit d'un mĂ©canisme classique en cas de dispersion des graines par le vent et, bien que commun chez les Eriosyce, il n’est pas propre Ă  ce genre. La description initiale faisait mention de fruits totalement nus, mais en fait il a un petit nombre d’écailles de couleur claire avec quelques petits poils blancs. C'est typique des Eriosyce, bien que chez Eriosyce laui les structure soient considĂ©rablement rĂ©duites en nombre et en taille. Plusieurs cas de rejets vĂ©gĂ©tatifs se dĂ©veloppant sur les fruits ont Ă©tĂ© signalĂ©s.

graine d'Eriosyce laui

Graines d'Eriosyce laui PH245.04 d'un fruit trouvé dans l'habitat.


Les graines d’Eriosyce laui, jusqu'Ă  40 par fruits, sont trĂšs grandes en comparaison avec le corps de la plante. Des graines de 1,5 mm par 2 mm pour une plante qui est infĂ©rieure Ă  10 mm de diamĂštre est pour le moins exceptionnel. Le testa noir, brillant et lisse, est complĂštement diffĂ©rent chez les autres Eriosyce, Ă  l'exception peut-ĂȘtre d’Eriosyce (Thelocephala) malleolata dont la structure des graines est assez diffĂ©rente. Noires et brillantes elles aussi, bien que beaucoup plus petites. Superficiellement les graines sont beaucoup plus semblables Ă  celles trouvĂ©es chez les Copiapoa, en particulier C. solaris qui a des graines d'une taille similaire.

plantules d'Eriosyce laui

La morphologie des semis est Ă©galement unique. AprĂšs la germination les plantules forment une goutte sphĂ©rique avec des cotylĂ©dons indistincts et rĂ©duits. Par la suite, le dĂ©but de leur croissance Ă  l’apex consiste en un petit nombre de petites feuilles sans Ă©pines. Je n'ai pas rĂ©ussi Ă  faire se poursuivre la croissance au delĂ  de cette Ă©tape sans les greffer, tellement elles sont capricieuses. Elles semblent dĂ©tester l'humiditĂ© excessive, mais Ă  contrario n’aiment pas quand on les laisse se dessĂ©cher complĂštement. Je suppose que les plantules requiĂšrent une simulation de l'atmosphĂšre humide des brouillards cĂŽtiers de l'habitat, mais peu ou pas de prĂ©cipitations. La reproduction par semis dans l'habitat doit ĂȘtre un Ă©vĂ©nement rare et sporadique. Le temps pour que les plantes arrivent Ă  maturitĂ© est inconnue, mais elle doit ĂȘtre relativement consĂ©quente si les minuscules plantules (fig 11) observĂ©es en 2001, puis 20 mois plus tard en 2002 sont nĂ©es lors d'El Niño de 1997. Les plantules, lorsqu’elles sont greffĂ©es, commencent Ă  ĂȘtre trĂšs cespiteuses trĂšs prĂ©cocement. Les premiers rejets se font gĂ©nĂ©ralement sur des arĂ©oles dormantes Ă  proximitĂ© des cotylĂ©dons, alors que la tĂȘte principale se met Ă  rejeter facilement lors de son dĂ©veloppement.

Eriosyce laui PH245.04 avec ce qui a l'air d'ĂȘtre 2 semis. Je n'ai pas investiguĂ© plus loin au risque de les dĂ©ranger, mais la forme globulaire et les marques des cotylĂ©dons correspondent a ce qu'on voit en culture. C'est un formidable exploit de survie, puisque 4 annĂ©es ont passĂ©e depuis le dernier El Niño et ses pluies. Par la suite, aucun dĂ©veloppement visible n'a Ă©tĂ© observĂ© en novembre 2002.


Parentés

Eriosyce laui

Eriosyce laui est un taxon avec une combinaison unique de caractĂ©ristiques qui ne cadrent aisĂ©ment avec aucun genre existant. A cause de sa nature trĂšs nĂ©otĂ©nique, la morphologie grossiĂšre du corps nous donne trĂšs peu d'indications sur les relations possibles, ainsi nous devons mettre l'accent sur les structures reproductrices : fleurs, fruits et graines. Jusqu'Ă  prĂ©sent, il y a eu une sĂ©rie de suggestions. LĂŒthy et Kattermann ont estimĂ© qu'il est plus proche des Eriosyce bien que dans une sous-section diffĂ©rente. Mottram au moment de la crĂ©ation du genre Rimacactus a suggĂ©rĂ© une relation avec Matucana.

Eriosyce iquiquensis PH436.03 en fleur dans l'habitat, globalement dans la mĂȘme zone qu'Eriosyce laui


Je ne crois pas que la relation avec le genre Matucana soit correcte, les ‘feuilles’ (comme observĂ© chez Matucana aureiflora) sont des caractĂ©ristiques nĂ©otĂ©niques que l’on retrouve chez les trĂšs jeunes plantes de Copiapoa et d’Eriosyce. Au dĂ©but, je pensais qu’Eriosyce laui pourrait ĂȘtre proche de Copiapoa, avec ses graines larges, noires et massives et une tige similaire Ă  celle des plantules de Copiapoa. J'avais aussi l'idĂ©e fausse que les fruits d’E. laui Ă©taient nus comme chez les Copiapoa. Toutefois, les semis d’Eriosyce peuvent aussi avoir un corps similaire et la morphologie des fruits s'apparente Ă  celle des Eriosyce du sous-genre Islaya. LĂŒthy a Ă©galement fait Ă©tat d'une rĂ©action chimique qui noircit le stigmate des Copiapoa, mais qui est absente chez Eriosyce laui. Tout ceci met en doute la parentĂ© avec Copiapoa.

Je pense maintenant que LĂŒthy avait raison en le plaçant avec les Eriosyce. La fleur et le fruit sont le plus proche des Eriosyce mais ils sont rĂ©duits de toutes parts, tant et si bien que le tube floral et les fruits sont presque nus. Toutefois, la structure des graines est trĂšs diffĂ©rente de celle des Eriosyce ce qui me trouble. Toutes les autres caractĂ©ristiques morphologiques indiqueraient un taxon plus Ă©voluĂ© et spĂ©cialisĂ©, mais les graines noires et brillantes sont gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ©es comme un caractĂšre primitif. Une possibilitĂ© est qu’il a dĂ©rivĂ© trĂšs tĂŽt des Eriosyce ancestraux et a gardĂ© une position basale dans le genre, ce qui pourrait expliquer la dĂ©rive moindre de la structure des graines. Cela a Ă©tĂ© suggĂ©rĂ© par Nyffeler et Eggli (1997) dans leur article sur la morphologie des tiges chez les Eriosyce. Si cela est exact, E. laui ne devrait pas ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une plante primitive, mais plutĂŽt comme une plante qui a fait Ă©voluĂ© des fonctionnalitĂ©s trĂšs spĂ©cialisĂ©es tout en conservant l’ancienne structure des graines pendant une longue pĂ©riode.

DĂ©veloppement du fruit d'Eriosyce iquiquensis suit la mĂȘme sĂ©quence qu'Eriosyce laui, d'une baie sombre Ă  une sorte de ballon aux couleurs vives
Les fruits immatures sont foncés. Notez les écailles de couleur plus claire et les poils qui leurs sont associés Fruits matures en forme de ballon aprÚs leur élongation
Eriosyce iquiquensis Eriosyce iquiquensis


Aymeric de Barmon a entrepris un certain nombre d'expĂ©riences d'hybridation avec Eriosyce laui. Il a effectuĂ© sans succĂšs des croisements avec diverses espĂšces d’Eriosyce du sous-genre Islaya et des Copiapoa. D'autre part, un fruit s’est dĂ©veloppĂ© avec un Eriosyce (Neoporteria) villosa, mais avec des graines stĂ©riles, et un Eriosyce (Neoporteria) paucicostata avec de graines pouvant germer. D'autres essais ont prouvĂ© que les meilleurs Ă©lĂ©ments pour dĂ©clencher le dĂ©veloppement d’un fruit sont dans le groupe des Eriosyce paucicostata. Toutefois, Ă  chaque fois, ces fruits contiennent des graines hybrides qui germent mal et qui produisent des plantules sans chlorophylle.

Actuellement, j'accepte le placement de ce taxon dans le genre Eriosyce dans le sens large utilisĂ© par Kattermann. Au sein du genre, il est plus proche gĂ©ographiquement et morphologiquement du sous-genre Islaya. Toutefois, il existe un certain nombre de diffĂ©rences et peut-ĂȘtre que la crĂ©ation d'un sous-genre sĂ©parĂ© serait appropriĂ©.

Habitat & Conservation

fruit d'Eriosyce laui

Un fruit sec d'Eriosyce laui contenant 37 graines.


Eriosyce laui n'est connu que sur une aire trĂšs restreinte et seulement Ă  quelques emplacements appropriĂ©s. Lors de mes deux visites Ă  la localitĂ© type, seulement 30 Ă  50 plantes ont Ă©tĂ© trouvĂ©es. Nous n'avons pas procĂ©dĂ© Ă  une Ă©tude mais j'ai entendu depuis que des plantes ont Ă©tĂ© dĂ©couvertes un peu plus loin, vers la cĂŽte. MalgrĂ© tout, je ne m’attends pas Ă  une population de plus de quelques centaines de plantes. Malheureusement, j'ai entendu parler de collectes illicites et massives et au printemps 2004, aprĂšs plusieurs jours de recherche seule une poignĂ©e de plantes a Ă©tĂ© trouvĂ©e. La collecte de cette espĂšce est un exercice inutile. Les plantes ne survivent pas Ă  la transplantation, les racines Ă©tant beaucoup trop fragiles pour se rĂ©tablir avec succĂšs. Cet acte de vandalisme a presque certainement placĂ© cette plante au bord de l'extinction.

L'exploitation miniĂšre constitue aussi un danger pour l'habitat. Il y a nombre de mines dans la rĂ©gion, opĂ©rant sans Ă©gard pour la flore locale. Une population a mĂȘme dĂ©jĂ  Ă©tĂ© partiellement dĂ©truite par cette activitĂ©. Sauf si la distribution est plus rĂ©pandue que l'on ne le pense, je suis trĂšs pessimiste quant Ă  l'avenir Ă  long terme de cette plante. Elle est trĂšs sensible aux perturbations, en raison de l'ariditĂ© de la rĂ©gion et de la niche Ă©cologique qu'elle occupe. Il est difficile de croire que la plante sera en mesure de se reproduire rapidement avec l'augmentation de la sĂšcheresse, mĂȘme si une protection lui est accordĂ©e contre l'activitĂ© miniĂšre et les collecteurs. C'est un des cactus les plus en danger et il est gravement menacĂ© d'extinction dans son habitat.

Culture

Je n’ai connaissance d'aucune plante en culture sur ses propres racines, mais heureusement elles poussent bien greffĂ©es. J'ai fait germer des graines et au bout de quelques jours, j’ai greffĂ© les jeunes plantules sur Pereskiopsis. La croissance est rapide et les rejets prolifĂšrent rapidement. L'enracinement de boutures est difficile, sinon impossible. Les rejets doivent donc ĂȘtre enlevĂ©s et greffĂ©s sur un cierge poussant plus lentement comme un Trichocereus. Seulement une lĂ©gĂšre pression doit ĂȘtre appliquĂ©e lors de la greffe en raison de la dĂ©licatesse du greffon. J'ai observĂ© que cette espĂšce peut pourrir de façon inattendue, mĂȘme greffĂ©e. La pourriture se propage rapidement dans toute la plante, avant qu’une opĂ©ration de sauvetage n’ai pu ĂȘtre tentĂ©e. Cela peut ĂȘtre dĂ» Ă  une grande sensibilitĂ© Ă  l’Helminthosporium cactivorum, un champignon qui se dĂ©veloppe dans les stomates au cours de la pĂ©riode de vĂ©gĂ©tation (observation personnelle d’Aymeric de Barmon). J'ai entendu des histoires semblables par d'autres personnes et je demande instamment Ă  tous les producteurs de garder plusieurs pieds et de les multiplier rĂ©guliĂšrement. EspĂ©rons que par la propagation et distribution Ă  d'autres collectionneurs nous pourrons assurer la survie en culture de cette plante unique.

Séries de photos montrant le développement d'une plantule d'Eriosyce laui PH2465.04 greffé sur Pereskiopsis (Fig 12 à 17).

Plantule d'Eriosyce laui greffĂ©e Ă  l'Ăąge de quelques jours. C'est une structure presque sans caractĂ©ristiques, avec des cotylĂ©dons trĂšs rĂ©duits La plantule a maintenant la taille d'un pois, prĂ©sentant le dĂ©but de dĂ©veloppement de la tĂȘte avec 2 paires de “feuilles” Des rejets extrĂȘmement prĂ©coces se dĂ©veloppent au niveau des cotylĂ©dons
greffe d'Eriosyce laui greffe d'Eriosyce laui greffe d'Eriosyce laui
La tĂȘte principale et les rejets dĂ©veloppent leurs premiĂšres Ă©pines La plantule prĂ©sente maintenant des caractĂ©ristiques de plante adulte et rejette Ă  profusion comme c'est courant en cas de greffe. Les plantes sur racine ne rejettent pas et restent solitaires Un plantule de Copiapoa greffĂ©e sur Pereskiopsis prĂ©sentent des caractĂ©ristiques vĂ©gĂ©tatives trĂšs similaires a celle de plantes adultes d'Eriosyce laui : la laine blanche, les Ă©pines fragiles et la “feuille” sous l'arĂ©ole
greffe d'Eriosyce laui greffe d'Eriosyce laui greffe d'Eriosyce laui


Photos supplémentaires de Paul Hoxey

Eriosyce laui dans l'habitat
Eriosyce laui dans l'habitat Eriosyce laui dans l'habitat Eriosyce laui dans l'habitat Eriosyce laui dans l'habitat
Eriosyce laui dans l'habitat
Eriosyce laui dans l'habitat Eriosyce laui dans l'habitat Eriosyce laui dans l'habitat Eriosyce laui dans l'habitat

Photos supplémentaires d'Aymeric de Barmon

Semis Ă  1 mois Semis Ă  2 mois Semis Ă  15 mois
semis d'Eriosyce laui semis d'Eriosyce laui semis d'Eriosyce laui
Semis Ă  2 ans Semis Ă  3 ans Semis Ă  4 ans - Disparition d'une plantule
semis d'Eriosyce laui semis d'Eriosyce laui semis d'Eriosyce laui



Plantules d'un an avant repiquage Floraison Fruits
plantule d'Eriosyce laui floraison d'Eriosyce laui fruit d'Eriosyce laui
Variabilité
Eriosyce laui Eriosyce laui Eriosyce laui

Remerciements

Alfred Lau, avec une Ă©nergie et un engagement Ă©normes, a recherchĂ© pendant de nombreuses annĂ©es de nouvelles plantes dans les montagnes du Mexique et d'AmĂ©rique du Sud. Ses dĂ©couvertes nous ont tous captivĂ©s et Eriosyce laui est sans doute l'une de ses plus remarquables dĂ©couvertes. Ce fut un grand honneur que de l'accompagner au Chili pour voir cette plante dans l'habitat. Je suis Ă©galement reconnaissant Ă  Aymeric de Barmon pour ses photographies, mais aussi d’avoir partagĂ© avec moi de nombreuses observations intĂ©ressantes sur cette espĂšce en culture. Enfin, un grand merci Ă  Graham Charles et Ă  Jonas LĂŒthy pour la relecture de cet article.

Bibliographie

  • Lau, A (1983) South American Cactus Log- Part 22 CSSA Vol55 (1983) : 102-105
  • Lau, A (1996) South American Cactus Log- Last Chapter CSSA Vol68 (1996) : 295-297
  • Ferryman, R., Middleditch, H., Gamesby, J. & Rushforth, D (1998) Islaya laui? Chileans 17 (56):95-97
  • Kattermann, F (1994) Eriosyce (Cactaceae) The genus revised and amplified.
  • LĂŒthy J.M. (1994) Eriosyce laui LĂŒthy sp. nov. Appendix II: 120-124 in Kattermann, Eriosyce (Cactaceae) The genus revised and amplified.
  • Mottram, R (2001) Rimacactus, a new genus of Cactaceae, Bradleya 19/2001: 75-82
  • Nyffeler, R & Eggli, U (1997) Comparative Stem Anatomy and Systematics of Eriosyce sensu lato (Cactaceae) Annals of Botany 80: 767-786
  • Hoffamnn, A & Walter, H (2005) Cactaceas - En la flora silvestre de Chile (Segunda Edicion)

Traduit pour le Cactus Francophone par Nicolas POINTEAU
Relu par Alain Laroze
Mise en page Alain Laroze et Nicolas POINTEAU
Publié le 2009/02/19.
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1) brouillard cĂŽtier au Chili
2) NdT : Classification changée en 2006 dans le New Cactus Lexicon. Voir : http://www.cactuspro.com/encyclo/Eriosyce
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