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La culture des Lithops N.E. Brown

Les Lithops sont des plantes miniatures appartenant Ă  la famille des Aizoaceae, que l'on peut trouver dans un territoire allant de la Namibie Ă  l'Afrique du Sud, dans les provinces du Cap (Western Cape, Northern Cape, Eastern Cape Province), du Nord-Ouest, de l'Etat libre, et du Transvaal (Mpumalanga, Limpopo et Gauteng). On ne les trouve pas dans le Natal, Ă  cause des pluies trop abondantes.

Lithops marmorata v. framesi

Ce sont des plantes d’apparence et de mode de vie trĂšs atypique. Les Lithops sont constituĂ©s d'une paire de feuilles (presque soudĂ©es et formant ce que l’on appelle un corpuscule) qui, aprĂšs la floraison (vers Octobre / Novembre sous nos latitudes), se sĂ©parent pour donner naissance Ă  un ou deux nouveaux corpuscules. Celui-ci apparait entre les deux feuilles, par la fente qui les sĂ©pare, et se nourrit d’elles jusqu’à atteindre sa taille finale. C’est ainsi qu’au cours du temps se forme une sorte de touffe rĂ©unissant tout un amas de corpuscules.

Les feuilles des Lithops sont le plus souvent mimĂ©tiques, c’est-Ă -dire qu’elles se confondent dans l’habitat avec le sol qui les entoure. Ce mimĂ©tisme, qui leur permet d’échapper Ă  certains herbivores, leur a valu le nom usuel de “plantes cailloux” et le nom scientifique de Lithops. Celui-ci vient du Grec lithos = pierre et ops = apparence. Un de leur surnom anglais, “Finger Magnets”, fait aussi rĂ©fĂ©rence Ă  l’envie irrĂ©sistible qu’ont la plupart des gens de les toucher.

Variations d'un semis de Lithops villetii v. kennedyi

L'Afrique du Sud est une des rĂ©gions les plus ensoleillĂ©es et arides de la planĂšte, ce qui explique la forme trĂšs particuliĂšre de ces plantes : elles se sont adaptĂ© en rĂ©duisant considĂ©rablement leur surface exposĂ©e Ă  l’air libre et au soleil (pour limiter l’évaporation) par l’adoption d’une forme arrondie, miniature et enterrĂ©e. Seule la partie supĂ©rieure et aplatie du corpuscule est visible, affleurant le sol ; la lumiĂšre pĂ©nĂ©trant par des tissus hyalins (c'est Ă  dire transparent, ils sont souvent nommĂ©s “fenĂȘtres”) situĂ©s au sommet de la plante, afin d’atteindre les cellules chargĂ©es de la photosynthĂšse qui se trouvent sur les parois internes de cette plante. Ces tissus translucides prĂ©sentent des motifs diffĂ©rents selon les plantes, souvent en forme de nervures avec une grande variĂ©tĂ© de couleurs et de motifs. Ils sont trĂšs variables d'une espĂšce Ă  l'autre, ainsi qu'Ă  l'intĂ©rieur d'une mĂȘme espĂšce : il est donc totalement illusoire d’espĂ©rer identifier un Lithops sans avoir une parfaite connaissance de ces plantes, acquise en mĂȘme temps qu'une grande expĂ©rience et une sacrĂ© collection !

Dans leur habitat, en pĂ©riode de sĂšcheresse, les corpuscules diminuent de volume, ce qui a pour effet de les enterrer et de leur permettre de survivre sans eau durant une longue pĂ©riode. Ils passent ainsi la plus grande partie de l’annĂ©e sous terre, Ă©mergeant avec le retour de la pluie pour fleurir.

Lithops divergens v. amethystina Les fleurs de Lithops sont belles bien que toutes semblables. Elles recouvrent presque entiĂšrement la plante et sont de couleur blanche ou jaune, parfois jaune Ă  gorge blanche (et rĂ©ciproquement). Les fleurs ont elles aussi Ă©voluĂ© pour limiter l’évaporation en se recouvrant de cellules rĂ©flĂ©chissantes, qui rendent leur couleur brillante tout en les protĂ©geant du soleil. De plus, elles ne s'ouvrent que le soir ou en fin d'aprĂšs midi, lorsqu'il fait moins chaud. Sous nos climats europĂ©ens, elles peuvent rester ouvertes jusqu’à deux semaines, ce qui augmente la possibilitĂ© d’avoir deux plantes en fleur en mĂȘme temps et donc d’avoir un fruit, puisqu’elles sont auto-stĂ©riles.

Pour finir, quelques mots sur les fruits trĂšs particuliers de la plupart des Aizoaceae, qui sont appelĂ©s capsules hygrochastiques, car leur ouverture est provoquĂ©e par le contact de l’eau. Cette caractĂ©ristique permet aux graines d’ĂȘtre libĂ©rĂ©es en saison humide, quand elles peuvent facilement germer et les plantules croitre ; tandis que le fruit se referme en saison sĂšche pour mettre Ă  l’abri les graines restantes jusqu’à une nouvelle averse. Ainsi, la germination des graines a lieu au moment qui leur est le plus favorable, ce qui est trĂšs utile pour rĂ©duire les pertes et aider Ă  la propagation de l’espĂšce.

Ouverture 1 Ouverture 2 Ouverture 3

Exemple : ouverture de la capsule d'un Lithops pseudotruncatella “alpina” C68 → Lien vers des photos plus grandes.

Du fait de leur extrĂȘme adaptation, qui leur permet de survivre lĂ  oĂč trĂšs peu de plantes le peuvent, on ne trouve pas de Lithops naturalisĂ©s hors de leur pays d’origine, contrairement aux Opuntia par exemple. Cependant, il est tout Ă  fait possible de les cultiver sous toutes les latitudes, avec quelques prĂ©cautions et un principe de base constament Ă  l’esprit : “moins on s'en occupe, mieux ils se portent”.

Principes généraux de culture

Il convient tout d’abord d’utiliser un substrat trĂšs drainant, pour Ă©viter les excĂšs d’humiditĂ©. En effet, les Lithops Ă©tant originaires de rĂ©gions extrĂȘmement arides, ils supportent mal d’avoir les pieds dans l’eau durant une longue pĂ©riode : ils n’ont pas pu se forger de dĂ©fenses contre les champignons et autres facteurs de pourriture, leur environnement en Ă©tant plus ou moins dĂ©pourvu.

Comme substrat, on peut utiliser un mĂ©lange fait Ă  50% ou 75% de matĂ©riaux drainants (pouzzolane, sable grossier, perlite, vermiculite
), le reste Ă©tant constituĂ© de terre de jardin (non calcaire) Ă  laquelle il est possible d'ajouter un peu de terreau. Il faut mettre de ce mĂ©lange jusqu’au collet (zone situĂ©e Ă  la base de la plante, d’oĂč partent les racines), tandis que le corps de la plante est enterrĂ© dans un mĂ©lange 100% minĂ©ral qui doit monter jusqu’à la surface du Lithops. Ainsi, la plante est protĂ©gĂ©e de la pourriture et peut se rĂ©tracter dans le sol en cas de besoin.

Groupe de Lithops En ce qui concerne le rempotage, les Lithops s'accommodent de pots peu profonds, et peuvent tout Ă  fait ĂȘtre cultivĂ©s Ă  plusieurs espĂšces dans une mĂȘme terrine, ou dans un pot Ă  bonsaĂŻ. On veillera Ă  ne pas trop endommager les racines lors du rempotage et par prĂ©caution, comme pour toutes les succulentes, il faudra laisser la plante au sec au moins une semaine entre le rempotage et le premier arrosage, afin de laisser les racines endommagĂ©es cicatriser.

Les dangers liĂ©s Ă  la pourriture conditionnent la nature du substrat, mais aussi la frĂ©quence d’arrosage. MĂȘme si l'intuition joue beaucoup lors de celui-ci, il est souvent facile de savoir si la plante a besoin d'eau : quelques rides et un Ă©piderme mou au toucher sont, par exemple, des signes assez rĂ©vĂ©lateurs. Si vous avez un doute, n'arrosez pas, et tout se passera bien.

Pour moi, l'apport d'eau doit ĂȘtre rĂ©gulier durant toute la pĂ©riode de vĂ©gĂ©tation, mais pas forcĂ©ment trĂšs copieux. La terre doit quand mĂȘme ĂȘtre mouillĂ©e en profondeur, afin que la totalitĂ© des racines en profite. A titre d'exemple, j'arrose mes Lithops environ une fois par semaine en pĂ©riode de vĂ©gĂ©tation chaude, et je les pulvĂ©rise de temps en temps en pĂ©riode de vĂ©gĂ©tation froide ou humide (automne/hiver), lorsqu'ils se rident trop. Ainsi, il y a peu de risques de pourriture et les plantes sont suffisamment nourries.

Cependant, deux autres méthodes sont parfois conseillées :

  1. Arrosage par capillaritĂ© lorsque les plantes sont ridĂ©es (soit environ une fois par mois) → Je trouve cette mĂ©thode peu pratique, notamment si vous avez plusieurs pots. De plus, comme le substrat est vraiment dĂ©trempĂ©, si il fait un mauvais temps durant la pĂ©riode qui suit l’arrosage, vous risquez fort de faire pourrir vos Lithops.
  2. PulvĂ©riser les plantes trĂšs rĂ©guliĂšrement → C’est une mĂ©thode dĂ©jĂ  plus prudente mais encore plus contraignante, puisque durant les mois chauds de l’annĂ©e les pulvĂ©risations devront ĂȘtre trĂšs frĂ©quentes. Par contre, elle permet de bien doser l’eau apportĂ©e et d’éviter de faire pourrir les plantes.


Lithops karasmontana v. opalina

L’arrosage des Lithops est surtout compliquĂ© par leur rythme trĂšs particulier de croissance : vers Septembre/Octobre vont apparaĂźtre des bourgeons floraux au milieu de la fente qui sĂ©pare la plante en deux hĂ©misphĂšres.
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Lithops fulviceps v. lactinea C222

A partir de cette date, les arrosages doivent commencer Ă  devenir moins frĂ©quents. Peu aprĂšs que les fleurs soient fanĂ©es, vers Octobre/Novembre, les Lithops entrent en dormance. Durant celle-ci, de nouvelles feuilles se dĂ©velopperont entre les anciennes. →


Lithops aff. karasmontana


Elles vont se nourrir de ces derniĂšres jusqu’à atteindre leur taille « finale » et Ă©merger de la fente. Parfois, deux paires de feuille Ă©mergent, conduisant Ă  la formation d'une touffe de Lithops au cours du temps.
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Lithops bromfieldii v. mennellii Durant toute cette transformation, les Lithops ne doivent recevoir aucun apport d’eau sous peine de pourriture : en effet, puisque les nouvelles feuilles se nourrissent des anciennes, elles ont suffisamment de nourriture pour croĂźtre sans arrosage. On peut recommencer Ă  arroser une fois que les anciennes feuilles sont flĂ©tries (vers Mai), ce qui marque la fin de la mue.
Il est conseillĂ© de ralentir les arrosages durant les mois les plus chauds de l'Ă©tĂ© car les Lithops entrent souvent en dormance pendant les fortes chaleurs (surtout lorsque les tempĂ©ratures nocturnes sont Ă©levĂ©es). Bien Ă©videment, le cycle dĂ©crit plus haut n'a qu'une valeur indicative : la photo ci-contre prouve par exemple que des Lithops de la mĂȘme espĂšce et cultivĂ©s ensemble peuvent se trouver simultanĂ©ment Ă  des stades parfaitement diffĂ©rents
 dans ce cas, c'est l'intuition ou l'expĂ©rience qui permettent de dĂ©cider entre l'arrosage ou non.

→ Les arrosages sont donc possibles de Mai Ă  Octobre (Ă  peu prĂšs), Ă  partir de la fin de la mue jusqu’au dĂ©but de la suivante (aprĂšs la floraison).

Comme dĂ©jĂ  dit, ce sont des plantes originaires de rĂ©gions parmi les plus ensoleillĂ©es de la planĂšte, et en culture il leur faut donc le plein soleil de prĂ©fĂ©rence (attention tout de mĂȘme de ne pas les faire cuire) ou au minimum une bonne luminositĂ© : si elles sont Ă  l’ombre elles vont s’allonger et sortir du sol, ce qui leur donne un aspect trĂšs peu esthĂ©tique.

Pour finir, en ce qui concerne la tempĂ©rature minimale, elles peuvent supporter de courtes gelĂ©es de -5C° (on peut sans doute aller jusqu’à -10C° avec certaines espĂšces d'altitude, mais c'est tout de mĂȘme dĂ©conseillĂ©). Évidemment, cela n'est valable que si la plante est parfaitement au sec, et juste quelques heures durant la nuit. Pour mettre toutes les chances de notre cotĂ©, on Ă©vitera de les exposer Ă  des tempĂ©ratures infĂ©rieures Ă  0°C. La fraĂźcheur et la ventilation leur sont de toute façon bĂ©nĂ©fiques (voir nĂ©cessaires), et en particulier lors de leur mue : un Lithops Ă©levĂ© en appartement dĂ©pĂ©rira petit Ă  petit, de façon irrĂ©mĂ©diable.

Le “secret” pour rĂ©ussir les Lithops est donc soleil, fraĂźcheur, et sĂšcheresse
 moins on s'occupe de ces plantes, mieux elles se portent.


Auteur : FĂ©lix Simon
Relecture et ajouts : Alain Laroze.
Publié le 2008/04/12
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