Originellement publié dans la revue Cactus & Co 2007 XI 3.
Merci aux auteurs, Julia Etter et Martin Kristen et Ă Cactus & Co pour leurs autorisations de traduction et publication ici.
Les champs dâagaves bleues sâĂ©tendent Ă perte de vue. Les pentes douces des collines, les versants abrupts des montagnes, et mĂȘme les accotements des routes fĂ©dĂ©rales, sont plantĂ©s d'agaves. Le ciel bleu, la terre rouge et des agaves bleu clair, quelle combinaison pour le regard ! Et au final, quel produit pour le palais !
En voyageant Ă travers le Mexique, on est inĂ©vitablement amenĂ© Ă dĂ©guster les eaux de vies locales. Les nombreuses variĂ©tĂ©s sont produites Ă partir de diffĂ©rentes espĂšces dâagaves et divers procĂ©dĂ©s de fabrication. Les diffĂ©rences existant entre la tequila et ses cousines [âses cousinsâ, devrais-je peut-ĂȘtre dire puisque âtequilaâ est un nom masculin en espagnol - NdT] telles que le mescal, sotol, bacanora et autre raicilla pour nâen nommer que quelques-unes, peuvent ĂȘtre rapprochĂ©es des diffĂ©rences existant entre un scotch whisky et un whisky de seigle [whisky canadien - NdT] ou entre un cognac et un brandy. Ainsi, dans de telles comparaisons, la tequila mĂ©rite dâĂȘtre rapprochĂ©e des scotch whiskies single malt et des cognacs les plus chers. Le mescal, bien que plus en vogue ces derniĂšres annĂ©es, ainsi que les autres boissons rĂ©gionales et leurs versions locales produites Ă partir de la sĂšve dâagave sont bien souvent produites dâune façon pour le moins artisanale, les rapprochant presque dâun alcool de contrebande, et font du coup pĂąle figure face Ă la tequila.
Dans pratiquement tout le pays les gens distillent leur mescal, une liqueur dâagave au goĂ»t rugueux principalement produite dans des distilleries familiales dĂ©pourvues de tout Ă©quipement moderne de production. Depuis 1994, la production de mescal est protĂ©gĂ©e par la NOM (Norma Oficial Mexicana [Ă©quivalent Ă notre AOC, appellation dâorigine contrĂŽlĂ©e - NdT]). 5 Ă©tats mexicains sont accrĂ©ditĂ©s âproducteursâ, et seules les espĂšces suivantes sont autorisĂ©es pour la distillation : Agave vivipara (sĂ»rement mieux connue sous le nom dâAgave angustifolia), A. asperrima, A. weberi, A. pototarum et A. salmania. Bien entendu, les gens ne suivent pas toujours la loi Ă la lettre, et suivant les Ă©tats oĂč ils rĂ©sident, utilisent dâautres espĂšces locales. Dans les 5 Ă©tats oĂč le mescal peut ĂȘtre officiellement produit et estampillĂ© comme tel, diverses espĂšces sont rĂ©coltĂ©es et utilisĂ©es. Dans lâĂ©tat de San Luis Potosi, par exemple, Agave asperrima ssp. potosiensis et A. salmiana ssp. crassispina sont utilisĂ©es. Dans le Durango, câest A. durangensis, dans le Guerrero A. cupreata, dans lâĂ©tat dâOaxaca A. vivipara, A. potatorum, A. marmorata et A. karwinskii, et dans le Zacatecas A. salmiana.
De tous les mescals, le plus cĂ©lĂšbre est celui produit dans lâĂ©tat de Oaxaca. Dans dâautres Ă©tats comme par exemple Michoacan, Agave inaequidens est mĂ©langĂ©e Ă A. vivipara pour produire le âmescal de ollaâ. La raicilla, autre variĂ©tĂ© produite Ă partir de Agave vivipara provient de la cĂŽte ouest et des rĂ©gions montagneuses de lâĂ©tat de Jalisco. La bacanora quant Ă elle est produite en Sonora, oĂč les gens utilisent des plants sauvages dâAgave vivipara. Elle est adoucie avec une trĂšs petite espĂšce d'agave, A. parviflora ssp. flexiflora. Comme pour d'autres types de mescal, la bacanora Ă©tait typiquement un produit de âcontrebandierâ jusqu'en 1992 , annĂ©e oĂč sa distillation fĂ»t lĂ©galement autorisĂ©e. Sotol, une autre liqueur de lâĂ©tat de Chihuahua nâest pas produite Ă partir dâagaves, mais avec Dasylirion wheeleri, de la famille des Nolinaceae. Et le pulque est plus ou moins un âavant-produitâ de la tequila de par son procĂ©dĂ© de fabrication moins Ă©laborĂ©. Et la liste pourrait continuer âŠ
Il y a 2000 ans de cela, les AztĂšques avaient dĂ©jĂ dĂ©couvert que le jus dâagave, connu sous le nom de âaguamielâ, se transformait de lui-mĂȘme en une boisson lĂ©gĂšrement alcoolisĂ©e lorsquâil entrait en contact avec lâair (fermentation). Il lâappelĂšrent âoctili poliqhuiâ. Les conquistadores espagnols le nommĂšrent âpulqueâ. Sa consommation, en dehors de fĂȘtes spĂ©ciales, Ă©tait rĂ©servĂ©e Ă lâĂ©lite du peuple aztĂšque. Les Espagnols nâapprĂ©ciaient guĂšre son goĂ»t, mais ils dĂ©couvrirent trĂšs vite quâil Ă©tait possible dâobtenir une boisson moins Ăącre si lâon cuisait au prĂ©alable la pulpe dâagave. Le jus obtenu fĂ»t ensuite distillĂ© pour donner ce que nous connaissons aujourdâhui sous le nom de mescal. Plus tard ils dĂ©couvrirent un autre mescal, produit celui ci Ă partir dâagaves bleus cultivĂ©s dans la rĂ©gion de Tequila, petite ville de lâĂ©tat de Jalisco. Un mescal dâune qualitĂ© bien supĂ©rieure. TrĂšs vite ce mescal de Jalisco ne fut plus appelĂ© que âtequilaâ. JusquâĂ il y a une trentaine dâannĂ©es, seul lâĂ©tat de Jalisco Ă©tait autorisĂ© Ă produire lĂ©galement la tequila. Les choses nâont pas beaucoup Ă©voluĂ© de nos jours. Seuls quelques Ă©tats mexicains ont dĂ©sormais cette autorisation de production. Jalisco se taille la part du lion. Il nây a quâune distillerie dans lâĂ©tat de Guanajuato, et une dans celui de Tamaulipas. Dans les Ă©tats de Nayarit, Michoacan, Guanajuato, Tamaulipas, lâagave bleue est cultivĂ©e, mais quasiment pas utilisĂ©e pour la production de tequila.
Il nây a en fait que peu de grosses distilleries, les tequileras ; les plus connues Ă©tant Cuervo, Sauza et Herradura. Elles produisent chacune au moins trois millions de litres de tequila par an. Suivent ensuite 13 distilleries de taille moyenne qui produisent entre 1,5 et 1,8 millions de litres par an.
La tequila est Ă©laborĂ©e Ă partir de lâAgave tequilana, une plante connue au Mexique sous le nom dâagave azul (agave bleue). Agave tequilana fĂ»t dĂ©crite par le botaniste allemand Franz Weber en 1902 dans le Bulletin du MusĂ©um dâHistoire Naturelle de Paris [Petite approximation de la part des auteurs, lâauteur de la description est français et sâappelle FrĂ©dĂ©ric Albert Constantin Weber - NdT]. Dans sa description il dit : âDans les plantations du Jalisco, Ă Tequila âŠ. il est trĂšs rare de voir une plante en fleur car dĂšs que la hampe florale commence Ă se pousser, on la coupe, afin dâaugmenter la richesse en saccharine du tronc destinĂ© Ă produire le mezcal [comprendre la tequila - NdT]â. Ceci est toujours vrai, et une Agave tequilana en fleur est une raretĂ© !
En 1920, William Trelease dĂ©crivit plusieurs autres espĂšces, toutes poussant dans les environs de Tequila : A. palmaris, A. pedrosana, A. pes-mulae (de nos jours considĂ©rĂ©e comme une variĂ©tĂ© digne de reconnaissance et connue localement sous le nom de âpata de mulaâ (patte de mule), A. pseudotequilana et A. subtilis (connu sous le nom de âchatoâ). Elles furent considĂ©rĂ©es par Gentry comme des synonymes dâAgave tequilana (1982). Ce dernier indique que les espĂšces dĂ©crites par Trelease Ă©taient toutes des cultivars issus des champs de tequila, dĂ©crits Ă partir dâexemplaires de feuilles, et âsont basĂ©es sur des caractĂšres mineurs de la structure des feuilles et sont Ă considĂ©rer comme synonymes dâAgave tequilana. Il se peut quâil y ait une ou deux exceptions quand il sera possible dâexaminer des plantes en fleurs, mais pour le moment, je les considĂšre comme des cultivars dâA. tequilana.â
Ainsi, Ă ce jour, plusieurs variĂ©tĂ©s de lâAgave bleue sont utilisĂ©es pour la production de tequila. Citons notamment la âmano-largaâ (cultivĂ©e autour de Arandas), âchatoâ, âbermejoâ, âazulilloâ, âpata de mulaâ, âxiguinâ, ou encore âzopiloteâ. Toutes diffĂšrent principalement par leur foliation et taille. Certaines de ces variĂ©tĂ©s sont illustrĂ©es dans cet article.
Les plants dâagaves sont rĂ©coltĂ©s Ă lâĂąge de 8-10 ans, juste avant que ne dĂ©bute la floraison. Les jimadores, les hommes qui rĂ©coltent les agaves [tirant leur nom de la âjimaâ, sorte de machette Ă long manche servant Ă dĂ©biter les agaves - NdT] savent trĂšs exactement quand une plante est prĂȘte Ă ĂȘtre rĂ©coltĂ©e. Ils coupent alors Ă ras toutes les feuilles de la plante, ne laissant que le cĆur, appelĂ© piña [ananas, Ă cause de son aspect rappelant le fruit - NdT] et pesant entre 25 et 35 kilos.
Suivant leur taille, les piñas sont ensuite dĂ©bitĂ©s Ă la distillerie avant dâĂȘtre cuits dans dâimmenses fours semblables Ă des Cocotte-Minute jusquâĂ ce que lâamidon quâils contiennent ne se transforme en sucre. La cuisson achevĂ©e, les piñas sont broyĂ©s en purĂ©e afin de sĂ©parer la pulpe des fibres. Dans lâancien temps cette opĂ©ration Ă©tait rĂ©alisĂ©e en faisant passer les piñas sous dâimmenses roues hĂ©rissĂ©es de dents et actionnĂ©es par des Ăąnes. La pulpe restante est alors pressĂ©e afin dâextraire son suc, âlâaguamielâ.
Les étapes suivantes détermineront si le produit final sera de la tequila pure ou bien un mixto, mélange, suivant les ingrédients rajoutés [sucre/caramel ou colorants - NdT].
Dans dâimmenses citernes, de nos jours principalement en inox, lâaguamiel est alors mĂ©langĂ© Ă de lâeau et des levures afin dâinitier la fermentation qui durera entre deux et quatre jours. LâĂ©tape suivante est la distillation. Le produit obtenu aprĂšs cette premiĂšre distillation est appelĂ© âordinarioâ. Câest un liquide clair qui sent fortement lâalcool. Vient ensuite une seconde distillation, et parfois mĂȘme une troisiĂšme, pour obtenir un degrĂ© dâalcool avoisinant les 39°. Puis câest lâĂ©tape de maturation.
La lĂ©gislation impose un Ăąge de 2 semaines minimum Ă 2 mois maximum pour la tequila âblancoâ. La tequila âreposadoâ doit, elle, vieillir en fĂ»ts de chĂȘnes [provenant trĂšs souvent de France, ce sont les mĂȘmes utilisĂ©s pour le cognac - NdT] entre 2 mois minimum Ă 1 an maximum. Elle prend alors une couleur dorĂ©e [normalement une tequila âreposadoâ nâa pas reçu dâadjonction de caramel pour obtenir cette couleur, contrairement Ă la certaines âblancoâ, notamment la Cuervo Especial, fausse âreposadoâ - NdT]. TroisiĂšme et derniĂšre catĂ©gorie, la meilleure, la tequila âañejoâ (= vieille) doit vieillir au moins 1 an en fĂ»t de chĂȘne [jusquâĂ 36 mois, au-delĂ cela n'est plus utile - NdT]. Bien Ă©videmment, son Ăąge lui confĂšre, outre sa couleur ambrĂ©e, un prix sur le marchĂ© bien supĂ©rieur aux deux autres qualitĂ©s.
La production dâun litre de tequila 100% agave bleue, nĂ©cessite environ 7 kilos de piñas. A contrario, le mixto est produit avec du jus dâagave auquel est ajoutĂ© dâautres sucres (le plus souvent de canne), du caramel et de lâessence dâamande. Les mixtos produits et embouteillĂ©s au Mexique peuvent titrer plus de 40° dâalcool venant des autres sucres. Les mixtos qui sont expĂ©diĂ©s Ă lâĂ©tranger dans des citernes [appelĂ©e âbulk tequilaâ, dâune qualitĂ© trĂšs infĂ©rieure Ă la 100% agave bleue - NdT] pour y ĂȘtre embouteillĂ©s (principalement aux USA) peuvent voir leur pourcentage de jus dâagave rĂ©duit Ă 51% par lâembouteilleur Ă©tranger.
La vraie, la pure tequila est toujours Ă©tiquetĂ©e 100% agave azul / 100% blue agave. La rĂ©glementation mexicaine impose que toutes les tequilas 100% agave bleue doivent ĂȘtre embouteillĂ©es au Mexique.
Pour la production de mescal, sotol ou autres variantes rĂ©gionales citĂ©es prĂ©cĂ©demment, les plantes sont rĂ©coltĂ©es de la mĂȘme maniĂšre que pour la tequila. La plus ancienne mĂ©thode, encore en usage de nos jours dans les campagnes, pour produire du mescal consiste Ă creuser un grand trou dans le sol, appelĂ© âpalenqueâ, et y faire un grand feu de bois. On entasse ensuite des roches volcaniques sur le feu et on attend que celles ci soient Ă la bonne tempĂ©rature. On les couvre avec des 'bagazo de maguey' [sous produits fibreux du tronc de lâagave - NdT], des fibres mouillĂ©es dâagaves et de la pulpe issues dâune prĂ©cĂ©dente fabrication afin que les piñas ne brĂ»lent pas. On ajoute alors les piñas, que lâon couvre avec des feuilles dâagaves. La cuisson dure de deux Ă trois jours. Les piñas sont ensuite broyĂ©es, le jus ainsi rĂ©coltĂ© est versĂ© dans de grandes vasques en bois et mĂ©langĂ© Ă de lâeau. Cette mĂ©thode de production ancestrale est tributaire des levures naturelles prĂ©sentes dans lâair et sur les agaves, pour initier la fermentation qui dure entre dix et quinze jours. Le produit obtenu est appelĂ© âtepacheâ, un jus faiblement alcoolisĂ© contenant encore de la pulpe. La distillation est ensuite rĂ©alisĂ©e dans de petits alambics. Le mescal est traditionnellement distillĂ© une fois, mais certains mescals de qualitĂ© peuvent lâĂȘtre deux fois comme la tequila.
Il nâest pas trĂšs aisĂ© de visiter une distillerie de tequila. Bien sur, vous avez plus de chances dans les environs de Tequila, mais la plupart de ces distilleries ne vous acceptent uniquement que si vous faites partie dâun groupe de touristes. Pas vraiment notre tasse de thĂ©. [Hum, en 1999 jâai visitĂ© la distillerie Cuervo Ă Tequila sans faire partie dâun voyage organisĂ©âŠ.NdT]. Une cĂ©lĂšbre distillerie Ă Amatitan, Tequila Herradura, ne nous a mĂȘme pas autorisĂ© Ă jeter un Ćil sur les anciennes maisons trĂšs colorĂ©es des ouvriers sous prĂ©texte que nous ne faisons pas partie du Tequila Express, un train spĂ©cial venant de Guadalajara. Nous eĂ»mes toutefois plus de chance de lâautre cĂŽtĂ© de la distillerie oĂč une rĂ©union dâactionnaires venait de sâachever. Les actionnaires plus ou moins saouls titubaient quelque peu, mais nous pĂ»mes approcher un jeune homme disposĂ© Ă nous faire visiter lâĂ©tablissement. Il fĂ»t visiblement soulagĂ© de voir quâil pouvait nous faire la visite en espagnol. Nous dĂ©clinĂąmes la dĂ©gustation de tequila, prĂ©fĂ©rant de loin Ă©tancher notre soif avec une biĂšre fraĂźche dans un cafĂ© de Tequila toute proche.
Cette petite ville semble tout entiĂšre dĂ©volue Ă la tequila et Ă son commerce. Dans quasiment toutes les rues, des magasins proposent des âshot glassesâ [petits verres 'spĂ©cial tequila' - NdT], des carafes, de petits tonneaux en chĂȘne pour vieillir sa tequila ou son mescal chez soi, des bouteilles plastiques de mescal dâun gallon [environ 3,8 litres - NdT] et Ă©galement des centaines de diffĂ©rentes tequilas. Comment ces petits magasins vendant tous, peu ou prou, la mĂȘme chose dans une si petite ville peuvent survivre, cela reste un mystĂšre pour nous.
Si vous dĂ©sirez une offre un peu plus âprivĂ©eâ, il est alors plus judicieux de trouver une distillerie dans un petit village dans les âLos Altosâ de Jalisco. Vous nâaurez cependant pas le droit de prendre de photos ⊠peur de lâespionnage industriel oblige.
Nous eĂ»mes de la chance Ă âQuioteâ, nom dĂ©signant lâinflorescence de lâagave. GrĂące Ă des relations privilĂ©giĂ©es avec le propriĂ©taire, il nous fĂ»t possible de visiter librement les lieux, et de dĂ©couvrir comment les piñas Ă©taient dĂ©bitĂ©es puis englouties par les fours. Nous vĂźmes les Ă©normes cuves de la distillation dans un local attenant et le procĂ©dĂ© en lui-mĂȘme. Dans la cour, un immense camion-citerne Ă©tait rempli de liqueur dâagave Ă 99%, direction les USA pour y ĂȘtre mĂ©langĂ©, mis en bouteilles et commercialisĂ© sous une autre marque.
Dans un hangar, nous dĂ©couvrĂźmes les fĂ»ts de chĂȘne dans lesquels la tequila vieillissait depuis 2002. Il existe mĂȘme dans cette distillerie un vĂ©ritable laboratoire.
Au Mexique, la tequila est traditionnellement consommĂ©e de multiples façons. La tequila dans un âshot glassâ avec une pincĂ©e de sel sur le revers dâune main et une tranche de citron dans lâautre (lĂ©chez le sel, buvez la tequila et mordez dans le citron) est une invention amĂ©ricaine, et clairement destinĂ©e aux touristes. La tequila est normalement servie dans un 'shot glassâ appelĂ© âcaballitoâ [âpetit chevalâ -NdT]. Au dĂ©jeuner, par exemple, vous commandez une biĂšre et une tequila. Si vous prĂ©fĂ©rez une boisson plus lĂ©gĂšre, mĂ©langez votre tequila avec de la limonade ou de lâeau gazeuse et de la glace. Ou bien, commandez vous un âChanguitoâ ou un âCubaâ, cocktail avec du Coca-Cola. [Hum⊠Lâune des façons la plus rĂ©pandue au Mexique de consommer sa tequila est surtout la âtequila-sangritaâ dans deux âcaballitosâ sĂ©parĂ©s. La âsangritaâ est un jus de tomate et dâagrumes lĂ©gĂšrement pimentĂ©. Vous buvez alternativement lâun puis lâautre. Ăa ce nâest pas âtouristeâ !!!
- NdT]
Dans la campagne, la tequila est consommĂ©e trĂšs tĂŽt le matin, comme par exemple aprĂšs la traite des vaches. Sur les routes, vous pouvez apercevoir des panneaux publicitaires peints Ă la main vantant le âPajareteâ avec un groupe dâhommes au nez lĂ©gĂšrement rosĂ© et coiffĂ©s de sombreros. Pour confectionner un âPajareteâ, vos hĂŽtes mĂ©langeront tequila, sucre et chocolat rĂąpĂ© dans un verre, puis ajouteront du lait de vache tiĂšde tout juste sorti des pis. Vous aurez ainsi votre boisson Ă©nergisante du matin !
Bien sĂ»r vous pourrez aussi avoir vos âMargaritasâ, mais ces cocktails sont franchement destinĂ©s aux touristes. Le connaisseur dĂ©guste sa tequila pure.
A lâinstar du monde du vin, les aficionados de la tequila ont leur propre vocabulaire pour dĂ©crire son goĂ»t et ses saveurs. La tequila a des nuances fruitĂ©es, une dĂ©licate harmonie, du corps parfumĂ©, des goĂ»ts de pomme et de vanille ; et lâon peut mĂȘme y dĂ©couvrir des notes de caramel, cannelle et beurre.
MĂȘme le plus fruste des paysans dans sa campagne consomme de la tequila, et câest pourquoi nous faisons peu de cas des attitudes parfois guindĂ©es de gourmets et apprĂ©cions notre tequila comme elle vient : âcul-secâ !
Le cĂ©lĂšbre ver (en fait une chenille), ou âgusanoâ, que lâon trouve dans certaines bouteilles de mescal, est en fait la larve d'un des deux papillons de nuit qui vit sur lâagave et pollinise ensuite les fleurs. Personne ne sait trĂšs exactement pourquoi ce ver est ajoutĂ© dans la bouteille, mais il y a beaucoup de folklore, et âlĂ©gendes urbainesâ lĂ dedans. La rumeur a dit que ce ver Ă©tait hallucinogĂšne, ou plus simplement quâil Ă©tait une preuve de la puissance de lâEsprit. Avaler ce ver est souvent interprĂ©tĂ© comme un rituel âmachoâ, principalement parmi les touristes masculins Ă©trangers. La prĂ©sence de ce ver dans la bouteille nâa rien de traditionnelle (et jamais dans du mescal de qualitĂ©) et est probablement Ă rattacher Ă quelque tendance marketing.
En guise de conclusion, nous souhaiterions partager avec vous un peu de la lĂ©gende de la tequila. Le proverbe âPara todo mal, mezcal. Para todo bien, tambien !â signifiant âPour tout mal, du mescal. Pour tout bien, Ă©galement !â semble ĂȘtre connu et mis en pratique dans tout le Mexique, et ne sâapplique pas uniquement au mescal.
Nous avons rencontrĂ© des gens qui sirotent leur verre tous les matins en grignotant un morceau de viande de crotale sĂ©chĂ©e. Ils sont convaincus que câest la raison pour laquelle ils ne sont jamais malades.
Dâautres prescrivent une tequila pour tous les petits maux, suivant lâadage qui dit que âsi cela ne fait pas de bien, cela ne fait pas de mal non plus !â ConsommĂ© avec modĂ©ration, la tequila, comme les autres boissons alcoolisĂ©es, augmente le taux de bon cholestĂ©rol dans le sang et diminue le taux du mauvais. Par ailleurs, elle aide aux fonctions cardiaques, est un bon digestif et combat le stress. Bien Ă©videment, nous parlons ici, comme pour les autres boissons alcoolisĂ©es, dâune consommation quotidienne dâun verre ou deux de Tequila et non pas dâune demi-bouteille⊠voire plus !
Terminons cet article avec un toast appropriĂ© : âViva Mexico âŠet sa boisson nationale !â
Vous avez pu remarquer que jâai largement annotĂ© cet article de commentaires ou prĂ©cisions
. JâespĂšre que vous ne mâavez pas trouvĂ© trop envahissant !
Jâaimerai conclure cet article avec quelques conseils dâachats pour vous Ă©viter dâacheter ce quâon appelle la âbulk tequilaâ⊠malheureusement la plus rĂ©pandue dans nos supermarchĂ©s occidentaux. Cette tequila est vraiment un ersatz Ă comparer avec nos plus mauvais vins rouges en bouteille plastique ![]()
Tout se passe sur lâĂ©tiquette !
Tout dâabord, vĂ©rifiez la prĂ©sence de la mention â100% agave bleueâ. Sans cette mention, vous tenez en main, au mieux un âmixtoâ (51% dâagave minimum), au pire une bouteille de âbulk tequilaâ, dâorigine non contrĂŽlĂ©e et rĂ©sultant du mĂ©lange de tequilas avec adjuvants issues de diverses distilleries.
La mention Hecho en Mexico / Made in Mexico / Bottled in Mexico ou Elaborado y envasado en Mexico (Elaborée et Mise en bouteille au Mexique) est également un signe positif.
Si lâĂ©tiquette comporte un numĂ©ro (officiel) de NOM (Norma Official Mexicana), Ă 4 chiffres, câest un sĂ©rieux gage de qualitĂ©. Il indique la distillerie mexicaine productrice. Son nom et ses coordonnĂ©es sont Ă©galement parfois prĂ©sents. Il ne sâagit alors pas dâun assemblage rĂ©sultant du mĂ©lange de plusieurs tequilas (bulk).
Privilégiez finalement les marques suivantes :
Sauza et Herradura sont ce qui se fait vraiment de mieux en la matiĂšre et que lâon peut trouver en France, parfois en grandes surfaces, sinon chez des cavistes de qualitĂ©. Elles sont dĂ©clinĂ©es en diffĂ©rentes sortes : blanco, reposado et añejo et cuvĂ©es spĂ©ciales. Sauza propose aussi des âmixtosâ de qualitĂ© (ex. Tequila Sauza Gold, une reposado mais pas 100% agave). Pour Herradura et sa cĂ©lĂšbre bouteille carrĂ©e câest toujours du 100% agave. Elle se dĂ©cline en âSilverâ, une blanco, âGoldâ, une reposado, âAñejoâ, une ⊠añejo, et âSeleccion Supremaâ, rĂ©ponse d'Herradura Ă un cognac XO (pour les bourses bien garnies uniquement âŠ).
Ensuite, El Jimador, Tres Mujeres, El Tesoro de Dom Felipe, Gran Centenario ⊠sont également de trÚs bonnes marques réputées, mais plus difficilement trouvables en France.
José Cuervo est une marque mondialement connue. Vous trouvez sous ce nom du bon et du moins bon.
Réservez la blanco pour vos cocktails (Margaritas, Tequila Sunrise etc⊠Pajarete pour les plus aventureux d'entre vous
).
Les mentions reposado et añejo sont encadrĂ©es par la Norma Official Mexicana. La mention âGoldâ (comme la Cuervo Gold) sans la mention reposado vous indique seulement que cette tequila dorĂ©e a Ă©tĂ© colorĂ©e avec du caramel. Sa couleur dorĂ©e n'indique donc pas qu'elle a vieillit en fĂ»t de chĂȘne.
Pour une dĂ©gustation, je vous conseille plutĂŽt une tequila añejo. On est alors Ă mille lieues de la âbulkâ et son pathĂ©tique sombrero en plastique coiffant la bouteille (et de son mal au crĂąne le lendemain matin !). Les cuvĂ©es spĂ©ciales de Sauza (â3 GeneracionesââŠ) ou Herradura (âSeleccion Supremaâ âŠ) sont les ChĂąteau Margaux, Pomerol ou Yquem de la tequila. Le haut du panier. Belle bouteille ouvragĂ©e et prix Ă©levĂ©, voire trĂšs Ă©levĂ©, mais la qualitĂ© est clairement au rendez-vous.
Gentry, H. S. (1982): Agaves of Continental North America.
Auteurs : Julia Etter et Martin Kristen
Traducteur : Pierre Gambart
Relecteur : Alain Laroze
Publication le 2008/10/11