Brighamia A. Gray 1868

Publication : Proceedings of the American Academy of Arts and Sciences 7: 185 (1868).

Description

Genre bi-spécifique de Hawaii dont l'espèce la plus connue, Brighamia insignis, surnommé 'palmier de Hawaii', en voie de disparition dans la nature, a fait l'objet d'un programme de multiplication commerciale intensive qui permet de la retrouver dans un grand nombre de collections de succulentes.
Arbustes à tronc pachycaule tendre, rarement ramifié, de 1-2,5 (-5*)m de haut, à écorce tendre vert jaunâtre devenant grise, marquée par les cicatrices foliaires, et à latex laiteux. Feuilles vert clair à foncé, simples, obovées et obtuse-lancéolées de (6-) 10-25 (-30)cm de long sur 5-9 (-15)cm de large, parfois légèrement crénelées à l'extrémité, très légèrement succulentes, disposées en rosette au sommet des tiges.
Floraison nocturne en automne (septembre-octobre dans son milieu naturel). Inflorescence axillaire à pédoncule (+ rachis) de 3,5-12cm de long, portant 3-8 fleurs blanches à crèmes ou jaunes en trompette de jusqu'à 16 cm de long sur 8cm de diamètre, légèrement odorantes. Fleurs composées d'un pédicelle de 0,6-3cm de long, 1 hypanthium de 1-1,2cm de long, 5 sépales, 5 pétales soudés en tube de 8-14cm de long sur 2-4mm de diamètre et aux lobes elliptiques largement ouverts, de 1,3-3,7cm de long sur 0,7-1,3 cm de large, 5 étamines à anthères partiellement soudées en tube et ovaire infère à 2 carpelles.
Fruit en capsule oblongo-ellipsoïdale de 13-20mm de long sur 7-13mm de diamètre, à 10 côtes, déhiscent longitudinalement sur 4 cotés. Graines nombreuses et petites de 0,8-1,2mm de long, papillées (Brighamia insignis) ou presque lisses (Brighamia rockii).
(* selon Rock 1919)

Dans Eggli, Illustrated Handbook of Succulent Plant, Dicotyledons (2002), Gordon Rowley ne reconnaît qu'une espèce pour le genre Brighamia et place toutes les autres en synonymie en précisant qu'il ne s'agit que de formes locales sans grandes différences. Toutefois il ignore visiblement la publication de Gemmill et al. (1998) qui a démontré que Brighamia insignis et Brighamia rockii sont deux espèces génétiquement distinctes même si les différences morphologiques sont très faibles. Nous retenons donc dans le cadre de cette encyclopédie deux espèces:
- Brighamia insignis à fleurs crèmes à jaunes, lobes des sépales courts et graines papillées, poussant sur les îles de Kaua'i et Ni'ihau.
- Brighamia rockii à fleurs blanches (tube verdâtre), lobes des sépales longs et graines presque lisses, poussant sur l'île de Moloka'i.

Classification

Famille : Campanulaceae
Sous-famille : Lobelioideae

Culture

Contrairement à ce qu'affirme G.D. Rowley in Eggli (2002), Brighamia insignis est une espèce de culture facile, peu sujette à la pourriture pour peu que l'on respecte ses besoins, mais en revanche très sensible aux attaques d'acariens. Les conditions de culture qui suivent s'appliquent à cette espèce. Brighamia rockii semble être inconnu en culture amateur mais ses conditions de culture sont probablement identiques.
Conditions générales de culture: La principale erreur culturale consiste souvent à l'arroser trop prudemment alors que c'est une plante qui ne doit jamais être laissée totalement au sec, car elle perd alors ses racines, son tronc pachycaule se creuse, et si on l'arrose trop à ce moment là, elle risque de pourrir. Personnellement j'en cultive deux depuis plusieurs années, plantés dans les interstices d'un mur de soutènement de ma serre, légèrement humide toute l'année et maintenue en hiver à 14°C sans avoir rencontré le moindre problème, alors que j'en ai perdu en pot après avoir oublié de les arroser: à la reprise d'arrosage, deux des trois pieds que je cultivais ainsi ont pourri! Attention quand même à ne pas tomber dans l'excès inverse et trop l'arroser: en période de végétation, il faut laisser sécher la terre sur 1/5e de la hauteur du pot entre deux arrosages. Ces arrosages seront encore réduits, sans être totalement supprimés, lorsque la plante perd ses feuilles.
Un substrat standard, dit '3 tiers', normalement drainant sans excès, et un pot de grande taille pour favoriser la croissance, peuvent être utilisés. Les arrosages seront donc réguliers mais sans exagération, et en période de repos (perte des feuilles), ou pour des températures inférieures à 16°C, les arrosages seront espacés mais sans jamais que la terre ne sèche totalement afin de ne pas risquer de perdre les racines. La température idéale de croissance se situe entre 16 et 26°C. Il apprécie une situation très lumineuse, mais sans soleil direct aux heures les plus chaudes qui peut brûler les feuilles et le tronc. Le sommet de la plante peut être pincé au printemps pour provoquer sa ramification mais on perd alors le port naturel de cette plante particulière et on prend le risque de la faire pourrir par l'apex.
Parasites: Brighamia insignis est extrêmement sensible aux attaques d'acariens qui provoquent le jaunissement et la chute de ses feuilles. Il constitue même un excellent signal d'alerte dans une collection, car les symptômes apparaîtront d'abord sur ses feuilles et vous pourrez traiter les autres plantes à temps pour éviter d'autres dégâts, comme la décoloration des tiges des cactées. En cas d'apparition des symptômes, traitez deux fois à 15 jours d'intervalle avec un acaricide (les insecticides sont sans effet sur les acariens) en n'omettant pas le dessous des feuilles et les plantes alentours, même si elles ne présentent aucun symptôme. Mais même si vous intervenez un peu tard et que toutes les feuilles tombent, ne vous inquiétez pas car la plante n'en souffrira guère et développera de nouvelles feuilles. Attention à ne pas sur-doser le produit de traitement car certains d'entre eux peuvent brûler les feuilles. On peut aussi limiter le risque d'apparition des acariens en aérant ou brassant l'air, et en maintenant une certaine humidité, soit en posant le pot sur une soucoupe remplie d'eau et de billes d'argiles de telle sorte que le pot ne trempe jamais, soit, si la température est assez élevée, en vaporisant régulièrement le feuillage avec de l'eau non calcaire, mais sans mouiller la terre en même temps.
Les cochenilles, particulièrement au point d'insertion des feuilles, et les aleurodes, sorte de petites mouches blanches qui se cachent sous les feuilles, apprécient également Brighamia insignis. Les premières peuvent être nettoyées manuellement, mais les secondes, qui s'envolent au moindre mouvement, doivent faire l'objet d'une pulvérisation d'insecticide contact.
Acclimatation: Il n'est pas rare qu'une plante achetée en jardinerie perde rapidement ses feuilles: cela n'est pas forcément dû à des acariens (en cas de doute, traitez quand même), mais plus probablement au changement de conditions de culture. Ces plantes sont en effet poussées en serre pour atteindre une grande taille et devenir florifères rapidement et le changement de mode cultural provoque généralement un court arrêt de végétation. Rempotez alors la plante, uniquement si le substrat vous paraît trop tourbeux, laissez sans arrosage pendant 15 jours puis reprenez très prudemment des arrosages très légers comme en période de repos jusqu'à ce que de nouvelles feuilles apparaissent. Et ne vous inquiétez pas non plus si ces nouvelles feuilles sont plus petites, c'est tout à fait normal en culture amateur. Une autre cause de la chute des feuilles peut être la perte des racines. Au rempotage, éliminez les racines brunes et ne conservez que les claires, en bonne santé.
Reproduction: par semis. Les Brighamia peuvent fleurir à 2 ou 3 ans, voire dès 9 mois en culture. Les plantes sont généralement auto-fertiles, mais la pollinisation doit être effectuée manuellement en tenant compte du fait que, sur une même fleur, le pollen arrive à maturité avant le pistil. Le pollen est généralement mature au deuxième ou troisième jour de floraison. Il semblerait que seul 5% des plantes produisent du pollen et il peut être utile de presser délicatement les anthères pour le faire sortir et le récupérer avec un fin pinceau avant de le déposer sur le pistil d'une autre fleur. Ce dernier est fécondable lorsqu'il devient brillant et légèrement adhérant. Lorsque la fécondation est réussie, la base de la fleur commence à grossir au bout de deux jours. Les fruits arrivent à maturité en 6 à 8 semaines et peuvent être récoltés lorsque qu'ils commencent tout juste à s'ouvrir pour être mis à sécher sur une feuille de papier où ils vont pouvoir finir de s'ouvrir naturellement et libérer leurs graines. Chaque capsule produit 20 à 60 graines dans la nature mais beaucoup plus (jusqu'à 1000 graines) en culture avec pollinisation manuelle! Les graines conservent une bonne faculté germinative pendant 1 an, voire 2 à 3 ans si elles sont conservées au froid. Les graines sont ensuite semées classiquement, sans être enterrées car la lumière favorise leur germination, mais à l'étouffée entre 18 et 24°C pour les maintenir dans une ambiance assez chaude et humide. La germination est maximale entre 2 et 6 semaines, mais peut se poursuivre sur 4 mois. Attendre que les jeunes plants aient plusieurs vraies feuilles avant de rempoter.

Étymologie

Brighamia: en l'honneur du géologue et ethnologue états-unien William Tufts Brigham (1841-1926) qui dirigea le Bernice Pauahi Bishop Museum d'Honolulu.

Anecdotes

Espèce-type: Brighamia insignis A. Gray, Proceedings of the American Academy of Arts and Sciences 7: 185 (1868).
Distribution: Hawaii, sur côtes et falaises basaltiques, îles de Kaua'i, Ni'ihau (Brighamia insignis) et Moloka'i (Brighamia rockii).
Ecologie: Les Brighamia ont failli disparaître sous l'effet conjugué de plusieurs facteurs: le déboisement et les brûlis, l'introduction de plantes concurrentes invasives tel que le Lantana, d'animaux brouteurs tels que les cerfs et les chèvres, la disparition probable du papillon de nuit de la famille des Sphingidés, non clairement identifié à ce jour, qui assurait la pollinisation de cette plante à la fleur particulièrement longue, auxquels s'ajoute l'impact souvent dévastateur des cyclones.
Un programme de protection a été mis en œuvre à partir de 1977 consistant dans un premier temps en une fécondation manuelle des derniers exemplaires, parfois acrobatiquement en rappel le long de falaises abruptes, puis récolte de graines et culture en espace protégé avant une éventuelle réintroduction dans la nature, qui nécessite un retour à un certain équilibre naturel.
Parallèlement l'idée est venue de proposer les graines de Brighamia insignis à des pépiniéristes hollandais, à charge pour eux de reverser une part du produit de la vente commerciale des plantes produites à l'IUCN (International Union for Conservation of Nature) qui l'utilise pour les programmes de protection de cette espèce ou d'autres espèces hawaiiennes. C'est ainsi qu'une plante, qui est toujours en voie de disparition dans son milieu naturel, a inondé le marché européen jusque dans une enseigne de meubles en kit, et est devenue assez commune en collection.
Ethnobotanique: Certaines parties de la plante étaient utilisées crues pour remédier aux désordres digestifs. Les troncs de Brighamia étaient également évidés pour en faire des trompes (instruments de musique).

Site spécialisé

http://www.hawaiianpalm.nl/frans/history_fr.html

Publications spécialisées

Article en français:
Christophe, Alain. 2005. Une plante préservée de l'extinction: Brighamia insignis. Succulentes. 28(3): 38.
Articles en anglais:
Hannon, Dylan P. et Perlman, Steve. 2002. The Genus Brighamia. Cactus and Succulent Journal (US). 74 (2): 67-76.
Gemmill et al. 1998. Conservation genetics of the endangered endemic Hawaiian genus Brighamia (Campanulaceae). American Journal of Botany. 85(4):528-539.
Lammers, Thomas G. 1989. Revision of Brighamia (Campanulaceae: Lobelioideae) a Caudiciform Succulent Endemic to the Hawaiian Islands. Systematic Botany. 14(1): 133-138.
Rowley, Gordon. 1983. Brighamia: succulent endemic of Hawaii. British Cactus and Succulent Journal. 1: 9-11.
Rauh, Werner. 1981. Brighamia insignis, a curious succulent of the lobelia family from the Hawaiian Islands. Cactus and Succulent Journal (US). 53: 219-220.
St. John, H. 1969. Monograph of the genus Brighamia (Lobeliaceae). Hawaiian plant studies 29. Journal of the Linneaus Society, Botany. 62: 187-204.
Rock, J.F. 1919. A monographic study of the Hawaiian species of the tribe Lobelioideae, family Campanulaceae. Mem. Bernice Pauahi Bishop Museum 7(2): 1-395.

Numéros de collecte

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Forum

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Auteur

philippe (contacter)
Fiche créée le 11/04/2008, mise à jour le 19/04/2008.


Brighamia insignis
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Fiches de botanistes :

image non disponible Gray, Asa

Fiches d'espèces :

image disponible Brighamia insignis A. Gray 1868
image non disponible Brighamia rockii H. St John 1969

Fiches de synonymes :

Fiche de synonyme Brighamia citrina (C.N. Forbes & Lydgate) H. St. John 1958
Fiche de synonyme Brighamia citrina v. napaliensis (H. St. John) 1969
Fiche de synonyme Brighamia insignis f. citrina C.N. Forbes & Lydgate 1917
Fiche de synonyme Brighamia remyi H. St John 1969
Fiche de synonyme Brighamia rockii f. longiloba H. St John 1969




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