Focus sur les Aizoaceae dites rustiques

Aizoaceae Aizoaceae ? Nom barbare pour définir en fait les quelques 1000 (et des grains de sable) espèces de petites plantes xérophytes souvent prostrées, et majoritairement originaires d’Afrique Australe dans les genres Ruschia, Bergeranthus,… et surtout Delosperma. J’ai eu l’occasion de les cultiver, dans mon jardin toulousain, avec un relatif succès pour certaines d’entre-elles, et ce depuis quelques années. On les appelle familièrement ficoïdes, nom générique et fourre-tout, ou ‘ice plants’ de l’autre côté de l’Atlantique.

Vous savez, ces ‘plantes de grand-mères’ décriées pendant des années, et qui reviennent sous les projecteurs grâce à de nouveaux hybrides horticoles particulièrement attractifs.
Allez… quelques mots tout d’abord pour se remémorer leur arrivée dans nos jardins.
On peut dire que tout commence en 1977, par la création de sections dédiées aux rocailles alpines au sein du jardin botanique de Denver, Colorado. Mais ce n’est qu’à la fin des années 90 que son conservateur en chef (Panayoti Kelaidis) démarre des campagnes de collectes successives, notamment dans les zones montagneuses du Drakensberg et du Lesotho en Afrique australe, à des altitudes avoisinant souvent les 3000m en quête de nouvelles plantes de rocailles acclimatables.

Les premières à arriver sur le continent nord-américain seront les déjà bien connues Delosperma cooperi et Delosperma floribundum. S’en suivront quantités de variétés plus ou moins rustiques, dont certaines se sont naturalisées, et sont devenues invasives dans quelques sites d’Australie, ou de Californie du Sud.

Un grand merci donc à ce monsieur Kelaidis qui nous a permis d’acquérir et d’acclimater (ou en tout cas d’essayer !) quelques unes de ces perles australes sous nos cieux souvent moins favorables.

Aizoaceae

Question culture, il faut retenir que ce sont (pour la plupart) des ‘sunlovers’ (xérophytes) comme disent les jardiniers dans la langue de Shakespeare : traduisez ‘plein cagnard’ !

Le second secret, et pas des moindres, c’est… vous l’avez deviné : le drainage. Pour ma part, étant sur un terrain très argileux, j’ai pris l’option de constituer de petits massifs légèrement surélevés pour accueillir ces mesembs (oui c’est comme ça que l’on dit quand on est vraiment, mais alors vraiment fan). Mais bien entendu, elles font merveilles également en potées drainantes, rocailles, et talus (contribution à lutter contre l’érosion !). Il faut simplement retenir que l’eau ne doit jamais stagner, surtout en hiver. Elles sont en effet soumises, dans leur milieu, à des hivers plutôt secs, voire très secs. J’ai ensuite incorporé du sable grossier et des petits galets sur les 20 premiers centimètres du sol, l’enracinement de ces végétaux étant superficiel.
Bilan, au cours des derniers hivers : quand même pas mal de pertes, il faut le reconnaitre.

Je vais donc vous parler de celles qui nous intéressent aujourd’hui, les survivantes… Là ça devient intéressant car en février dernier, j’ai enregistré -12° sous abris, donc facilement -13°/-14° au jardin, avec de la neige au sol et un sol totalement gelé pendant 10 jours consécutifs. Voici les Aizoaceae qui sont sorties intactes de ces hivers :

Delosperma basuticum est le plus précoce chez moi. C’est une jolie plante tapissante très rase à croissance plutôt lente. La floraison jaune-éclatant couvre totalement le feuillage pendant quelques jours au printemps.

Delosperma congestum ‘album’ (Lesotho) forme un petit coussin vert vif très serré à croissance assez lente. Floraison blanc crème à blanc pur durant plusieurs semaines.

Delosperma ‘John Proffitt’ est un vigoureux couvre-sol dont l’origine est controversée. Sélection de Delosperma cooperi pour les uns, hybride pour les autres. Je penche personnellement pour cette seconde hypothèse, sachant que cooperi pourrait être un des parents. Floraison magenta brillante recouvrant intégralement le feuillage en mai, suivie de remontées plus ou moins importantes toute la belle saison.

Delosperma basuticum Delosperma congestum ‘album’ Delosperma ‘John Proffitt’
Delosperma basuticum Delosperma congestum ‘album’ Delosperma ‘John Proffitt’



Delosperma nubigenum (Drakensberg, Sani pass) , présente un aspect plus ‘sauvageon’ formant de petit amas de feuilles comme des grains de riz sur des tiges rampantes. La couverture du sol est donc moins importante que pour les autres Delosperma et nécessite par conséquence un désherbage occasionnel. C’est une plante rampante rase qui fleurit jaune citron (floraison clairsemée), avec de petites remontées de floraison après la floraison principale. C’est un des rares Delosperma à tolérer la mi-ombre à condition de rester au chaud et au sec. Remarquez que le feuillage devient bronze à rubis à l’arrivée des premiers frimas.

Ruschia pulvinaris est une plante miniature à observer en mode macro. Elle présente un beau feuillage succulent vert-bleuté en petite touffe très serrée. La croissance est vraiment insignifiante. Magnifique floraison rose se détachant harmonieusement sur le feuillage glauque, malheureusement très éphémère. Idéale en mini-rocaille ou en composition avec des sedums,…

Bergeranthus jamesii a en commun avec le précédent sa taille miniature et sa croissance lente. La touffe vert olive est cependant moins compacte que la précédente. Curieusement les fleurs jaunes à longs pédoncules ne s’ouvrent qu’en fin d’après-midi. Parmi les ‘ficoïdes’ viables chez moi, il s’agit cependant de la moins rustique. Des morceaux de rosettes se desséchant parfois à partir de -9°/-10°, mais sans incidence sur la suite. Un lieu un peu plus protégé doit être privilégié si c’est possible.

Delosperma nubigenum Ruschia pulvinaris Bergeranthus jamesii
Delosperma nubigenum Ruschia pulvinaris Bergeranthus jamesii

Delosperma kelaidis ‘Mesa Verde’ est un hybride spontané rapporté sous forme de semis au jardin botanique de Denver, et ayant donné naissance à ce charmant (mais vigoureux) couvre-sol dont la généreuse et virtuellement interminable (d’avril/mai à septembre/octobre) floraison hésite entre le rose pastel et un riche ton saumoné. Sa rusticité est sans faille. Elle peut, de surcroit, mieux supporter que ses consœurs un léger défaut de drainage.

Delosperma dyeri ‘Red Mountain’ est une plante d’origine horticole assez récente. Elle forme un tapis ras, vert vif, de vigueur moyenne. Sa floraison évolue, en fonction des conditions climatiques et de la maturité de chaque fleur, entre le rose, le rouge ou l’orangé à cœur crème.

Delosperma kelaidis ‘Mesa Verde’ Delosperma dyeri ‘Red Mountain’
Delosperma kelaidis ‘Mesa verde’ Delosperma dyeri ‘Red mountain’




D’autres mésembs sont réputées rustiques (à essayer), en voici une petite liste non exhaustive :

Delosperma deeleewiae
Delosperma herbeum
Delosperma lavisiae
Delosperma caespitosum
Delosperma alpina
Delosperma lineare (= nubigenum?)
Delosperma ‘Pink Zulu’
Delosperma ‘Silver Hill’
Delosperma floribundum (=’Starburst’?)
Delosperma ‘Safari’
Delosperma ‘Gold Diamond’
Delosperma karooicum (=’Graaf Reinet’?)
Delosperma ‘Morning Face’
Delosperma ‘Beaufort Baby’ et ‘Beauty’
Delosperma ‘Lavender Ice’
Delosperma brunthaleri
Delosperma ashtonii
Delosperma daveyi
Delosperma sphalmanthoides
Delosperma deschampsii
Delosperma sutherlandii
Delosperma aberdeenense

Quelques Ruschia, pas mal d’Aloinopsis (dont le très bel hybride ‘Karoo Red’), etc…

Côté nouveautés, je vous conseille de partir en quête de Delosperma ‘Fire Spinner’, encore une incroyable trouvaille dans la nature dudit Panayoti Kelaidis, ou bien des derniers Delosperma de l’hybrideur japonais Koichiro Nichikawa : Delosperma Jewel of Desert Rosequarts, Garnet, Moonstone, Peridott, Ruby, ou bien encore Topaz. Toutes ces nouveautés seraient d’une grande rusticité.

Bref, vous l’aurez compris les Aizoaceae dites rustiques n’ont pas fini de faire parler d’elles…

Bonne culture à toutes et à tous.


Auteur : Franck Moreau .
Photos : Franck Moreau .
Publié le : 2012/07/01.
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