Argentine 2005, Mardi 11 : de Cruz del Eje à Chilecito

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Trichocereus candicans - S409Trichocereus candicans - S409

Les aéroports internationaux et les vols longue distance sont comme des boîtes de pétri ; les bactéries et les virus luttent pour dominer, seuls les plus forts survivent… et trouvent sur leur route des voyageurs malchanceux voyageant vers leur destination de vacances.
C'est pourquoi le petit déjeuner du second jour de nos aventures cactophiles fût accompagné de divers éternuements, postillons et reniflements. Cliff Thompson nous a avoué qu'il avait bien peur d'avoir contracté un refroidissement digne des automnes britanniques pendant que nous nous rendions à l'aéroport quelques jours plus tôt. 'C'est une bonne chose que nous allions vers le printemps Sud-Américain pour échapper à cet automne de misère'. Nous acquiesçons. Mais nous nous leurrions ! Le système d'air conditionné du bus fit le nécessaire pour que nous recevions chacun notre part de microbes, et nous tombons l'un après l'autre, victimes de ce que nous appelons avec humour la maladie 'Clifftonaire'. Gorge endolorie et poumons asthmatiques suivis d'une toux irritante qui me poursuivent toujours depuis et ont aussi infecté Angie et son fils Peter à mon retour. Désolé !
Cleistocactus baumannii - S409

Cleistocactus baumannii - S409


Certains sont plus durement touchés que d'autres, victimes de fièvre et probablement d'infections secondaires, influençant la distance à laquelle ils peuvent confortablement s'éloigner des toilettes les plus proches. Des médications et des traitements variés sont recommandés des différents coins de la planète ; tous sont de peu d'effet. Nous nous inquiétons plus particulièrement d'un membre du groupe que nous persuadons d'aller chez un médecin. À son retour, il se plaint amèrement de l'énorme aiguille qui a servi à faire une injection dans son postérieur ainsi que des médicaments qui lui ont été prescrits, mais le jour suivant, il paraît en meilleur état et semble avoir évacué la plupart des symptômes. Pendant que les autres continuent de tousser et renifler avec persévérance à la pensée de l'aiguille !

Tephrocactus articulatus - S411Tephrocactus articulatus - S411

Néanmoins, aujourd'hui, nous ne savons toujours pas quelle maladie nous a frappé et vers 9h50 nous arrivons à notre première halte de la journée : S409, où nous pouvons ajouter Cleistocactus baumannii, Echinopsis leucantha et Stetsonia coryne à notre déjà impressionnante liste de genres et d'espèces de cactus aperçus lors de notre première journée. Nous y reconnaissons aussi Trichocereus candicans et Opuntia sulphurea. Je note aussi la présence de Jatropha excisa, non parce que je trouve que c'est une belle plante mais parce que j'éprouve un profond respect pour les membres de cette famille depuis que j'ai traversé un buisson de Jatropha urens au Brésil en 1999 seulement vêtu d'un short et de sandales. Je n'ai pas remarqué les poils qui m'avaient causés une douleur aussi intense au Brésil mais j'ai gardé un souvenir tenace de ce membre des Euphorbiaceae quand il commence à développer ses feuilles.
Tillandsia - S411

Tillandsia - S411


Les Tricho sont en fleur, avec l'habituelle grande fleur nocturne typique du genre, mais plutôt plus grande alors que les plantes sont plus petites que la moyenne. Le Cleistocactus est aussi fleuri, mais la fleur a été raccourcie par différents animaux rongeurs. Les Stetsonia coryne sont souvent proposés à la vente dans les pépinières européennes comme de petites plantes de 15 cm, verts foncés avec des aréoles blanches proéminentes et de très grandes épines noires et brunes, impressionnantes pour la taille de la plante. J'en ai cultivé dans ma collection, mais je m'en suis habituellement débarrassé quand ils devenaient trop gros. Et c'est vrai qu'ils deviennent gros ! Des plantes énormes hautes comme des arbres mesurant jusqu'à 8 m, avec de nombreuses branches, dominant de petits buissons d'acacias. Impressionnants ? Oui ! Jolis ? Non ! Les Cleistocactus aussi sont plus beaux en culture qu'ici dans la nature, disséminés dans la végétation.

Gymnocalycium bodenbenderianum - S412Gymnocalycium bodenbenderianum - S412

L'Echinopsis leucantha a de temps en temps montré qu'il pouvait être une jolie plante, j'ai pu en trouver un ou deux beaux exemplaires aux corps non marqués, beaucoup plus grands que les plantes que l'on trouve habituellement sous le nom d'Echinopsis chez les producteurs européens. Je suis certain que c'est une des raison qui ont mené à éviter le lumping avec des genres regroupant des plantes plus grandes telles Soehrensia et Trichocereus dans le genre Echinopsis, qui véhicule l'image de petites plantes globulaires en culture. Kiesling propose une liste impressionnante de 19 synonymes qui, pour ceux qui collectionnent les noms, augmente considérablement le nombre de plantes ! L'autre trouvaille intéressante ici et en beaucoup d'autres endroits, ce sont les roches, ici très sombres mais scintillantes de mica. Ian, Rob and Cliff qui possèdent de grandes connaissances géologiques marmonnent entre eux des noms de roches et de formations géologiques. Désolé messieurs mais tout ça me passe par dessus la tête, tant je suis occupé à photographier les plantes et les sites qui illustrent ce récit. Mais ne vous gênez pas pour décrire vos découvertes géologiques, je suis certain qu'il y a des lecteurs intéressés sur ces listes.
Gymnocalycium bodenbenderianum à vérifier - S413

Gymnocalycium bodenbenderianum - S413


Au point S410, nous pouvons ajouter Cereus forbesii et Gymnocalycium bodenbenderianum à notre liste d'espèces. Puis-je ici lancer un appel aux taxonomistes pour inventer des noms courts aisément prononçables dans des langages courants et pouvant être aisément casé sur les étiquettes ? Trichocereus candicans fait ici d'énormes efforts pour mériter son nom de 'Diable Rampant', s'étendant sur le sol sablonneux et daignant relever la tête seulement pour présenter ses boutons floraux au soleil. Les Tillandsias semblent particulièrement grands quand ils poussent sur des Cereus !
Nous nous arrêtons pour déjeuner au point S411 à Aguas de Ramon. Guillermo, Diego et les conducteurs dressent rapidement la table et les sièges de pique-nique et apportent les baguettes françaises, tranches de viandes froides et de fromages, bouteilles de cola, limonades, eaux, etc., le tout présenté sur des nappes dont l'utilisation a été chaudement recommandée par Sylvia, l'épouse de Guillermo. Pendant ce temps, nous nous éclipsons dans les environs et trouvons les mêmes plantes qu'au point S410, avec, en plus, notre premier Tephrocactus - T. articulatus. J'ai déjà trouvé une petite occurrence de cette plante qui se trouve souvent parmi les premières acquisitions des collectionneurs dès qu'ils commencent à participer à des bourses. La plupart le cultive en gros buissons et, s'ils ont de la chance, l'ont vu fleurir. Juste avant de le voir se désintégrer en un tas d'articles dès qu'on le déplace de quelques centimètres pour atteindre une autre plante. Ici, la plante a construit un impressionnant groupe d'articles sans épines juché les uns sur les autres, sévèrement déshydratés, ressemblant à une tour de vieux équilibristes sur le point de s'écrouler.
Les Opuntia présents incluent O. quimilo, avec des fleurs rouges et de très longues épines (12 cm) Il y a aussi quelques Trichos en fleur mais ces fleurs se fanent déjà à 12h30 et les Gymnocalycium bodenbenderianum nous montrent comment on peut échapper à un incendie occasionnel en se maintenant au ras du sol.

vue - S413vue - S413

Vers 14h, nous arrivons au point S412 - The Salt Flats. Mes photos et mes notes montrent que nous sommes confrontés à un brouillard épais presque impénétrable. Ian signale que la température a grimpé à un étonnant 41°C. Nous nous éparpillons afin d'essayer de trouver une autre forme de G. bodenbenderianum (connu par les splitters comme Gymnocalycium riojense ssp paucispinum var. platygonum) ainsi qu'un autre cactus populaire dans les collections européennes : Setiechinopsis mirabilis. On trouve finalement le Gymno de même que E. leucantha, Stetsonia coryne et T. articulatus. Le Setiechinopsis restera une plante inconnue dans l'habitat.
Nous atteignons le point S413 aux environs de 18h alors que le thermomètre de Ian indique 31°C à l'ombre ! Et pourtant, je me sens plutôt bien dans la chaleur sèche accompagnée d'une brise légère. Gymnocalycium hossei et G. saglionis poussent aux côtés de G. bodenbenderianum (syn. G. riojense) et me persuadent de jeter un coup d'oeil plus attentif sur le livre de John Pilbeam traitant des Gymnocalycium quand je trouverai un peu de temps à la maison, afin de savoir qui est qui parmi les photos que j'ai prises. Quelques Gymnos nous offrent des fleurs.
Pyrrhocactus bulbocalyx - S415

Pyrrhocactus bulbocalyx - S415


On trouve quelques épines qui ressemblent à du papier sur les Tephrocactus articulatus, ce qui justifie qu'il soit aussi appelé Opuntia papyracantha. Nous faisons deux nouveaux arrêts, S414 et S415 (Los Colorados) avec plus ou moins les mêmes plantes se présentant différemment mais le moment le plus important de la journée se présente au point s415 : Pyrrhocactus bulbocalyx. À 19 heure, le soleil est déjà très bas dans le ciel, jetant de grandes ombres et donnant aux collines rouges une touche rouge supplémentaire. Ces Eriosyce argentins sont difficiles à cultiver en Europe, plus spécialement au Royaume Uni ! Il fait nuit noire quand nous atteignons notre hôtel à Chilecito et que nous sacrifions au rituel de la douche, du déchargement de photos digitales, de dégustation de vin et au repas. C'est une vie difficile mais certains doivent la mener. Demain, nous pique-niquerons dans la vallée de Famatina et nous voyagerons jusqu'à Anillaco.


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Auteur : Paul Klaassen.
Traduction : Alain Laroze, Antoine Senni, Bernard Gallardo, Claudine Laveze, Jean-Luc Loroy, Marie-Élisabeth Laffite, Odile Wolff, Patrick Cazuguel, Pierre Gambart, Véronique Cucchi
Relecture et mise en page : Alain Laroze