Argentine 2005, Dimanche 23 : de Tilcara à La Quiaca

Octobre 2005 : Intro - 10 - 11 - 12 - 13 - 14 - 15 - 16 - 17 - 18 - 19 - 20 - 21 - 22 - 23 - 24 - 25 - 26 - 27 - 28 - 29 - 30 - Postscripts


Oreocereus trolli - S473 ← Oreocereus trolli - S473
Revigorés par notre journée de repos, nous étions prêts à attaquer La Quiaca. Nous avions étudié la plupart des trucs de Guillermo pour une meilleure préparation aux altitudes élevées, aussi nous avions modéré notre ingestion d'alcool (au cas où vous nous soupçonneriez d'être tous alcooliques, ce n'est pas le cas, nous aimons juste compenser l'absence de soif de nos plantes favorites). S'il n'y avait pas eu de cactus entre Tilcara et La Quiaca, j'aurais tout de même donné une note de 10/10 à cette partie du voyage tellement le paysage est exceptionnel. À l'est de la route menant vers le nord, les collines qui nous avaient tellement impressionnés à Purmamarca, Maimara et Tilcara étaient encore présentes. Je dis collines, parce que leurs sommets étaient “seulement” 250-300m au-dessus de nous, mais nous étions déjà à une altitude de 3338m quand nous nous sommes arrêtés à S472 à Churquiagada. Nous avons été accueillis par Austrocylindropuntia shaferi, Echinopsis longispina (syn. Lobivia ferox), Maihueniopsis boliviana, un Opuntia sp. aux épines très denses, et Oreocereus trollii. Plusieurs touffes de M. boliviana nous ont gratifié de fleurs, en fait, des fleurs qui s'étaient fermées pour la nuit et qui à 9h du matin attendaient de s'ouvrir pour un ou plusieurs jours de plus. L'Echinopsis longispina était également fleuri, avec des fleurs plus belles que celles de l'Echinopsis sp. standard à fleurs blanches, car ces plantes avaient toutes des boutons rouges, et les sépaloïdes extérieurs de la fleur ouverte restant rouges. Tous ces cactus étaient timides et se cachaient derrière et au milieu les buissons très épineux habituels. Il est très intéressant de voir Oreocereus trollii entrer en compétition d'épinosité avec les buissons d'Acacias (ou supposés tels)

Parodia maassii - S473

Parodia maassii - S473→

Vingt cinq minutes plus tard nous nous arrêtions près d'Azul Pampa (S473) où, aux côtés des cactus déjà listés pour S472 nous avons trouvé Parodia maassii et Trichocereus atacamensis. Tout au moins, nous pensons que c'était T. pasacana et non T. poco qui est supposé se joindre aux poteaux télégraphiques aux alentours. De mémoire, T. poco a des fleurs rouges, qui apparaissent essentiellement dans la zone de la tige proche de l'apex, alors que T. pasacana a des fleurs d'un blanc assez délavé qui peuvent apparaître n'importe où dans la partie supérieure de la tige. Comme il n'y avait apparemment aucun bouton, fleur ou reste de fleur, je fus incapable de donner une identification sûre. P. maassii était digne d'intérêt, j'en avais eu autrefois dans ma collection et j'avais trouvé que c'était des plantes assez ennuyeuses, jusqu'à ce qu'elles pourrissent. Je n'avais jamais trouvé le moyen de les cultiver correctement. Je ne sais pas pourquoi, mais quelques plantes vous parlent alors que d'autres vous laissent froid. C'est risqué de dire “les plantes qui vous parlent”, pourtant je pense que la plupart d'entre vous comprennent parfaitement ce que je veux dire. Pour les autres, les hommes en blouse blanche m'attraperont plus tard!

Espinazo del Diablo - S474 ← Espinazo del Diablo - S474
Pour en revenir aux Parodias, ils étaient partout, Brian Bates les compare à des “mauvaises herbes” en Bolivie. Les plantes avaient de magnifiques épines longues et recourbées et si j'avais eu l'occasion de visiter une pépinière en Europe présentant des spécimens semblables, tout en étant sûr que ce ne soient pas des plantes prélevées dans l'habitat, j'en aurais sûrement acheté un. Dommage qu'il n'y ait eu aucune fleur. La plupart d'entre nous photographièrent un groupe d'O. trollii, présentant quelque douze tiges, la plupart fleuries. C'est cette plante qui avait attiré notre attention et provoqué l'arrêt de notre bus.

Maihueniopsis boliviana - S475

Maihueniopsis boliviana - S475→

S474 fut un arrêt plus pour le paysage que pour les cactus. Je crois que Guillermo a utilisé le terme d'épine dorsale du diable (Espinazo del Diablo) pour cette formation rocheuse continue. En écrivant ce journal, j'aime faire des recherches sur toutes les choses que je souhaite approfondir et prendre du temps pour trouver les informations. Grâce à Google j'ai trouvé plus de choses sur l'épine dorsale du Diable (Devil's backbone). Il y a une plante d'appartement de ce nom, connue aussi sous le nom de “redbird cactus” (littéralement cactus oiseau rouge) bien que la plante représentée n'aie rien à voir ni avec un cactus (ni avec un oiseau). Il s'agit en fait de Pedilanthus tithymaloides de la famille des Euphorbiacées -tout ceci très intéressant, mais sans aucun rapport avec la formation rocheuse qui nous préoccupe. Il y a également un film qui porte ce nom, écrit par Guillermo del Tore. Un autre lien prometteur m'emmena à “Devil's Backbone Open Space”, dans le comté de Larimer, Colorado, et un autre à un endroit intéressant à Durango, Mexique. Voici pourquoi je mets longtemps à écrire ces comptes-rendus, je pars trop facilement sur des chemins de traverse.

Tephrocactus pentlandii - S476 ← Tephrocactus pentlandii - S476
J'ai oublié pourquoi nous nous sommes arrêtés à S475, je crois que c'était pour chercher Lobivia pugionacantha, une plante qui a la réputation de pousser complètement cachée sous le sol et qui est extrêmement difficile à trouver si elle n'est pas en fleur. C'est pourquoi nous étions tout à fait excités en prenant des photos de trois fleurs d'un jaune brillant qui semblaient surgir de nulle part. Mais, attendez, ce ne sont pas des fleurs de Lobivia! Ce sont des fleurs typiques des Opuntia (probablement Maihueniopsis). Peu importe, elles paraissaient quand même très belles et étranges, sortant juste du sol.

S476 ne fut qu'un rapide arrêt pour regarder d'autres fleurs jaunes sur le sol désertique. Cette fois la plante était visible au-dessus du sol. J'ai des plantes similaires dans ma collection, étiquetées Tephrocactus pentlandii (Maihueniopsis pentlandii sensu Kiesling).

Yavia cryptocarpa - S477

Yavia cryptocarpa - S477→

S477 fut un des temps forts de l'itinéraire : ce fut une occasion de voir Yavia cryptocarpa dans son habitat. Les cactophiles sont des gens étranges : nous parcourons la moitié de la planète jusqu'au pays des cactus où nous sommes secoués et remués sur des routes cahotiques pour, au final, rester pétrifié d'admiration devant quelques minuscules cactus que nous avons chez nous en exemplaires cultivés, matures et très beaux. Une fois au but de notre pélerinage, nous nous éreintons à inspecter le sol pour être le premier à trouver ce que nous étions venus voir. Nous pointons tous notre appareil photo sur la première plante trouvée, puis nous commençons à chasser pour nous-mêmes, et prendre des photos sous tous les angles avant d'appeler nos amis pour leur faire admirer notre découverte et ensuite jeter un coup d'oeil sur les leurs. J'ai été témoin de ce processus au Brésil pour Discocactus horstii et au Chili pour Copiapoa laui et pour plusieurs Thelocephala. Nous nous sentons importants d'avoir réussi et rentrerons pour montrer nos photos dans des conférences. Malheureusement, certains ont besoin d'aller plus loin et prélèvent quelques plantes pour les rapporter chez eux comme trophées de chasse. Heureusement je n'ai pas eu connaissance de ce type d'activité dans notre dernier voyage, mais la localité originale de cette espèce a été complètement pillée - sans aucun doute par des groupes comme le nôtre, mais dont chaque membre prit “juste une ou deux plantes” chacun, pas beaucoup, mais quand les touristes des cactus viennent par bus entiers…..Vraiment une honte parce que les auteurs de la description originale avaient fait un effort considérable pour s'assurer qu'il y ait une quantité de graines suffisante dans le monde afin de satisfaire les amateurs de cette plante intéressante. Aussi, pourquoi y-a-t-il encore des gens qui ont besoin d'avoir un spécimen prélevé dans l'habitat ? Là, nous avons trouvé peu de plantes, pas de trace d'arrachages récents, et nous nous sentons quelque peu optimistes puisque nous savons qu'il y a maintenant plusieurs sites différents dans la zone où la plante a été trouvée.

En regardant le paysage, il n'y a pas de raison évidente pour que cette zone ne s'étende pas en Bolivie. Il y avait aussi quelques beaux P. maassii et Oreocereus celsianus, tous dignes d'être photographiés. C'était bien d'avoir les photos de O. celsianus prises dans le jardin botanique de Tilcara, en réserve, mais j'étais content maintenant de pouvoir y ajouter quelques photos du même “dans l'habitat”. La toux et l'essoufflement nous rappelaient que nous étions dans un air raréfié aux environs de 3800m d'altitude, et que nous souffrions de la 'maladie Cliftonnaire'.

S478 nous amena de l'autre côté de La Quiaca, en passant par le village de Yavi, pour arriver à un point où Guillermo avait autrefois trouvé Lobivia pugionacantha en fleur. Le soleil était bas dans le ciel à 5h de l'après-midi et nous avons trouvé plein de Maihueniopsis boliviana. Nous avons trouvé une plante à la spination incroyable qui poussait sous un buisson et que nous avons identifiée comme étant le Lobivia. Je suis encore sceptique.- je vois une boule d'épines et ensuite nous avons trouvé des tas de forme moins régulière que nous avons identifiés comme étant M. glomerata. J'ai été incapable de retrouver notre trouvaille originale pour l'examiner de plus près. - c'est souvent le cas dans l'habitat, même un pied photographique abandonné peut “disparaître” du paysage. Nous étions tout à fait sûrs que nous étions dans la bonne zone pour le Lobivia, parce qu'il y avait quelques trous, preuve d'arrachages sélectifs récents- quelle honte!

J'avais eu l'espoir insensé que d'une façon ou d'une autre Brian Bates ait pu détourner le fait qu'il manquait des timbres sur son passeport Bolivien pour pouvoir revenir dans le pays, ce qui l'avait forcé à annuler notre rencontre à Tilcara et empêché de se joindre à nous ce jour. Il devait bien y avoir quelques routes détournées par lesquelles il aurait pu se glisser mais je devine que sa voiture aux plaques Boliviennes est trop bien connue à La Quiaca et qu'il ne pouvait pas prendre le risque de se fâcher avec les autorités car il devait faire traverser la frontière à trois cacto-touristes Allemands un mois plus tard.

Brian m'avait laissé quelques-unes de ses diapos (en fait assez peu) dans le Wiltshire, pour les utiliser lors de conférences en Grande Bretagne. Cependant, ces diapos devenaient un peu périmées et il avait pu mettre à jour sa collection de dias avec du matériel plus récent et de meilleure qualité. C'est pourquoi les Britanniques avaient été chargés d'apporter avec nous toutes ces dias. Le plan était que Brian les récupère à La Quiaca. Il nous avait demandé de les laisser au gérant de l'hôtel, où il pourrait les reprendre plus tard en novembre. Malheureusement, des changements de personnel avaient eu lieu à l'hôtel. La dame qui s'était occupée des réservations de Guillermo lors de voyages précédents n'était plus là et une grande incertitude régnait pour savoir qui faisait quoi. Guillermo me recommanda de laisser les dias au propriétaire du restaurant où nous allions dîner et par chance il fut très content de coopérer, après que je lui ai montré le contenu du sac à dos avec les boîtes contenant les diapos de cactus. Très bien- il aurait pu contenir de la drogue ou des explosifs!

Je croise les doigts pour que Brian puisse maintenant récupérer ses diapos un de ces jours.


Octobre 2005 : Intro - 10 - 11 - 12 - 13 - 14 - 15 - 16 - 17 - 18 - 19 - 20 - 21 - 22 - 23 - 24 - 25 - 26 - 27 - 28 - 29 - 30 - Postscripts


Auteur : Paul Klaassen.
Traduction : Alain Laroze, Antoine Senni, Bernard Gallardo, Claudine Laveze, Jean-Luc Loroy, Marie-Élisabeth Laffite, Odile Wolff, Patrick Cazuguel, Pierre Gambart, Véronique Cucchi
Relecture et mise en page : Alain Laroze