Eriosyce esmeraldana

La version originale de cet article est parue dans le bulletin de mars 2012 de l'association ARIDES
En cliquant sur les photos, elles apparaîtront en grand format.


La partie nord du Chili est connue pour son extrême aridité. Dans le désert d'Atacama, où les pluies sont rares et souvent espacées de plusieurs années, celles de 2011 ont été exceptionnelles.
Non seulement il a plu dans cette zone, et quelquefois en grande quantité, mais par endroit c'était la deuxième, voire la troisième année consécutive.

Toute la région du parc national Pan de Azucar a été dans ce cas et la végétation a profité de cet apport d'eau inhabituel. carte

Les plantes à végétation éphémère, comme les annuelles ou les bulbes, ont fait leur apparition. Celles dont la stratégie de survie est de se rétracter dans le sol pendant les périodes de sécheresse étaient enfin visibles. Certains cactus poussant dans les vallées au nord du parc, comme les Copiapoa angustiflora et laui, ou Eriosyce esmeraldana sont dans ce cas.



Esmeralda apparaît sur toutes les cartes un peu précises du Chili, juste à la limite nord du Parc Pan de Azucar. Mais il ne faut pas se laisser abuser, il n'y a rien à Esmeralda, ce n'est qu'une ancienne mine de cuivre maintenant abandonnée, sans même une piste pour y accéder.


Malgré sa modestie, cette mine a donné son nom à deux cactus : Copiapoa esmeraldana et Eriosyce esmeraldana.

Esmeralda, la mine E. esmeraldana. Sur la colline en face de la mine (RCPB 174)
Esmeralda, la mine E. esmeraldana. Sur la colline en face la mine (RCPB 174) E. esmeraldana. Sur la colline en face la mine (RCPB 174)



Ce dernier est une plante géophyte, c'est-à-dire dont la majeure partie se trouve sous terre. Elle a une grosse racine contenant les réserves qui lui permettent de survivre pendant les années de sécheresse. La tige affleure à peine du sol lors des années humides. Le reste du temps, elle est recouverte de sable. Elle mesure jusqu'à 4 cm de diamètre et sa couleur, en fonction de la lumière reçue, tire plus ou moins sur le marron.

Certaines plantes ont de fines épines, d'autres sont complètement glabres. Les fleurs ont la particularité d'être plus grosses que la tige. Elles sont généralement blanches, tirant plus ou moins intensément sur le jaune ou sur le rose.

E. esmeraldana. Quebrada Cachina, 2,5 km à l'est d'Esmeralda (RCPB 173) 1) E. esmeraldana en compagnie d'un Copiapoa longistaminea. Quebrada Guanillos (RCPB 178)
E. esmeraldana. Quebrada Cachina, 2,5 km à l'est d'Esmeralda (RCPB 173) E. esmeraldana. Quebrada Cachina, 2,5 km à l'est d'Esmeralda (RCPB 173) E. esmeraldana en compagnie d'un Copiapoa longistaminea. Quebrada Guanillos (RCPB 178)



E. esmeraldana. Quebrada Guanillos (RCPB 178) 2) E. esmeraldana en compagnie d'un très jeune Copiapoa columna-alba. Quebrada Tigrillo (RCPB 181) E. esmeraldana. Un groupe de 6 plantes. Quebrada La Madera (RCPB 182)
E. esmeraldana. Quebrada Guanillos (RCPB 178) E. esmeraldana en compagnie d'un très jeune Copiapoa columna-alba. Quebrada Tigrillo (RCPB 181) E. esmeraldana. Un groupe de 6 plantes. Quebrada La Madera (RCPB 182)



On trouve cette espèce, non seulement dans la vallée où se situe la mine d'Esmeralda (Quebrada Cachina) mais également dans les vallées parallèles plus au nord : Q. de Guanillos, Q. Tigrillo et Q. La Madera. Au delà, s'étend une zone montagneuse difficile d'accès et peu explorée. De l'autre côté de cette zone montagneuse, à Cifuncho, on trouve une plante similaire qui a été nommée très simplement Eriosyce odieri ssp. malleolata v. weisseri 3) .
Appellation bien longue pour ce qui n'est peut-être que la forme la plus septentrionale d'E. esmeraldana ou bien en considération de différences notables, une espèce à part entière.

Au sud d'Esmeralda s'étend, sur plusieurs kilomètres, un grand plateau : Las Lomitas. Ce plateau semble être la frontière naturelle avec le Thelocephala que l'on trouve à Pan de Azucar, plus au sud : Eriosyce odieri ssp. malleolata.

Eriosyce odieri ssp. malleolata. Pan de Azucar (RCPB 170) Eriosyce odieri ssp. malleolata v. weisseri à Cifuncho (RCPB 185) 4) Eriosyce odieri ssp. malleolata v. weisseri WK 726, 6 ans après semis
Eriosyce odieri ssp. malleolata. Pan de Azucar (RCPB 170) Eriosyce odieri ssp. malleolata v. weisseri à Cifuncho (RCPB 185))) Eriosyce odieri ssp. malleolata v. weisseri WK 726, 6 ans après semis)



Les noms

On trouve Eriosyce esmeraldana sous différents noms, héritage d'un passé taxonomique assez turbulent : Chileorebutia, Neochilenia, Neoporteria et Thelocephala esmeraldana font référence à la même plante. Les trois premiers termes sont à éviter. Chileorebutia est illégitime, Neochilenia est incertain. Neoporteria s'applique de nos jours plutôt aux plantes ayant une fleur rose dont les pétales internes sont redressés comme Neoporteria subgibbosa, senilis ou villosa. Thelocephala est bien appliqué mais dans la nomenclature actuelle est plutôt considéré comme un sous-genre d'Eriosyce.
Du moins pour l'instant…
Ce sous-genre est composé de plantes géophytes. Le New Cactus Lexicon lui reconnaît 3 espèces.
Eriosyce napina et son cortège de sous-espèces : riparia, tenebrica, fankhauseri, lembckei, glabrescens, aerocarpa et quelques autres, considérées comme espèce à part entière par certains auteurs, qui se réparti entre les latitudes 29°20'S et 27°40'S.
Eriosyce odieri et ses sous-espèces krausii et malleolata qui se répartissent du Morro Copiapo au sud de Caldera 27°10's jusqu'au Parc Pan de Azucar 26°10'S.
Et Eriosyce esmeraldana.

Cette classification est loin d'être définitive et pourrait être modifiée avec l'aide de la biologie moléculaire. L'avenir nous le dira.

Les compères

Eriosyce esmeraldana pousse en compagnie d'Eriosyce taltalensis et de Copiapoa longistaminea et grandiflora dans les zones proches de l'océan (RCPB 174, 176 et 182).
Plus à l'intérieur, se rajoute Copiapoa columna-alba (RCPB 173, 178 et 181).

Il partage aussi son habitat avec Copiapoa laui et angustiflora, mais dans des zones beaucoup plus restreintes.
Il faut aller très à l'intérieur pour trouver Eriosyce rodentiophila poussant sur des rochers, mais dans des biotopes peut-être trop secs pour Eriosyce esmeraldana. Cela reste à démontrer.
Les autres cactus rencontrés sont Eulychnia saint-pieana et Echinopsis deserticola.

En revanche, il n'y a pas de Copiapoa esmeraldana contrairement à ce que le nom laisse supposer. En effet, celui-ci ne se trouve que sur le plateau de Las Lomitas, à quelques dizaines de kilomètres plus au sud.
D'autres photos d'Eriosyce esmeraldana, des plantes accompagnantes et des biotopes sont visibles dans l'article sur le voyage au Chili en 2011 :
De Chañaral à Esmeralda et d'Esmeralda à Taltal

Eriosyce esmeraldana en culture. 10 ans après semis

Eriosyce esmeraldana en culture. 10 ans après semis.


Eriosyce esmeraldana se trouve facilement en collection. Les graines germent bien et les plantes commencent à être florifères vers 3 ou 4 ans. Leur culture n'est pas difficile à condition d'observer quelques règles.
Le substrat devra être exclusivement minéral, très drainant et très aéré. Les pots seront suffisamment importants pour loger la grosse racine. Les arrosages seront modérés en saison chaude et complètement suspendus en saison froide.
En été, on évitera le plein soleil et les températures trop élevées, qui risquent de griller la plante.
En hiver, à condition d'être strictement au sec, Eriosyce esmeraldana pourra supporter quelques degrés en dessous de zéro de façon occasionnelle.





Auteur : Alain Laroze
Photos de l'auteur.
Publié le : 2012/09/16



COMMENTAIRES Vous pouvez commenter cet article ou lire les commentaires postés.

1)
Sur la 1ere photo, la ou les plante(s) a(ont) été dégagée(s) pour la prise de vue
2) , 4)
La plante a été dégagée pour la photo
3)
Cactaceas. En la flora silvestre de Chile, 2nd édition, A. Hoffmann, H. Walter. 2004