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Eriosyce napina ssp. challensis, un nouveau thelocephala


Originellement publié dans la revue CACTUS & Co. 2 (9) 2005.
Merci aux auteurs Ricardo Keim & Ingrid Schaub et à Cactus & Co pour leurs autorisations de traduction et publication ici.

Texte & Photos : Ricardo Keim & Ingrid Schaub


E. napina ssp. challensis : trois plantes avec des fruits et ... mes pieds

E. napina ssp. challensis : trois plantes avec des fruits et … nos pieds


En 2002, alors que l'hiver dans le nord du Chili a été beaucoup plus humide que d'accoutumé, dans de nombreuses zones que nous pensions très bien connaitre, nous avons subitement vu un type de cactus que nous n'avions encore jamais vu auparavant. C’était des «Thelocephala», un groupe de petits cactus qui restent souvent partiellement voire totalement enterrés. Ce n’est que les années pluvieuses (probablement au-dessus de 30-50 mm) que ces plantes deviennent visibles, car elles absorbent l'humidité et gonflent. Leurs grandes racines pivotantes et leurs tiges poussent, et elles fleurissent, quelques 6 à 8 semaines après la pluie, c’est à ce moment là que l’on peut les découvrir. Cela se produit seulement deux fois par décennie environ, et vous devez donc être chanceux : au bon endroit, la bonne année et exactement au bon moment.

E. napina ssp. napina, Huasco

E. napina ssp. napina, Huasco


Le genre Thelocephala a été créé par Yro Ito en 1957, et Friedrich Ritter l’a accepté et étendu en 1959. Les cactus de ce genre sont de petite taille, avec de petits tubercules qui généralement ne s’organisent pas en côtes, de courtes épines radiales plaquées contre la tige, et une épine centrale courte, lorsqu’il y en a. Leur racine pivotante est de très grande taille en comparaison de la tige et les fleurs le sont aussi. Le fruit est léger, couvert de laine et de soie, ce qui permet une dispersion par le vent. Les graines sont plus fermement attachées au fruit que chez les autres Eriosyce, et restent à l'intérieur lorsque le fruit tombe au sol. Bien que ce groupe ne soit plus considéré comme un genre distinct et a été inclus dans le genre Eriosyce, de nombreux collectionneurs et producteurs continuent d'utiliser le terme « Thelocephala » pour désigner ces jolis petits cactus si difficiles à trouver.

E. napina ssp. lembckei var. lembckei, Maitencillo

E. napina ssp. lembckei var. lembckei, Maitencillo


Une des espèces appartenant à ce groupe est Eriosyce napina (Philippi) Kattermann, dont Kattermann reconnaît deux sous-espèces : E. napina ssp. napina et E. napina ssp. lembckei Kattermann, et de ce dernier, deux variétés : var. lembckei et var. duripulpa (F. Ritter) Kattermann. D'après la littérature, nous savons qu'ils n'ont été signalés que dans la vallée de Huasco : var. duripulpa à proximité de Vallenar, var. lembckei dans environs de Maitencillo et Freirina, ainsi que E. napina ssp. napina plus proche de Huasco. E. napina ssp. napina, Huasco

E. napina ssp. lembckei var. lembckei, Maitencillo


E. napina ssp. napina semble être le membre le plus largement répandu du groupe, et de nombreuses populations sont à trouver. Il a la tige la plus large, initialement décrite comme mesurant 30 à 50 mm de diamètre, bien que lors de nos expéditions nous ayons vu de plus gros spécimens : jusqu'à 80 mm de diamètre, poussant à plus haute altitude (300-500 m) près de la côte, où le « Camanchaca » (le brouillard côtier quasi quotidien) a une grande influence sur toute la flore. E. villosa (Monville) Kattermann, lui aussi, y est plus gros qu’à plus basse altitude au nord de Huasco. Cette zone est apparemment la seule localité de Copiapoa humilis ssp. australis Hoxley décrit récemment.

E. napina ssp. lembckei var. duripulpa, Vallenar

E. napina ssp. lembckei var. duripulpa, Vallenar


Près de Freirina nous avons trouvé quelques populations d’E. napina ssp. lembckei var. lembckei : de plus petites plantes, de 10 à 25 mm de diamètre environ, rarement allongées, avec des traces de périodes de croissance visibles sur les tiges, et avec de petits tubercules (1 à 2 mm de diamètre). Elles portent aussi de courtes épines, couleur ivoire lorsqu’elles sont jeunes, grises ensuite, radiantes à pectinées. Lorsqu'elles ne sont pas en fleur, ces plantes sont plus difficiles à trouver qu’E. napina ssp. napina. Toutefois, lorsque vous en trouvez une, en général, vous voyez rapidement les autres, car les populations sont normalement assez denses (nous avons observé jusqu'à 2 à 4 plantes par mètre carré environ).
E. napina ssp. challaensis

E. napina ssp. challensis. Spécimen très attractif avec des épines blanches, de la laine et des fruits


E. napina ssp. lembckei var. duripulpa a été trouvé près de Vallenar. Selon Ritter cette plante avait presque disparu quand il était au Chili, et seule une petite population reste maintenant connue. Il est semblable à E. lembckei ssp. lembckei var. lembckei, mais plus grand (selon Katterman la tige n'est pas allongée) avec de plus gros tubercules et de plus grandes épines. Nous avons vu des plantes qui faisaient entre 15 et 30 mm de diamètre pour 40 mm de haut.

Au cours de nos voyages au nord, entre Huasco et Carrizal Bajo, de nouveau en 2004, nous avons découvert une population d’E. napina qui ressemblait à ssp. lembckei. Ils poussaient près de la côte dans un habitat différent d’E. napina ssp. lembckei. Notre impression est qu’il s’agissait peut-être d’une autre population d’E. lembckei, mais des études supplémentaires étaient nécessaires.
Il y a quelques années, Luis Faundez nous a dit avoir découvert il y a longtemps, un nouveau « Thelocephala» avec Walter Jung, plus au nord et plus à l'intérieur des terres. Il n'avait pas pu étudier suffisamment cette plante afin d’en faire la description. Nous sommes souvent allés dans cette région à sa recherche mais sans succès, puis finalement, en 2001, nous l'avons trouvée. Nous avons commencé à étudier la plante et son habitat, et pour cela, nous nous y sommes rendus plusieurs fois au cours des trois dernières années, espérant voir la plante en fleur.

Au cours de l'année 2002, particulièrement pluvieuse, nous avons manqué la période de floraison, mais avons été en mesure de récolter de nombreuses graines. E. napina ssp. challensis E. napina ssp. challensis Cette année, nous avons décidé d'aller arroser les plantes de manière à les forcer à fleurir. Nous sommes rentrés à Santiago après les avoir arrosé et nous avons entendu dix jours plus tard qu'il y avait eu de fortes pluies dans la région. Donc, nous nous attendions à voir des fleurs lors de notre voyage suivant, et ce fut le cas. La plante est semblable aux spécimens d’E. napina ssp. lembckei poussant à proximité de Maitencillo, approximativement de la même taille, elle a aussi une grande racine pivotante.

E. napina ssp. challensis. Plantes dans l'habitat montrant les épines blanches et l’apex déprimé


La caractéristique particulièrement attrayante de cette plante, est qu'elle paraît blanche à cause de ses aréoles très laineuses et des épines qui tirent sur le blanc. Les tubercules ne dépassent pas le 1 mm de haut et sont très rapprochés. Elle a un faux air d’Epithelantha. Le fruit est également très différent des deux variétés d’E. napina ssp. lembckei, dont les fruits sont rouges ou brun-rouge avec quelques petites touffes laineuses. Chez la nouvelle sous-espèce le fruit est complètement recouvert de laine blanche et de poils, et dans la partie inférieure la laine est de couleur beige à blanc.

Floraison des plantes dans l'habitat; notez le péricarpelle entièrement couvert de laine brune Plante densément couverte de laine, après une année plus pluvieuse que d'ordinaire Plante bicéphale (pas rare) avec une grosse racine pivotante d’environ 180 mm de long. Notez que les petites racines superficielles poussent vers la surface, où l'eau se trouve lorsqu’il pleut Belle plante montrant les fruits très laineux
E. napina ssp. challensis {{:eriosyce_napina_ssp._challensis:11_h200.jpg|E. napina ssp. challensis}}]] E. napina ssp. challensis E. napina ssp. challensis


Eriosyce napina ssp. challensis I. Schaub & R. Keim
Holotype (SGO 151590)
Collecté par Ingrid Schaub et Ricardo Keim le 20 août 2004 et déposé à l'herbier du Musée National d’Histoire Naturelle de Santiago (SGO, numéro 151590).


Differt a Eriosyce napina (Philippi) Kattermann quia ostendit caulem valde minorem cum tuberculis minimis, omnino tectum a spinis cum apicibus coffeatis qui albi fiunt, quod una cum lanugine plantae defert habitum albidum. Fructus albo-griseus omnino tectus est ab albida lanugine. Subspecies est in geographica distributione disiuncta a plerisque Eriosyce napinae subspecibus.


Petites tiges, généralement solitaires, subglobulaires à colonnaires avec constrictions, 20 mm de diamètre (de 15 à 25 mm) et 40 mm de long avec un apex laineux déprimé s'étendant latéralement. La racine pivotante est charnue, dure au toucher, jaune, jusqu'à 180 mm de long et 20 à 30 mm de diamètre avec un collet étroit, parfois ramifiée et avec quelques petites racines superficielles près du collet.
Les aréoles sont rondes, non déprimées, de 1 mm de diamètre avec de la laine blanche à l'apex et dans une moindre mesure sur les aréoles plus anciennes. Les aréoles sont disposées en une double spirale. De 11 à 14 épines radiales, pectinées, recourbées vers le corps pour le couvrir totalement, d’1 mm de long, certaines plus petites et de couleur orange. Sur les anciennes aréoles les épines sont blanches. Il n’y a pas d’épine centrale.

Plante en fleur, venant de l’habitat Deux plantes en fleur; notez les galets de quartz dans le sol Section d’une fleur d’E. napina ssp. challensis Fruits de la ssp. lembckei (à gauche) et de la ssp. challensis (à droite)
E. napina ssp. challensis {{:eriosyce_napina_ssp._challensis:10_h200.jpg|E. napina ssp. challensis}}]] E. napina ssp. challensis E. napina ssp. challensis


Les fleurs (1 à 3), en forme d'entonnoir, de 25 à 30 mm de long et de 20 mm de diamètre à pleine ouverture émergent près de l’apex et s'ouvrent pendant la journée. Pétales de 15 mm de long et de 3 à 4 mm de large, jaune pâle avec bande médiane rouge. L’ovaire est arrondi, de 3 à 4 mm de diamètre. Le péricarpelle est verdâtre recouvert de poils bruns et de laine brune floconneuse. Le style, rougeâtre, mesure 18 à 20 mm de long. Le stigmate, rougeâtre, comporte 7 à 10 lobes de 3 à 4 mm de long.
Le pollen est jaune. Les étamines jaunes font 7 à 15 mm de long. Période de floraison : septembre à novembre 1).
Le fruit est arrondi à allongé, il mesure 9 à 11 mm de diamètre, et 10 à 20 mm de longueur. Il est entièrement recouvert d’une dense laine blanche et de soie.
Les graines mesurent 1 mm de diamètre, sont brunes foncées, et sortent du fruit par un pore basal.

les graines détail des cellules détail de l'HMR 2) Variation dans un semis d'un an
E. napina ssp. challensis E. napina ssp. challensis E. napina ssp. challensis E. napina ssp. challensis


E. napina ssp. challensis Sud-est de Carrizal Bajo, Région IV, Chili. Poussant sur un terrain plat sablonneux avec des graviers de quartz et de petits cailloux. Il n’y a presque aucune autre végétation qui l’accompagne à l'exception de quelques Eulychnia acida Philippi et E. odieri var. glabrescens (Ritter) Kattermann. A certains endroits, il y a un peu de Copiapoa echinoides (Salm-Dyck) Britton & Rose en mauvais état. Altitude : de 165 m à 290 m.


Le taxon a été trouvé sur tous les terrains plats de la région ayant les caractéristiques décrites précédemment, avec une densité relativement faible.

Photo de l'habitat : les plantes poussent dans les plaines, avec presque pas d'autres plantes



Les auteurs tiennent à remercier Raquel Pinto, qui nous a encouragés à faire cette description et qui a étudié les plantes avec nous lors de certains de nos voyages d’étude, ainsi que Paul Klaassen, pour son aide dans la préparation de ce manuscrit.

  • F. RITTER (1980). Kakteen in Sudamerika, Band 2.
  • A. HOFFMANN (1989). Cactáceas en la flora silvestre de Chile, Santiago: Edition Fundación Claudio Gay.
  • F. KATTERMANN (1994) Eriosyce, Succulent Plant Research. 1, Richmond, England: D. Hunt.


Adresse de l'auteur :

Kennedy 5428 dep. 73 Vitacura, Santiago, Cile. e-mail: rkeim [(à)] ctcinternet.cl



Traduit pour le Cactus Francophone par Nicolas POINTEAU
Relu par Alain Laroze
Mise en page Alain Laroze
Publié le 2010/06/06
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1)
NdT : Au Chili, soit au printemps
2)
hile des zones micropylaires
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  • Dernière modification: 2015/10/22 14:24
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