Espostoa Br.& R.

Par Graham Charles

[ Note : cet article a d'abord été publié dans le journal de l'association anglaise BCSS (site web : www.bcss.org.uk), puis traduit en français par Véronique Cucchi avec l'accord de l'auteur et de l'éditeur. Merci à eux pour leur travail. ]

2435r.jpg Bien que les cierges ne soient pas parmi les cactées les plus populaires chez les cactophiles, limités par la culture sous serre, presque toutes les collections ont au moins un représentant de ce genre magnifique : Espostoa. La plupart des espèces sont faciles à cultiver et leurs tiges laineuses en font un élément attrayant dans n'importe quelle collection, même dans une petite serre. En pot, ils ont une croissance plus lente que la plupart des autres cierges, ce qui fait d'eux de bonnes plantes de démonstration, et leur permet de gagner fréquemment dans la classe des cierges. Pour les exposants, ces espèces couvertes de soies blanches attirent particulièrement l'attention des juges. Cette importante spination permet également de cacher de petit défauts sur la tige, défauts qui seraient plus probablement repérables sur des espèces moins couvertes, engrangeant ainsi les mauvais points !

Suivant la tendance à la mode qui veut un concept des genres plus large, le genre Espostoa a, ces dernières années, été élargit pour y inclure des espèces auparavant classées dans les genres Pseudoespostoa Backbg, Thrixanthocereus Backbg et Vatricania Backbg. La floraison des Espostoas est rarement observée dans les collections du Nord de l'Europe, bien que j'ai pu voir quelques spécimens matures dans de grandes serres en Hollande et en Belgique. Leurs fleurs sont habituellement produites par un cephalium latéral (plus précisément, un pseudocephalium) ou du moins par des aréoles modifiées présentes dans la partie supérieure de la tige. Chez quelques espèces, le cephalium se situe dans une profonde cannelure qui s'étend de la zone de croissance vers le bas de la tige ; il s'allonge vers le haut tandis que la plante se développe. Parfois il peut y avoir 2 de ces cephalia, un sur chaque côté opposé de la tige. On a signalé que les cephalia se développent toujours du même côté de la tige selon une orientation particulière, mais j'ai pu observer des populations sauvages avec des cephalia orientés dans diverses directions.

J'ai été amené à écrire cet article suite à un voyage au Pérou durant lequel j'ai pu voir beaucoup d'espèces d'Espostoa dans leur milieu naturel. Dans la nature, leur aire de répartition s'étend du centre du Pérou à l'Equateur méridional, avec une seule espèce, Espostoa (Vatricania) guentheri, que l'on rencontre en Bolivie. Ils sont spectaculaires, couvrant souvent tout un coteau ou formant une forêt de cactus avec d'autres espèces, celles couvertes de soies blanches étant tout particulièrement splendides. Au Pérou, ce sont les seules plantes de type cierge développant un cephalium, elles occupent les vallées côtières et les vallées intérieures plus chaudes à l'est de la principale Cordillère des Andes.

Le genre Espostoa a été créé par Britton et Rose dans le volume II de leur livre « The Cactaceae » en 1920. Il a été nommé ainsi en l'honneur de Nicolas E. Esposto, un botaniste rattaché à l'Ecole Nationale d'Agriculture de Lima. Ils ont commencé par signaler Cactus lanatus H.B.K. (décrit en 1823) comme le type, et seulement après, ont décrit les espèces de ce nouveau genre. Cependant leurs descriptions et leurs illustrations montrent clairement qu'ils ont inclus dans leur complexe E. lanata une plante connue actuellement sous le nom d'E. melanostele. En fait, ils n'ont pas réalisé que Cephalocereus melanostele Vaupel (décrit en 1913) appartenait au genre Espostoa, et en ont fait le type d'un autre genre nouveau, Binghamia, qui contenait également l'espèce Binghamia acrantha (Haageocereus acranthus). Je présume qu'ils sont arrivés à cette conclusion parce que la description de Vaupel se rapportait à une plante que nous appelons aujourd'hui Haageocereus, et qui se développe en compagnie de E. melanostele.

En culture, les Espostoas originaires de l'Est sont habituellement plus sensibles au froid, particulièrement ceux vivant à basse altitude dans les vallées profondes, juste à la jointure entre les rivières et la zone forestière. A cet endroit on trouve le remarquable et peu connu Espostoa calva Ritter, dépourvu de soies ; ainsi, jusqu'à ce qu'il développe le cephalium typique des Espostoas, il est difficile de le classer comme tel. Comme pour beaucoup de genres, la quantité d'espèces, de noms et de variétés regroupés sous Espostoa est beaucoup plus importante qu'une vision conservatrice de ces plantes ne peut l'admettre. En consultant les diverses littératures pour tenter de mettre un nom sur les sujets que j'avais vu au Pérou, j'ai tout d'abord été surpris de constater que peu d'entre eux avait été publiés en anglais, puis de voir combien de noms différents avaient été attribués par des auteurs successifs à ce qui me semblait être la même plante à la même localisation ! Ma tentative de rationalisation de cet état de fait est présentée ci-dessous, mais je suis resté avec le sentiment qu'il y a encore une bonne part d'inconnu sur les relations entre les espèces de ce genre. Il y a si peu de routes et le terrain est tellement chaotique dans cette partie du Pérou que l'échantillonnage des différentes populations n'est possible que dans les quelques sites accessibles, sans connaître le point de jointure de ces populations. Par exemple, dans les gorges du fleuve Marañon et de ses tributaires, il s'avère que si l'altitude est bonne, alors vous tomberez sur un Espostoa, ce qui me fait supposer qu'ils colonisent toutes les vallées fluviales de la zone. On peut donc se trouver face à une espèce montrant une variabilité assez grande pour couvrir toutes les formes décrites à partir des endroits actuellement accessibles. Les fleurs des Espostoa sont nocturnes, habituellement blanches, et sont produites par la partie supérieure du cephalium. Espostoa (Thrixanthocereus) senilis produit des fleurs nocturnes pourpre-rose. Pourquoi donc cette espèce a-t-elle évolué vers des fleurs de cette couleur ? Les fruits, qui ressemblent à des baies, restent bien cachés dans la laine du cephalium, et se fendent par la suite pour laisser apparaître des graines noires. Ces fruits sont connus pour être doux au goût et sont consommés par les populations locales. En culture dans le nord de l'Europe, les Espostoa se plaisent dans un emplacement ensoleillé, avec de la place pour les racines et des arrosages généreux en été. Les espèces originaires des habitats plus chauds de basse altitude sont sensibles au froid et doivent être conservées à une température minimale de 10°C. Ces espèces incluent E. mirabilis, E. blossfeldiorum, E. senilis, E. calva et E. utcubambensis. Les jeunes plants d' E. melanostele and E. nana sont particulièrement attrayants, la laine qui les recouvre les fait ressembler aux blaireaux utilisés pour se raser. Ces deux espèces comptent également parmi les croissances les plus lentes, les rendant ainsi particulièrement adaptées aux expositions de démonstration. Un E. melanostele bien développé atteindra environ 25cm de hauteur après 10 ans.

2430r.jpg Une description des espèces suit cette introduction. J'ai rationalisé la liste en y incluant quelques noms provenant d'espèces précédemment décrites. Dans certains cas, ces synonymes correspondent à des formes reconnaissables pouvant avoir une valeur horticole, ils peuvent donc être intéressants à maintenir tels quels dans votre collection. Je n'ai pas énuméré tous les vieux synonymes de chaque espèce mais on peut les trouver en consultant le 'Kakteen in Südamerika' Band 4 de Ritter.

Krainz, Die Kakteen Lief.33:1966 syn: Thrixanthocereus blossfeldiorum (Werd) Backeberg

2429r.jpg Après sa découverte par Blossfeld, cette plante facilement reconnaissable a été décrite à titre d'essai par Werdermenn en 1937 en tant que Cephalocereus, mais Backeberg lui a presque immédiatement érigé un nouveau genre, Thrixanthocereus, en raison de son tube floral velu. En 1959, Buxbaum exposa ses arguments pour l'inclure dans le genre Espostoa et il a rendu la combinaison effective dans Krainz, Die Kakteen 1966. La plante est habituellement solitaire, faisant jusqu'à 3m environ. Le cephalium n'est pas situé dans une profonde cannelure comme chez d'autres Espostoas, mais se compose de brins et de soies situés dans une zone légèrement déprimée sur un des côtés de la tige. Les jeunes plantes ont une croissance caractéristique, montrant de longs brins fins à la base de la tige, également présents chez Espostoa mirabilis. Les fleurs, blanches, sont nocturnes, elles apparaissent parfois simultanément en nombre important et restent ouvertes quelques temps le matin suivant. Tous les habitats rapportés se situent dans le réseau fluvial du Marañon, la localité type étant Huancabamba. Comme mentionné précédemment, les populations recensées sont celles où des routes donnent accès aux vallées, il est plus que probable que cette espèce se développe sur tous les endroits appropriés entre l'ensemble du système fluvial cité et les localités rapportées. Je l'ai vu près de Chamaya, mais aussi plus au sud encore à Balsas, et à la Puenta Crisnejas j'ai observé une forme étroitement liée à Thrixanthocereus cullmannianus. 2442r.jpg Celle-ci a été décrite par Ritter en 1961. Elle n'est pas aussi grande que E. blossfeldiorum, et fleurira ainsi à une taille inférieure en culture. Ritter a également décrit Thrixanthocereus longispinus plus au sud encore à El Chagual, une plante que je n'ai jamais vue mais qui semble être une autre forme de cette espèce. Il est intéressant de noter que, partout où j'ai vu cette plante dans l'habitat, on la rencontre seulement sur des sols peu profonds, sur des roches, de nombreux individus se sont par exemple installés sur des affleurements rocheux. Aucun individu n'a été trouvé sur les abords de zones où d'autres cactus avaient poussés. Toutes ces formes produisent en serre de beaux spécimens. Si vous pouvez les garder au-dessus de 10°C et leur fournir une bonne luminosité et beaucoup d'eau en été, elles se développeront alors étonnamment rapidement et la floraison sera certainement possible en particulier avec T. cullmannianus.

BCSJ 21(2) 69-74, 2003

2441r.jpg Voici une plante fort intéressante. Il manque la couverture de soies habituellement associée aux Espostoa mais elle est, sur d'autres aspects, tout à fait comparable aux autres espèces. Ritter suggère que ce manque de soies correspond à une caractéristique primitive, rapprochant cette espèce des ancêtres inermes de ce genre. Elle se rencontre dans les vallées de la rivière Utcabamba, où elle est très commune entre 1800 et 2400 m, poussant sur les pentes raides des vallées, souvent sous une dense couverture d'arbres. Cette localisation orientale reçoit d'abondantes précipitations en été, d'où une végétation luxuriante : des Rhipsalis poussent par-dessus les rochers et de nombreuses broméliacées s'épanouissent dans les arbres. E. utcubambensis forme un arbre atteignant 9 m de hauteur, le plus grand du genre. Dans certains endroits, il se constitue en peuplements denses sur les pentes escarpées et rocheuses des vallées. Aux basses altitudes, il partage les coteaux avec d'autres cactus comme Cleistocactus (Clistanthocereus) et Browningia altissima. C'est une plante rare en culture. Les jeunes individus ressemblent à Weberbauerocereus et sembleraient certainement n'être pas à leur place chez les Espostoa dans une exposition. J'ai vu pour la première fois des coupes supérieures de cette espèce à la pépinière DeHerdt au début des années 70. Elle a été décrite comme l'espèce 'Utcabamaban' et quelques jeunes plantes sont ensuite apparues en culture. Les graines de ce que je crois être la même plante ont été distribuées comme étant du Thrixanthocereus jelinkyanus n.n. KK282. Les jeunes plantes sont certainement très semblables à la plante de DeHerdt.

Flora of Ecuador 35:36-37 (1989)

Il s'agit de l'espèce la plus nordique et la plus récemment décrite, elle fait son apparition dans le No 35, part 45 de la Flore d'Equateur dans laquelle Jens Madsen, un botaniste danois, a documenté toutes les cactées de ce pays. Cette espèce ressemble à E. melanostele, se ramifiant de la base et atteignant 2 m de hauteur. Elle en diffère par ses graines : plutôt que de petites graines d'un noir brillant, les siennes sont grosses et d'un noir mat, semblables à celles d'E. lanata. La localité type est San Francisco, sur la route qui relie Santa Isabel à Pasaje dans le sud de l'Équateur. En culture, les jeunes plantes ressemblent exactement à E. melanostele, bien qu'elles soient encore rarement vues en collection. Cette partie de l'Équateur n'étant pas souvent visitée par les cactophiles, je n'ai pas encore vu de graines commercialisées.

Österr.Bot.Zeitschr.106:155, 1959 Syn: Vatricania guentheri (Kupper) Backeberg

2431r.jpg Cette plante fut découverte par le professeur C. Troll en 1927 et décrite en tant que Cephalocereus Güntheri par Kupper dans Monatsschrift der D.K.G. en 1931. Backeberg créa le genre Vatricania en 1950 pour cette seule espèce en se basant sur la forme de ses fleurs et du cephalium, mais par la suite Buxbaum l'assimila aux Espostoa. Elle se rencontre dans la vallée du Rio Grande, près de El Oro, Chuquisaca, et constitue ainsi le seul Espostoa poussant en Bolivie. La tige, attrayante par ses épines dorées, atteint dans l'habitat jusqu'à 2m de hauteur et forme des branches avec l'âge. Le cephalium caractéristique, formant une zone de longues épines fines, apparaît tout d'abord de façon superficielle sur l'un des côtés de la tige, mais s'étend parfois jusqu'à encercler complètement le haut de la plante. Il peut être obtenu en serre mais cela prend un certain nombre d'années car la plante est de croissance lente dans les conditions de culture de l'Europe du Nord. Un habitat sec implique qu'elle devra être conservée à une température minimum de 10°C afin d'éviter de tâcher la tige. Un grand spécimen mature de plus de 3m et bien ramifié est cultivé en extérieur au Grigsby Cactus Gardens à Vista en Californie.

Taxon 13 (4): 143 1964

2432r.jpg Voici une des espèces les plus récemment décrites issue des larges explorations de Friedrich Ritter. Elle est présente dans la zone de transition entre la jungle tropicale et la forêt sèche dans la province de Bagua, département péruvien de Amazonas. D'après Ritter, elle est proche de E. superba et E. ritteri, trouvés plus à l'ouest, et est bien définie, sans individus intermédiaires observés. Je l'ai vu près de Pongo de Rentema sur les falaises escarpées près du fleuve Marañon. Cette espèce est caractérisée par ses tiges plus minces que celles des autres Espostoa. Ritter rapporte également ses grandes fleurs largement ouvertes dans son livre 'Kakteen in Südamerika' 1981. Elle est rarement rencontrée en culture mais j'ai photographié une plante de la collection DeHerdt dans les années 70 dont je me souviens des tiges fines, et mes plantes issues de semis montrent une finesse similaire.

The Cactaceae Vol.II:60-63, 1920

2433r.jpg Cette espèce, la première plante découverte classée dans les Espostoa, a été trouvée par Humboldt à Guancabamba en Equateur et décrite par lui (avec Bonpland et Knuth) en tant que Cactus lanatus en 1823. Elle deviendra l'espèce type du nouveau genre Espostoa lorsque Britton et Rose le créeront en 1920. Aujourd'hui Huancabamba est situé au Pérou, la frontière avec l'Equateur s'étant déplacée plus au nord. Beaucoup de noms furent créés pour les diverses formes de cette espèce répandue, quelques uns sont anciens, mais la plupart sont récents. Certaines des espèces que j'ai listé ici séparément devraient probablement être incluses dans E. lanata, mais ceci est certain pour les synonymes suivants : E. laticornua Rauh.& Backbg., E. procera Rauh.& Backbg., E. ritteri Buin., E. sericata Backbg., et E. superba Ritt. C'est l'un des plus grand Espostoa, on dit qu'il peut atteindre 7m de haut et être très ramifié. Les branches apparaissent habituellement sur la partie supérieure de la tige principale, ce qui lui donne l'allure d'un arbre. Près de Bagua se trouve la forêt de cactus la plus dense qu'il m'aie été donné de voir. Elle est composée de Browningia altissima, Armatocereus rauii et Espostoa lanata, les Browningia et Espostoa ramifiés ayant en commun leur ressemblance avec les arbres. En culture, c'est l'espèce la plus fréquente. Elle a besoin de place pour les racines afin de croître convenablement, et en pleine terre, elle peut pousser de plusieurs cm par an et former un spécimen impressionnant particulièrement s'il développe des branches. Il faut généralement qu'elle atteigne 2m de haut pour qu'apparaisse le cephalium et j'ai déjà pu voir de tels spécimen dans des serres en Europe. On peut facilement se procurer des graines, qui germent et poussent sans soucis.

Kakteen in Südamerika 4:1443-4, 1981

2434r.jpg Voici une autre des espèces que Ritter relie à E. lanata. En fait, il ne mérite probablement pas de statut spécifique et pourrait être considéré plutôt comme une variété ou une forme de E. lanata. C'est une plante spectaculaire, atteignant les 5m de hauteur et se ramifiant beaucoup. Elle présente de proéminentes épines de couleur ivoire qui dépassent de la laine, une caractéristique apparaissant également en culture. Un beau spécimen en pleine terre est conservé dans la collection DeHerdt en Belgique et la pépinière a souvent eu sur sa liste de vente les graines de cette splendide espèce. C'est la forme que je préfère parmi le complexe E. lanata. J'ai pu l'observer à l'endroit de sa localité type à Puenta Crisnejas où la route traverse la rivière Crisnejas, assez près de l'endroit où elle rejoint le Marañon, le long duquel on peut voir tant d'Espostoa. Les plantes que j'ai vues sur les collines plus au nord, au dessus de Balsas, m'ont semblé être une forme de E. lanata mais Ritter déclare que ces plantes appartiennent à l'espèce E. lanianuligera. A Puenta Crisnejas, j'ai été perplexe devant les importants dégâts occasionnés aux tiges par l'activité humaine, mais je lis à présent dans le Ritter que la population locale coupe les tiges afin de récolter la laine des cephalia. Cette activité est également évoquée par Madsen pour E. lanata en Equateur, avec pour résultat une faible part des plantes atteignant leur taille maximale.

Cacti:153 (interwiki) 1937

2436r.jpg Cette espèce était connue de Britton et Rose lorsqu'ils créèrent le genre Espostoa mais ils l'inclurent dans un autre genre nouveau, Binghamia. Ils dessinèrent une plante de cette espèce comme exemple de leur Espostoa lanata, apparemment sans réaliser que leur illustration était celle de la plante que Vaupel avait décrite en 1913. Ritter fait un encart pour signaler que Pilosocereus haagei Ruempl. est le nom le plus ancien attribué à cette espèce, mais ce n'est pas assez certain pour être accepté tel quel, et cette ancienne appellation est habituellement abandonnée étant donné son attribution incertaine. Backeberg créa le genre Pseudoespostoa en 1934 afin de caser cette espèce, et plus tard il y inclut également E. nana. Les raisons invoquées pour cette séparation furent les graines noires et lustrées, ainsi que quelques différences mineures au niveau du cephalium et des fruits. E. melanostele atteint 2m de haut, et se ramifie facilement de la base afin de former un groupe de tiges. On le rencontre dans les vallées fluviales de l'ouest du Pérou qui se jettent dans l'Océan Pacifique, de 800m à 2000m d'altitude. Son aire de répartition est large, de la vallée Pisco au sud à la vallée du Rio Saña au nord. En culture, c'est l'une des espèces les plus populaires, les plantules étant particulièrement attrayantes avec leur couverture de longues soies blanches, et comme je l'ai dit plus haut, on les rencontre souvent dans les expositions. Les graines sont facilement disponibles et cultiver des plantes issues de semis est aisé en pleine terre avec une bonne luminosité. Je ne me souviens pas avoir vu d'individu de cette espèce en fleur dans les serres d'Europe du nord, mais il y mérite sa place même sans floraison.

Taxon 13 (4):143 1964

2437r.jpg Une espèce très reconnaissable des gorges du fleuve Marañon à Balsas. Elle forme un groupe de tiges à partir de la base, chacune d'entre elles atteignant 2 à 4m de haut. Elle est moins laineuse que la plupart des Espostoas et le cephalium est constitué d'inhabituelles soies brun foncé. Elle occupe les pentes raides des gorges, du niveau du fleuve à 1000m jusqu'à environ 1600m d'altitude, donc une large répartition. Les plantes que j'ai vues en culture sous le nom d'E. baumannii Knize lui ressemblent et ont été signalées juste au sud de Balsas. Balsas étant une zone chaude, on peut supposer qu'en culture cette espèce supportera mal les basses températures. Les graines sont fréquemment disponibles et les plantules qui en sont issues semblent résistantes comme les autres Espostoas, mais curieusement elles produisent de très longues épines à la base de la tige, exactement comme Espostoa (Thrixanthocereus) blossfeldiorum avec lequel cette espèce partage la partie la plus inférieure de son habitat. J'ai vu il y a de ça pas mal d'années dans une collection hollandaise une plante de 2m de haut avec un cephalium de presque 1m de long. Le propriétaire m'a dit qu'il avait fleuri presque chaque jour de l'année, et il était effectivement en fleur le jour où je l'ai vu, malgré une journée couverte et humide.

Taxon 13 (4):143 1964

Ritter décrit cette variété d'El Chagual, une autre localisation où une route traverse le fleuve Marañon. C'est au sud (amont du fleuve) des Balsas. D'après lui, cette plante est similaire à son E. ruficeps que l'on rencontre encore plus au sud, également à proximité du Marañon. Je n'ai jamais eu la chance de voir cette variété d'E. mirabilis, que ce soit dans l'habitat ou en culture, mais j'espère que ce jour viendra! Il est intéressant de voir de cette plante a probablement été mentionnée par Britton et Rose dans leur description du genre Espostoa, là où ils supposent qu'un membre de leur nouveau genre pourrait être présent à Chagual, sur la base d'une photographie prise là-bas.

Taxon 13 (4):143 1964

2438r.jpg Une espèce très semblable à E. melanostele, excepté pour la forme des groupes, plus larges et moins hauts. Comme E. melanostele, elle a été inclue dans le genre Pseudoespostoa par Backeberg sur la base des mêmes graines noires et lustrées. Elle présente un cephalium pâle en comparaison du cephalium brun foncé d'E. melanostele, et plutôt moins de côtes. Elle se développe également plus vers l'intérieur et à une altitude plus élevée qu'E. melanostele, dans la vallée du fleuve Santa près d'Huallanca, mais elle lui est si similaire que je serais tenté de la considérer juste comme une variété ou une forme du nom plus ancien. En culture, E. nana et E. melanostele ne sont pas différenciables, exception faite peut-être de la croissance plus lente du premier. Sa couverture de soies extrêmement dense en fait une plante très attrayante pour nos collections, bien que je ne sache pas s'il existe dans les serres du nord de l'Europe des individus ayant fleuri.

Kakteen in Südamerika 4:1448-50 1981

2439r.jpg Voici une espèce se ramifiant facilement, liée à E. lanata mais présentant des tiges plus fines et moins hautes, atteignant seulement 2.5m de haut. Je l'ai rencontrée sur les pentes abruptes près de Rahuapampa, à 2400m d'altitude. Poussant là également, j'ai vu une seule plante de ce que je pense être un hybride d'Espostoa. L'individu ne présentait pas un cephalium continu mais un certain nombre de touffes de fines épines près du haut des tiges. Je peux seulement supposer que cette plante pourrait être hybridée avec Matucana comacephala qui s'était également développé sur ce coteau. Ritter mentionne des hybrides d'Espostoa dans ce livre, dont certains avec Matucana. Les graines d'Espostoa ruficeps ont tout d'abord été proposées dans le catalogue hiver de 1957, bien que Ritter admette une confusion dans les éditions postérieures du catalogue avec son E. lanianuligera, qu'il a d'abord considéré comme une variété d'E. ruficeps. Les plantes de cette espèce, qui est probablement une forme de E. lanata, sont rares en culture. Les épines centrales sont décrites comme étant rouges ou parfois jaunes, c'est donc probablement une forme attrayante à faire pousser. Encore plus au sud, Ritter décrit une autre espèce, E. huanucoensis, près de Huanuco, dans le bassin versant suivant à l'est. A cet endroit il se développe en peuplements étendus sur les coteaux, comme illustré dans son livre (1981). C'est un autre parent d'E. lanata mais comme je ne l'ai pas vu, je ne peux pas en dire plus.

Cact.& Succ.J.Gr.Brit.40(2):54, 1978. syn: Thrixanthocereus senilis Ritter

2440r.jpg Cette plante exceptionnelle a été décrite en 1961 par Ritter dans KuaS en tant que Thrixanthocereus senilis. Ce fut le premier nouveau Thrixanthocereus découvert depuis la création de ce genre pour Thrixanthocereus blossfeldiorum par Backeberg en 1937, et il reste la seule autre espèce distincte du genre. Les tiges, qui atteignent 4m de haut, se ramifient et sont densément couvertes d'épines blanches, font de cette espèce l'une des plus belles en culture. Le cephalium peut apparaître en culture lorsque la plante atteint 1m de haut, cephalium qui produit d'inhabituelles fleurs nocturnes d'un rose profond. Espostoa senilis pousse plus lentement que E. blossfeldiorum mais les spécimen capables de fleurir se rencontrent plus souvent dans les serres européennes. J'ai déjà obtenu quelques fleurs de l'une de mes plantes qui faisait 1m de haut. Cette espèce est répertoriée sur quelques localités seulement à Ancash et La Libertad. J'en ai vu près de Rahuapampa qui poussaient sur les pentes escarpées, parmi la végétation basse et particulièrement touffue après une saison humide exceptionnellement pluvieuse. Un certain nombre de tiges parmi les plus grandes mourraient à partir du bout mais de nouvelles branches vigoureuses apparaissaient sur la partie inférieure. Seules quelques plantes avaient un cephalium mais (en avril) je n'ai trouvé ni fleurs ni fruits. Malheureusement les graines sont disponibles à la vente seulement de façon épisodique, mais je vous recommande de le cultiver si vous avez la chance d'en trouver.

  • Backeberg, C. (1937) Blätter für Kakteenforschung, Nachtrag 15
  • — (1950) Cact.& Succ.J.(US) XXII:5, p154 Nova genera et subgenera
  • — (1960) Die Cactaceae Band IV
  • — (1962) Die Cactaceae Band VI
  • Borg, J. (1937) p.153 Cacti
  • Britton, N.L.& Rose,J.N. (1920) The Cactaceae Volume II
  • Krainz, H. (1966) Die Kakteen Lieferung 33
  • Kupper, W. (1931) Monatsschrift der DKG Band III p.159 Cephalocereus Güntheri n. sp.
  • Madsen, J.(1989) Flora of Ecuador No35, Part 45 Cactaceae
  • Rauh, W. (1958) Beitrag zur Kenntnis der Peruvianischen Kakteenvegetation
  • Ritter, F. (1980) Kakteen in Südamerika Band 2
  • — (1981) Kakteen in Südamerika Band 4
  • Taylor, N.P. (1978) Cact.& Succ.J.(GB) 40:2, p.54 Espostoa senilis
  • Werdermann, E. (1937) Kakteenkunde 1, p.4 Cephalocereus (?) Blossfeldiorum Werd.nov.spec.

Légende des photos de l'article Espostoa

  • Espostoa blossfeldiorum dans l'habitat à Balsas GC265.07
  • Thrixanthocereus cullmannianus dans l'habitat à Puente Crisnejas GC263.01
  • Thrixanthocereus cullmannianus fleuri en culture en Angleterre
  • Espostoa utcubambensis dans l'habitat dans la vallée de Utcubamba GC268.01
  • Espostoa guentneri au Grigsby Cactus Garden, Vista, California
  • Espostoa hylaea dans l'habitat à Pongo de Rentema GC273.03
  • Espostoa lanata dans l'habitat dans la vallée de Huancabamba GC275.03
  • Espostoa lanata dans l'habitat près de Bagua Grande GC270.03
  • Espostoa lanianuligera dans l'habitat à Puente Crisnejas GC262.02 (couverture)
  • Espostoa lanianuligera dans l'habitat à Puente Crisnejas GC262.02 (tiges en fleur)
  • Espostoa melanostele dans l'habitat dans le Rio Jaquetepeque GC257.01
  • Espostoa melanostele dans l'habitat dans le Tinajas Canyon près de Lima GC157.04
  • Espostoa mirabilis dans l'habitat à Balsas GC265.03
  • Espostoa mirabilis dans l'habitat à Balsas GC265.03 (vue rapprochée du cephalium)
  • Espostoa nana dans l'habitat près de Caras GC251.03
  • Espostoa ruficeps dans l'habitat près de Rahuapampa GC246.01
  • Espostoa senilis dans l'habitat dans les gorges de Rahuapampa GC244.03

Publié le : 2006/12/23
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