Expédition "Chagual 2007"

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Voici le compte rendu par Nelson de l'expédition qu'il a réalisé avec Philippe au mois de janvier. Vous trouverez sur la première page la description de l'épopée qui les a menés jusqu'à El Chagual. Une deuxième page vous racontera l'exploration des environs de ce hameau. Enfin, la troisième vous fera le récit de leur voyage à El Platanillo quelques jours plus tard. Et tout cela, illustré par plus de 80 photos de Nelson. Photos de paysage, photos de cactus mais aussi de quelques autres plantes, succulentes ou pas, rencontrés sur leur chemin. Bonne lecture et bon voyage.


Matucana tuberculata

L’expédition que je vais vous conter a commencé en novembre 2006, lorsque avec Olivier, nous avons discuté de la nécessité pour nous de visiter l’habitat de Matucana tuberculata. Nous avions besoin de voir les fleurs et les graines de cette espèce afin de pouvoir les comparer avec celles de notre Matucana sp. du Platanillo que nous soupçonnons être une espèce non décrite. Olivier me demanda de calculer un budget pour cette expédition et pendant que j’y travaillais, il se mit en contact avec Alain Laroze pour lui présenter ce projet. Lorsque j'ai présenté mon budget prévisionnel à Olivier, il me répondit qu’il devait être possible de réunir cette somme et avec Alain, ils commencèrent à en discuter autours d’eux et à inciter leurs amis à nous appuyer financièrement. A la même époque, Philippe Corman, de nationalité française, avait projeté venir dans le nord du Pérou pour étudier et photographier les cactus. Olivier me mit donc en contact avec Philippe et nous sommes mis d’accord pour aller ensemble le 24 janvier à El Chagual, le site type de Matucana tuberculata.

Quand Philippe arriva à Lima, il se mit en contact avec moi et m’expliqua qu’il arriverait le 23 janvier à huit heures du matin par l’entreprise de transport Cruz del Sur et qu’il m’appellerait plus tard sur mon mobile. L’après midi, n’ayant toujours pas de nouvelles, je commençais à m’inquiéter et avec mon épouse, nous avons décidé d’aller faire un tour à l’agence de la «Cruz del Sur» pour savoir si le bus était bien arrivé. L’employée nous confirma que l’omnibus était arrivé à l’heure habituelle mais se refusa à nous dévoiler si le nom de Philippe se trouvait sur la liste des passagers. Nous avons donc décidé avec ma femme d’aller faire un tour sur la grande place de Cajamarca et enfin mon téléphone se mit à sonner : c’était Philippe qui m’appelait d’une cabine située à 70 mètres de nous ! C’est ainsi que nous avons fait connaissance et il m’expliqua qu’il était allé en début d’après-midi à Baños del Inca, pour observer Matucana aureiflora. Ensuite, nous sommes allés à son hôtel pour chercher les cadeaux qu’il m’apportait dont certains, comme l’appareil photo, me seraient très utiles au cours de l’expédition. Nous sommes repartis en ville pour aller acheter les billets de bus pour Cajabamba, puis nous sommes allés chez moi pour régler les détails de l’expédition. Comme je travaillais encore le matin, nous avons décidé de nous retrouver à une heure et demie de l’après-midi, au terminal même de l’entreprise de transport «Rojas» qui devait nous emmener. Philippe en profita de sa matinée libre pour aller observer Peperomia dolabella, dont le site type est tout près de Cajamarca.

Finalement, nous sommes partis à trois personnes pour cette fameuse expédition : Philippe, Eric (mon fils aîné, âgé de treize ans) et moi-même. Le voyage jusqu’à Cajabamba se déroula sans problème et comme nous voyagions à l'étage du bus, nous jouissions d’une très belle vue panoramique. Pendant le trajet, nous avons beaucoup parlé de cactus ainsi que des sites que nous traversions. Nous sommes arrivés à Cajabamba après trois heures et demie de route et immédiatement nous sommes allés au marché, à côté duquel partent les véhicules à destination du lac de Sausacocha, notre prochaine étape.

lac de Sausacocha Malheureusement, il n’y en avait plus à cette heure de sorte qu’on nous conseilla de prendre un des bus qui partait le lendemain à quatre heures du matin. La seule compagnie régulière vendant des billets se trouvait être la «Empreza Horna», précisément celle avec laquelle nous étions arrivés… Nous avons donc de nouveau retraversé la ville pour aller acheter les billets mais à l’agence principale on nous informa que les billets pour Sausacocha se vendaient dans une succursale située… à côté du marché ! Nous y sommes donc retournés et ainsi Philippe a appris à bien connaître la ville de Cajabamba. Ensuite, nous sommes allés chercher un logement et après avoir acheté des provisions pour le lendemain nous sommes allés souper.

En attendant le camion


Le patron de l'hôtel nous réveilla le lendemain à trois heures trente du matin et une heure plus tard, nous partions sur une piste en mauvais état, sous la pluie. Nous sommes arrivés au lac de Sausacocha (à quelques kilomètres de Huamachuco) vers sept heures du matin. Là, nous avons attendu un véhicule près de la bifurcation qui va à El Chagual.



Peperomia macrorhiza

J'étais déjà venu sur ce site par le passé et je voulais profiter de l’occasion pour montrer à Philippe une station particulière où pousse Matucana aurantiaca et surtout une sous-espèce particulière et nouvelle de Peperomia macrorhiza(1). Malheureusement chaque fois que nous arrivions vers le site, un camion, un bus ou une camionnette apparaissait et nous obligeait à sprinter jusqu’à nos bagages où nous attendait Eric. La quatrième fois seulement je pus ramener à Philippe une petite plante de cette rare Peperomia tandis qu’un véhicule arrivait.


Yanasara


Il était finalement neuf heures quand nous sommes repartis à bord d’un camion qui emmenait du matériel pour une de ces mines qui existent dans la région de Pataz, à l’est du Marañon. Peu après le départ, la pluie se remit à tomber de sorte que nous avons du nous abriter sous la bâche du camion. En arrivant à Yanasara, qui est un petit village d’une quarantaine de maison, au bord de la rivière Chusgón, la pluie avait cessé et nous avons pu mieux observer le paysage et prendre quelques photos.

Le camion pour yanasara

La route était en très mauvais état, à la suite des pluies diluviennes qui s’étaient abattues sur cette région, lors des dernières semaines. Cette partie du voyage fut assez fatiguante car le camion était inconfortable et avançait lentement. A midi, nous nous sommes arrêtées pour déjeuner dans le village de Chugay, à 3380 mètres. On sentait à cette altitude un froid intense, qui nous pénétrait jusqu’aux os.


Tres Lagunas

Après le repas, nous sommes remontés dans le camion pour continuer notre voyage jusqu’à la prochaine étape, un lieu dit Tres Lagunas qui se situe dans la région Jalca(2). Ce sont de hauts plateaux désolés où le seul bruit est la plainte du vent passant entre les touffes d’Ichus, cette graminée coriace, typique des plateaux andins. C’est une suite de pâturages interminables où l’on pratique l’élevage des moutons. Ensuite nous avons commencé à redescendre par une route étroite, en très mauvais état. Les autres passagers nous ont raconté qu’en cet endroit il y a régulièrement des camions qui sont attaqués. Les bandits profitent avantageusement de l’épais brouillard qui règne dans cette zone pour préparer leurs méfaits.


piste
Qui plus est, les terrains sont assez instables dans la région aussi il y a en plus de nombreux glissement de terrain qui viennent compliquer les déplacements. Après un nombre sans fin de virages, nous sommes enfin arrivés au village de Molino Viejo. De là nous pouvions déjà apercevoir notre étape de la journée, Aricapampa, mais les virages incessants et la lenteur extrême du camion nous donnaient l’impression que nous n’arriverions jamais, impression encore renforcée par notre situation très inconfortable. C’est seulement à six heures du soir que nous sommes arrivés à notre destination. Nous nous sommes mis en quête d’un logement pour la nuit et c’est sur les indications d’un aimable habitant que nous avons trouvé des chambres pour la nuit et un endroit pour souper.



NdT :
(1)Il s’agit de Peperomia macrorhiza ssp. liliputiana, dont nous avons cosigné la description originale avec Guillermo. Décrite dans le No 11 de Haseltonia, en 2005, cette Peperomia revêt pour Nelson et moi une importance particulière car c’est à grâce à elle que nous avons contacté Guillermo Pino. Ce fut le début d’une amitié sincère et fructueuse puisque notre collaboration déboucha sur la publication de plusieurs nouvelles espèces de Peperomia. Malheureusement notre « Peperomia liliput », comme nous la surnommions entre nous, nous fut dérobé au jardin botanique et nous ne connaissions pas son origine exacte. Venue dans les racines d’une autre espèce, je l’avais machinalement planté dans un recoin du jardin et ce n’est que plus tard que je m’aperçus qu’il s’agissait d’une Peperomia. Pendant plus de quatre ans nous en avons recherché l’origine et ce n’est que quelques semaines avant mon retour en Suisse que nous avons décidé avec Nelson d’aller jusqu’à la Laguna de Sausacocha, pour en avoir le cœur net. Par chance la Peperomia était en fleur et les spécimens récoltés lors de cette sortie permirent à G. Pino de préparer la description originelle.

(2)Le Pérou est divisé par les géographes en régions différentes suivant leur altitude. La « Jalca » se situe entre 3500 et 4000m et est caractérisée par une végétation rare et surtout herbacée. On y pratique la culture de la pomme de terre et l’élevage de vaches, moutons et camélidés. Coté cactus, c’est la patrie des Tephrocactus.