La greffe sur Pereskiopsis

Par Nicolas POINTEAU, le 2008/04/03.

partie de la collection d'Hary

Il y a beaucoup de cactus qui peuvent servir de porte-greffe, en fait presque tous. Mais les plus couramment utilisés sont : Myrtillocactus, Trichocereus, Echinopsis, Opuntia compressa, … Les deux meilleurs, apparemment, pour greffer des plantules sont les Pereskiopsis et les O. compressa. Nous parlerons dans le présent article de la greffe sur Pereskiopsis. Très régulièrement sur notre forum, des questions reviennent sur la greffe sur Pereskiopsis, et de nombreuses réponses fort pertinentes ont déjà été écrites. Je me propose donc à travers cet article de faire une compilation de ces réponses, afin de vous permettre d'avoir toutes les informations d'un seul coup… Beaucoup ont dit de très intéressantes choses sur ces greffes, mais il est certain que jpp13 et hary vont reconnaître une grande partie de leur méthode et de leurs photos. Merci à eux de m'avoir permis d'utiliser ces clichés. Après cette courte introduction, je vous propose de faire le point dans cet article, sur la culture du Pereskiopsis, les raisons qui poussent à greffer, la période la plus propice, ce que l'on peut greffer, la préparation des porte-greffes et greffons, la greffe en elle-même, sa reprise, son affranchissement, et enfin, quelques exemples de réussite des membres du forum.

Pereskiopsis ou Pereskia ? L'apparence des Pereskiopsis, similaire à celle des Pereskia, leur a valu leur nom (-opsis = qui ressemble à). Malgré cela, ce sont des plantes très différentes. Elles ne font même pas partie de la même tribu à l'intérieur de la famille des Cactacées. Les Pereskia sont des plantes ligneuses et il n'est pas sûr que cela convienne pour greffer un cactus de base. Les Pereskiopsis sont des Opuntioidées, comme le figuier de barbarie ou l'Opuntia humifusa. Attention, contrairement aux apparences, les petites épines sont en fait bien méchantes et restent facilement sur la peau de l'amateur… comme chez tout Opuntioidée.

Le Pereskiopsis peut être placé en plein soleil. Le substrat n'a que peu d'importance, mais il doit être plus riche que pour les cactus en général. Un substrat 100 % de terreau horticole, sans ajout de drainant et un arrosage copieux toutes les semaines lui conviendront et lui permettront de croître rapidement, l'engrais pour plante verte peut même être une bonne idée. Notre ami alain s'amuse à dire que ça se cultive comme des géraniums ou des bégonias… Et il n'a pas tort ! L'hiver, une température de 12°C sera un minimum, mais il passera sans problème l'hiver à la chaleur d'un appartement, à proximité d'une fenêtre. Il lui faut entre 18 et 20°C au minimum pour pouvoir pousser.

La première raison est le dernier recours : pour sauver une plantule mal en point, malformée, manquant de chlorophylle, pourrie au niveau du collet, poussant difficilement… Ensuite pour booster la pousse d'une plante et rendre la floraison plus rapide (et donc la production de graine, ce qui est très intéressant pour ceux qui vendent des graines) Pour permettre à une plante de mieux résister à nos conditions de culture (humidité, froid, etc.). Par exemple, greffer sur Opuntia compressa permet d'augmenter la tolérance à l'humidité du sol particulièrement pour les espèces résistantes aux grands froids (et permettant ainsi la culture en extérieur). Cependant, la greffe sur Pereskiopsis est inefficace pour augmenter la tolérance au froid, le P. ne résistant pas lui-même aux basses températures. Il y a enfin le dernier aspect de la greffe, le côté ludique : pour s'amuser et relever le challenge …

Il n'y a pas de période inadaptée à la greffe, il faut juste que le porte-greffe soit en période de végétation. Avec un bon arrosage de la lumière et de la chaleur, le Pereskiopsis sera en croissance toute l'année. Attention, n'attendez pas trop pour greffer, le Pereskiopsis pousse vite dans de bonnes conditions. Il m'est arrivé de m'apercevoir tardivement que le Pereskiopsis avait trop grandi et il m'a fallu alors rabattre le Pereskiopsis et attendre qu'il se remette à pousser…

Peu importe la taille du greffon, ce qui limite l'utilisation de plantules trop petites est l'habileté et la patience du greffeur : plus le greffon est petit, plus il faudra faire preuve de dextérité et de minutie. On peut donc greffer avec succès des plantules de moins d'un millimètre de diamètre.

On peut greffer toutes les plantes et plantules dont la taille est compatible avec la section d'une tige de Pereskiopsis, soit 5-6 mm environ au maximum. On a pu voir des exemples sur ce forum de greffes réussies d'Astrophytum, Strombocactus, Geohintonia, Sclerocatus, Pediocactus, Copiapoa, Echinocactus, Turbinicarpus, Tephrocactus, Heliocereus, Schlumbergera (mais si, notre ami Tistou a tenté cette chose étrange…), Ortegocactus, Escobaria, Coryphanta, Pelecyphora, … Certains ont même tenté de greffer des aréoles de Mammillaria…

La taille du porte-greffe n'a visiblement pas d'importance, on ne sait pas encore si un grand nombre de feuilles permet une meilleure poussée du greffon (en augmentant la photosynthèse de l'ensemble porte-greffe/greffon). Par contre, plus le système racinaire est important, plus la vitesse de croissance du greffon semble boostée. Le seul inconvénient à prendre un grand porte-greffe, c'est qu'il risque d'être moins stable, surtout quand le greffon deviendra trop lourd et trop déséquilibré. Il pourrait donc être préférable de favoriser des porte-greffes de 5-10 cm maximum.

Il faut arroser 3 jours avant la greffe afin que le porte-greffe soit gorgé d'eau (mais pas à moins de 3 jours, sinon le greffon risque d'être repoussé par un afflux trop important de sève). Il faut ensuite re-arroser normalement le porte-greffe à partir du troisième jour suivant la greffe (si on arrose avant ce délai de trois jours, le greffon risque d'être éjecté du Pereskiopsis). Le respect de ces 2×3 jours semble être une des bases du succès de la greffe sur Pereskiopsis.

Afin de ne pas contaminer la plante, il faut désinfecter les outils utilisés et avoir les mains bien propres. Il faut bien évidemment penser à nettoyer le support ! Si les semis sont en sachet, il faut retirer la plantule choisie avec une pince à épiler désinfectée et refermer le sachet dès l'opération achevée. La greffe peut alors commencer. Les outils utilisables sont : la pince à épiler pour manipuler la plantule et un objet tranchant, le plus aiguisé possible (scalpel, cutter, …). La tige du Pereskiopsis et le greffon doivent être coupés net, ils ne doivent pas être déformés par la coupe.

La Méthode selon Hary




A une faible distance de l'apex, dans une zone de pousse récente, non lignifiée, bien verte (la greffe ne prendra pas sur des parties déjà lignifiées). En principe, à entre 1 et 2 centimètres de l'apex. La coupe doit être nette et franche (aussi bien pour le greffon que pour le porte-greffe), et bien horizontale. Que faire de la partie coupée du Pereskiopsis ? Un nouveau Pereskiopsis par exemple : retirez les feuilles basses puis mettez soit la bouture dans l'eau (auquel cas il suffit de planter une fois que les premières racines pointeront leur nez), soit la bouture directement en terre (et arrosez copieusement). Le seul problème avec les boutures de Pereskiopsis est qu'on n'a vite plus de place pour toutes les garder !

Apparemment, couper le greffon le plus bas possible permettrait un affranchissement plus propre et moins traumatisant pour la plante. Mais en fait, vu la taille de certains greffons, le maître mot semble être de couper au mieux ;).

Le Pereskiopsis ayant ses canaux nourriciers en périphérie de la tige, il est souvent recommandé de ne pas greffer la plantule sur l'axe, mais légèrement excentrée. D'après certains, cette précaution est superflue. Afin de s'assurer qu'aucune bulle d'air ne perturbe les échanges entre le greffon et le porte-greffe, il convient de faire pivoter le greffon. Une fois le greffon en place, certains préconisent d'exercer une légère pression pour maintenir le contact entre les deux (appareil spécial, tube à essais, …). Mais en général, si les délais d'arrosage du Pereskiopsis de -3 jours / + 3 jours est respecté, il n'y a pas besoin de faire pression.

Si au bout de 15-20 jours aucun signe de reprise n'est constaté, c'est que la greffe n'a pas pris. Il y a alors deux solutions :

  • Le greffon est sec : il ne reste plus qu'à le jeter et attendre que le Pereskiopsis repousse pour s'en servir à nouveau comme porte greffe
  • Le greffon est encore vert et rebondi : les canaux nourriciers ne sont pas en face les uns des autres : le greffon est irrigué (donc il ne meurt pas) mais n'est pas nourri (donc il ne pousse pas). On peut alors tenter de regreffer sur le même porte-greffe en recoupant les 2 parties.

On peut aussi greffer la plantule sur les côtés du Pereskiopsis, en incisant jusqu'à la moitié du diamètre de la tige du Pereskiopsis, puis on incise à 45°, à la façon du bûcheron abattant un arbre. Il suffit alors de tailler le greffon et de mettre les canaux nourriciers en relation. On peut pencher le Pereskiopsis pour permettre au greffon de ne pas tomber. Cette méthode semble tout de même moins facile à réaliser et n'est décrite ici qu'à titre d'information.

conservation de l'humidité Afin de ne pas voir le greffon se dessécher, il faut conserver la greffe dans un milieu humide : sachet en plastique, bouteille renversée, tube à essais, aquarium contenant de l'eau chaude (eau retenue par de la vermiculite par exemple), … Personnellement, je mets une bouteille renversée après avoir vaporisé d'eau l'intérieur pour augmenter l'humidité. La bouteille doit être conservée en place plusieurs jours, mieux vaut trop que pas assez. L'idéal est de la laisser jusqu'aux signes de reprise du greffon. Cette reprise peut intervenir rapidement (quelques jours) ou attendre un petit mois.


L'humidité semble être la deuxième condition du succès dans la greffe sur Pereskiopsis (rappelez-vous, la première était les 2×3 jours)

Il convient de garder le Pereskiopsis en croissance à l'issue de la greffe. Il faudra donc le placer dans un lit breton 1) l'hiver ou à l'extérieur l'été. Bien que le Pereskiopsis résiste au plein soleil, il faut faire attention aux exigences du greffon. Le Pereskiopsis risque de reprendre sa croissance et d'émettre des rejets. Libre à vous de les laisser ou pas. En les laissant, les rejets risquent de déséquilibrer le greffon et de priver ce dernier d'une partie de la sève (et donc freiner la croissance et la reprise). D'un autre côté, en laissant pousser les rejets, vous pouvez regreffer une nouvelle plantule sur le même plant de Pereskiopsis, ou bouturer ces rejets pour en faire de nouvelles plantes.

Turbinicarpus lophophoroides FPAN 329 ← Photo de jpp13 : Turbinicarpus lophophoroides FPAN 329

Le Pereskiopsis booste tellement le greffon qu'il n'est pas rare de voir celui-ci déformé. Cette déformation est différente suivant l'espèce mais aussi suivant l'individu. L'exemple ci-contre montre trois Turbinicarpus lophophoroides greffés pendant la même période (photos six mois après la greffe).

De plus, la greffe en général et celle sur Pereskiopsis en particulier permet de voir des plantes réputées solitaires émettre de nombreux rejets. Visiblement, la greffe sur Pereskiopsis semble être celle qui booste le plus les greffons, mais il est vrai que les déformations peuvent être très importantes et gênantes pour bon nombre de collectionneurs.
En assurant une croissance importante et continue, les greffons peuvent fleurir au bout de quelques mois seulement !

Passé un certain temps, parce que le greffon devient trop gros pour le porte-greffe, parce que la plantule à sauver est hors de danger, ou tout simplement parce que vous préférez avoir votre plante sur ses propres racines plutôt que sur pilotis, il faut affranchir le greffon de son porte-greffe.

Turbinicarpus lophophoroides FPAN 329 Photo de jpp13 : Turbinicarpus lophophoroides FPAN 329 →
Pour ce faire, deux solutions s'offrent à vous :

  • Couper proprement le Pereskiopsis juste sous la greffe. Ce n'est pas un réel affranchissement, même si le Pereskiopsis n'est plus visible. Attention, dans le cas de cactus placés à des températures négatives, la présence de résidu de Pereskiopsis peut entraîner la pourriture du tout.
  • Arracher le Pereskiopsis du greffon. Cette méthode semble barbare, mais fait peu de dégâts et c'est sans doute la plus propre. Il faut s'assurer d'avoir enlevé le maximum du porte-greffe, à l'aide d'un cutter bien aiguisé et désinfecté. Il peut être intéressant ensuite de mettre de l'hormone de bouturage sur le greffon afin de favoriser l'apparition de nouvelles racines. Il convient ensuite de traiter cet ex-greffon comme une bouture lambda : laisser sécher pour replanter…

On peut aussi affranchir les rejets indépendamment du reste de la plante.

Turbinicarpus lophophoroides FPAN 329

Une autre solution consiste à couper le greffon au-dessus de son point d'ancrage au Pereskiopsis. On permet ainsi au reste de la plante greffée de rejeter. La partie haute du greffon est mise à bouturer.


← Photo de JPP13 : toujours le Turbinicarpus lophophoroides FPAN 329


On peut enfin choisir de regreffer le greffon sur un autre porte-greffe mieux adapté à sa nouvelle taille, comme un Opuntia compressa, par exemple.

Comme nous avons pu le voir dans cet article, pour réussir une greffe sur Pereskiopsis, il faut :

  • Ne pas arroser à moins de trois jours avant la greffe.
  • Couper à 1 ou 2 cm de l'extrémité du porte-greffe.
  • Des coupes franches, nettes et sans bavures et ne déformant ni le greffon ni le porte-greffe.
  • Désinfecter tous les outils avant usage.
  • Excentrer légèrement le greffon sur le porte-greffe.
  • Garder la greffe en atmosphère humide pendant plusieurs jours.
  • Ne pas arroser moins de trois jours après.
  • Croiser les doigts, prendre des photos et espérer.

Dans tous les cas, il ne faut pas se décourager… La greffe est un sport que l'on ne réussit pas forcément du premier coup… Rigueur et persévérance sont les maîtres mots.

greffes de JPP13 ← Photo de jpp13 : Lophophora williamsii, Geohintonia mexicana et Sclerocactus pubispinus SB 1467

Le Geohintonia mexicana en quatre mois a multiplié sa taille par 10, passant de 2 mm à 2 cm (alors que les autres plantules restées sur racines n'étaient qu'à 3 mm)





Copiapoa laui RMF 162 Astrophytum myriostigma onzuka





Photo d'hary : Copiapoa laui RMF 162 : sept premières semaines de croissance →




← Photo d'hary : Astrophytum myriostigma onzuka : huit premières semaines de croissance








Astrophytum myriostigma onzuka









← Greffe de Lophophora williamsii










2-3 greffes pour le plaisir !






Photo de jpp13






A. myriostigma






← Double greffe de tistou : Astrophytum myriostigma cv. Onzuka white zebra et Astrophytum myriostigma cv. Onzuka Kitukow, pratique quand on manque de place …








Eriosyce laui




Photo d'hary : Eriosyce laui →





Astrophytum asterias



← Photo d'alain : Astrophytum asterias issu de graines de super kabuto





aztekium hintonii






Photo d'Hary : aztekium_hintonii →


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1)
voir l'article ad'hoc sur le Cactus Francophone