Le genre Lobivia Br. et R. en 2013

Daniel Schweich


Lobivia est une anagramme de Bolivia, ce qui indique immédiatement l’origine sud-américaine des plantes. Les Lobivia sont nées en 1922 dans The Cactaceae, volume III, de Britton et Rose, et sont définis comme des « Echinopsis à fleur courte ». Britton et Rose présentent 20 Lobivia. Depuis lors, 90 ans se sont écoulés, et de nouvelles plantes apparentées ont été découvertes par Backeberg, Frič, Stümer, Marsoner, Castellanos, Cardenas, Ritter, Knize, Rausch, Lau, Piltz… En conséquence le nombre d’espèces a explosé. Un certain nombre avaient des caractéristiques intermédiaires entre Lobivia, Echinopsis et Rebutia. De nouveaux noms de genres intermédiaires ont donc été créés ; certains sont restés, d’autres ont disparu, et la synonymie s’est amplifiée sans que la compréhension des plantes ne progresse en proportion.

Cet article présente une sélection non exhaustive de plantes qui ont été baptisées un jour ou l’autre Lobivia, parce que, conformément à Britton et Rose, ce sont des « Echinopsis à fleur courte », disons inférieure à une quinzaine de cm de long. Pour nommer ces plantes, je n’emploierai pas de nomenclature particulière, néanmoins les noms en italique désigneront systématiquement des taxons validement publiés que l’on peut trouver dans l’International Plant Name Index. Un nom en caractères romains (droit) sera employé dans le cas contraire. Je m’efforcerai de montrer en quoi il s’agit d’un ensemble attirant en mettant aussi en exergue la variabilité des plantes, en indiquant quelques anecdotes, et surtout en présentant des plantes clairement identifiées (souvent avec numéro de collecte), que ce soit en collection ou sur site. Le lecteur désireux d’approfondir la connaissance des Lobivia pourra les étudier et se régaler avec les deux livres de Walter Rausch (Cf. bibliographie).

Nous allons voyager du Pérou à l’Argentine en passant par la Bolivie pour examiner quelques « groupes » de plantes ; on verra ensuite quelques plantes plus difficiles à rassembler en groupes, puis des « extensions » vers d’autres genres comme Acanthocalycium, Echinopsis et Rebutia. On terminera avec quelques remarques sur la nomenclature et des conseils de culture.

L. hertrichiana est la population péruvienne, tandis que L. backebergii est bolivienne.
L. hertrichiana présente des fleurs à dominante rouge à centre clair (blanc ou jaune) à l’exception de quelques formes rose-violette (wrightiana, acchaensis, zecheri). ES 146 montre que la couleur de la fleur peut être variable au sein d’une même population. Beaucoup de noms équivalents à hertrichiana ont été décrits par Backeberg, mais il est très difficile de distinguer ces plantes dans la nature ; celles dans les collections sont d’identification probablement douteuse tant elles se ressemblent.
L. backebergii, des environs de La Paz, est une plante voisine présentant les mêmes caractéristiques, ce qui avait incité W. Rausch à l’associer à L. hertrichiana en 1975. Les habitats nettement séparés, sans lien connu, militent en faveur d’espèces distinctes comme W. Rausch l'écrit en 1986.

groupe de L. hertrichiana et backebergii

Groupe de L. hertrichiana et backebergii.
En haut, de gauche à droite : L. hertrichiana ES 146/3, 146/2, 146/11 (photos et plantes de E. Scholz).
En bas, de gauche à droite : L. acchaensis ES 134/5, comparaison entre ES 135/1 (centre gauche) et L. wrightiana WR 396 (centre droit; photos et plantes de E. Scholz) ; L. backebergii WR 456, clone de P. Draxler (photo de l’auteur).

C’est un groupe du Pérou et de Bolivie, réparti autour du lac Titicaca. L. maximiliana est connu depuis le milieu du XIXe siècle et a été décrit par Dietrich sous le nom d’Echinopsis (A.G.Z., 32 : 249-250, 1846). Dietrich signalait la ressemblance avec L. pentlandii, mais affirmait déjà qu’il s’agissait d’une espèce différente sur la base de la fleur. Même si leurs habitats se recouvrent autour du lac Titicaca, les deux espèces demeurent stables et ne semblent pas produire d’hybride identifié. Les plantes du groupe sont très reconnaissables par leur fleur : les pétales internes sont plus ou moins dressés autour des étamines et les pétales externes sont nettement récurvés ; ces pétales sont comme vernis, brillants, assez durs et acuminés en général ; les étamines forment un faisceau enserrant le style (caractère essentiel, même s’il n’a pas grande valeur taxonomique) ; cette structure n’est jamais observée chez L. pentlandii.
Dans la majorité des cas les fleurs sont bicolores (maximiliana strict, corbula) jaunes et rouges, parfois unicolore, et rose-violet dans L. caespitosa v. violacea. Les (trop nombreuses ?) variétés se distinguent essentiellement par la longueur du tube floral plutôt cylindrique, maximiliana ayant le plus court (≈ 2 cm) caespitosa ayant souvent le plus long (jusqu’à 8-10 cm).

groupe du L. maximiliana

Groupe du L. maximiliana.
En haut, de gauche à droite : L. maximiliana ES 129/3, L. corbula ES133/3, L. maximiliana v. westii ES 157/7 (photos et plantes E. Scholz).
En bas, de gauche à droite : L. sicuaniensis WR 426 (ex1) Diers), L. caespitosa WR 957 (ex Winberg, ex Rausch), L. caespitosa v. violacea WR 735 (ex Diers) (Photo et plantes de l’auteur).

Ce sont des plantes originaires du centre de la Bolivie (Cochabamba, Aiquile, Sucre, Padilla). WR 62a, photographié ici dans les années 80 chez W. Rausch, était le dernier clone vivant dans sa collection. Pour tenter d’obtenir des graines, nous avons effectué une excitation avec le pollen d’un pin (autre passion de W. Rausch) qui surplombait la table où étaient posées les plantes. Walter secoua une branche basse : on était couvert d’une poudre jaunâtre, on a éternué, mais il n’y eu jamais de graine.
Dans ses listes, Ralf Hillmann nomme RH 429 L. acanthoplegma v. patula. Le nom d’acanthoplegma Backbg., bien que le plus connu, est invalide ; seul L. taratensis Card. est valide. La variété patula ne diffère toutefois pas du type ayant servi à Backeberg pour décrire L. acanthoplegma.
L. draxleriana, WR 279, est illustré par W. Rausch dans son premier livre sur les lobivias (1975) page 66. En examinant bien les deux photos de cette page, on constate qu’il s’agit de la même plante photographiée deux fois le même jour sous deux angles différents, même si la seconde photo porte le nom de L. prestoana ! Il s’agit en fait d’une erreur au moment du classement des diapositives, et le L. prestoana, WR 265, n’est pas représenté. Le livre étant in-octavo, il aurait fallu remplacer 16 pages, et l’éditeur a refusé.
Comme le montrent la photo ci-dessous et les photos de Rausch, L. draxleriana présente des anthères immatures au début de l’anthèse ; en une heure ou deux, ces anthères passent du rouge au jaune au fur et à mesure de la maturation du pollen. Cette maturation tardive ne se rencontre pas chez d’autres Lobivia semble-t-il.

groupe du Lobivia cinnabarina

Groupe du Lobivia cinnabarina.
A gauche : L. cinnabarina v. gigantea n.n. WR 62a dans la collection de W. Rausch (photo de l’auteur).
Au centre : L. taratensis RH 429, photo de Ralf Hillmann.
A droite : L. draxleriana, collection J. Donald (plante de W. Rausch ; photo de l’auteur).

Ces plantes sont originaires du nord de l’Argentine (de Volcán à Tilcara). Elles sont extrêmement variables : les aiguillons sont érigés, fins, d’environ 1 cm (L. densispina s.s.) à apprimés et courts (L. pectinifera). Les fleurs sont jaunes, rouges, roses, orange, voire blanches. Ces formes apparaissent néanmoins par «spots» le long des 40 km sur lesquels elle se repartissent. Notons que cette courte distance le long d’une vallée (Quebrada de Huamahuaca) interdit de définir des espèces distinctes. Ce n’est que sur un «spot», qu’on peut trouver ce qu’on appellera la «même plante» ; un exemple est donné par ES31/5 et LAU 521 qui proviennent tous les deux de Volcán.
Backeberg commit une erreur grave en identifiant une partie de ce groupe avec L. famatimensis Speg. Cette erreur se perpétue encore parfois chez certains vendeurs et dans certaines publications…
Backeberg et Wessner ont créé tout une panoplie de noms pour les différentes formes de ce groupe : L. rebutioides, sublimiflora, pectinifera, chlorogona et leurs variétés. Frič en a ajouté autant sous les noms d’Hymenorebutia et d’Hymenorebulobivia.
De nos jours, on ne peut pas savoir à quoi s’attendre en acquérant une plante sous l’un des noms précédents, y compris sous le nom le plus «général» selon la nomenclature «moderne» d’Echinopsis densispina. L. densispina Werd. s.s., pourtant très typique (Cf. MN 39 en bas à droite de la photo du groupe), est aussi souvent confondu, quand il présente des fleurs jaunes, avec L. leucomalla (groupe du L. aurea) et réciproquement. Seules des plantes collectées sur le site avec un numéro d’identification clair permettent de s’y retrouver.
Lobivia amblayensis est l’exception : c’est une plante très ressemblante au L. densispina (formes L. rebutioides/L. sublimiflora) de la Quebrada de Humahuaca, mais qui pousse à environ 300 km au sud sans lien connu entre les deux sites. L. amblayensis présente toujours la même apparence à la couleur des aiguillons près (de blanc à brun sombre). Si cette apparence la «rapproche à l’évidence» (mauvais critère !) de L. densispina, elle semble être un lien vers L. saltensis selon W. Rausch.

groupe du L. densispina

Groupe du L. densispina : En haut : 3 clones de L. densispina v. pectinifera (= L. pectinifera) ES 39.
en bas, de gauche à droite : L. densispina v. kreuzingeri ES 31/5, LAU 521, L. densispina MN 39. Plantes et photos Eberhard Scholz pour ES 39 et ES 31 ; plante et photo M. Winberg pour MN 39 ; plante et Photo de l’auteur pour LAU 521 (clone original).

Origine : nord de l’Argentine, Quebrada del Toro, autour du Mont Chañi, et à l’est de la Quebrada de Humahuaca.
C’est un groupe qui s’éclate en trois sous-groupes :
L. jajoiana (L. vatteri, glauca, paucicostata, nigrostoma…),
L. marsoneri (haageana, rubescens, iridescens, muhriae…),
L. chrysantha (polaskiana, hossei… et divers noms de Frič).
Ces sous-groupes sont assez bien délimités géographiquement.

Les fleurs sont reconnaissables entre toutes : un hymen très marqué, souvent coloré, presque noir chez jajoiana (Cf. photos du sous-groupe du L. jajoiana), plus variable chez marsoneri (Cf. L. marsoneri ES 40/2 et ES 43/5), assez clair chez chrysantha (Cf. v. hypocyrta), gorge et filets de la rangée inférieure d’étamines foncés, parfum discret et agréable.
Toutes les plantes montrent des fleurs jaunes à rouges, la plus grande diversité étant trouvée chez L. marsoneri dont certaines présentent même des fleurs rose brunâtre sale pas vraiment séduisantes. A l’opposé, L. chrysantha s.s. présente uniquement des fleurs jaunes à orange plus ou moins foncé, avec parfois des traces rouges vers le centre (v. hypocyrta) ; des formes à fleur rouges sont aussi signalées, ce qui serait assez logique.

Les relations géographique entre les trois sous-groupes mériteraient davantage d’étude, en particulier la région peu explorée s’étendant du nord de la Quebrada del Toro vers Humahuaca (Est et nord du Chañi). ES 26/3 semble être la première forme de L. glauca à fleur jaune jamais trouvée.

groupe du L. chrysantha

Groupe du L. chrysantha.
En haut, sous-groupe du L. jajoiana ; de gauche à droite : L. glauca ES 26/2 (fleur rouge) et ES 26/3 (fleur jaune) (Photos E. Scholz), L. vatteri MN30 et FR 401 (Photo de l’auteur).
En bas et de gauche à droite : L. marsoneri ES 40/2 et 43/5 (Photo E. scholz), L. chrysantha v. hypocyrta (photo de l’auteur).

L’aire de répartition s’étend sur une centaine de km de La Poma, Cachi jusqu’à Piedra de Molinos en Argentine.
C’est encore un groupe riche de formes avec toute une palette de couleurs de fleur du jaune au rouge pourpré, une gorge claire ou foncée, un pistil jaune verdâtre à pourpre. L’hymen et les filaments d’étamines supérieurs sont toujours clairs.
Une forme isolée a été trouvée dans la Quebrada del Toro : L. chorrillosensis, dont il existe aussi une forme rare à fleur jaune.
Les aiguillons sont très variables : apprimés sans central, central en forme de S (forme pencapoma), central très long de L. kuehnrichii v. antennifera décrit par W. Rausch en 2010. Cette « variété » provient d’une population certes très homogène (aiguillon central, couleur de fleur), de Potrero de Payogasta situé seulement 30-40 km à vol d’abeilles (pollinisateur) de la population très variable de La Poma.
En outre, les graines de WR 238 sensu largo des années 1980, époque où W. Rausch n’avait pas clairement explicité ses WR 238 (pencapoma), WR 238a (kuehnrichii) et WR238b (v. antennifera), donnent des plantes présentant toutes les formes intermédiaires depuis les aiguillons courts crochus ou en S jusqu’aux aiguillons longs de 5-7 cm.
La population des plantes de Potrero de Payogasta est-elle stable ou non, et si oui pourquoi ? Sans réponse à cette question, lui attribuer le statut de variété demeure discutable, sinon, il faudrait accepter bien d’autres variétés comme celles déjà mentionnées au sujet de L. densispina.

groupe de L. kuehnrichii

Groupe de L. kuehnrichii.
En haut : DSW 5, de gauche à droite: sur site à Piedra de Molinos, clone à pistil jaune-vert, clone à pistil pourpre (photos de l’auteur).
En bas, de gauche à droite : L. drijveriana, obtenu par semis de graines de plantes originales de Backeberg (plante et photo de l’auteur); ES 57/1 (fleur rouge) et ES 57/6 (fleur jaune), L. kuehnrichii v. pencapoma, deux clones du même site (plantes et photos E. Scholz).

Originaire d’Argentine, Catamarca, Cordoba, San Luis sur une bande nord-sud de près de 1000 km. C’est un groupe de plantes robustes à aiguillons forts et fleurs jaunes essentiellement, à l’exception de L. aurea v. albiflora.
Comme nous l’avons signalé, L. leucomalla, à droite de la figure ci-dessous, est une plante d’apparence similaire à L. densispina (Cf. MN 39). W. Rausch a placé dans ce groupe L. dobeana, un plante d’apparence similaire mais à fleur rouge sans que la raison soit très claire.

groupe de Lobivia aurea

Groupe du L. aurea.
De gauche à droite : L. aurea P 125 (plante et photo de l’auteur), L. shaferi v. callochrysea ES 14a/1, L. leucomalla WR 166 (plantes et photos de E. Scholz).

Ces plantes proviennent d’Argentine, sur une ligne Cachi, Cafayate, Cordoba, San Luis. Ce sont Britton et Rose qui ont placé ces plantes dans les Lobivia.
En 1935, Backeberg créait les Acanthocalycium pour ce groupe dont les fleurs montrent des écailles dures et pointues sur le tube floral. Le bouton floral montre aussi cette spécificité (Cf. ES 74/1).
Le sous-groupe du nord, autour de thionantha, présente des fleurs jaunes (avec un style souvent rose à rouge), rouges plus rarement, ou orange dans diverses nuances.
Les plantes du sud (L. spiniflora v. violacea) sont blanches à rosées.

groupe de Lobivia thionantha

Groupe du L. thionantha.
De droite à gauche : L. thionantha v. brevispina ES 74/1, L. thionantha v. variiflora ES 7/1, L. thionantha v. munita ES 10/2 (plantes et photos E. Scholz).

Originaire de Oruro (Bolivie) à Tilcara (Argentine). C’est encore une plante à l’origine d’un nouveau genre de Backeberg : Pseudolobivia. Typiquement intermédiaire entre Echinopsis et Lobivia, d’où le nom !
Les fleurs sont assez grandes (jusqu’à 10 cm de long), mais ce sont surtout les aiguillons qui sont spectaculaires : très long (jusqu’à 20 cm) et flexible, plus court (5 cm) mais épais (3-4 mm à la base) et crochus. Les fleurs sont tantôt blanches tantôt diversement colorées (L. longispina). La floraison simultanée d’une dizaine de plantes dans la serre de W. Rausch m’a révélé un agréable parfum… à l’origine d’une migraine un quart d’heure plus tard.

groupe de Lobivia ferox

Groupe du L. ferox.
De gauche à droite : L. ferox à Tilcara (Argentine); on se demande comment cette plante pousse dans la fissure d’un rocher…
L. longispina WR 172 dans la serre de W. Rausch.
L. pictiflorea FR 1137, version couleur originale de la photo 580 en noir et blanc de Kakteen in Südamerika, vol. 2.

D’autres « groupes » de Lobivia pourraient être présentés, mais il ne s’agit pas de refaire les livres de W. Rausch. On termine donc cette présentation des Lobivia par quelques photos complémentaires présentées ci-dessous. Parmi celles-ci, seul L. chrysochete constitue un groupe reconnu. Signalons toutefois que L. markusii n’est probablement pas une variété de chrysochete, mais simplement le type conformément aux altitudes données par Rausch et Werdermann.

D’autres Lobivia

Divers Lobivia.
En haut, de gauche à droite: L. chrysochete v. minutiflora MN 474 (photo M. Winberg), Lobivia chrysochete v. markusii WR 215 (photo de l’auteur chez W. Rausch), L. fechseri WR 146a (ex graines Rausch, photo de l’auteur).
En bas: L. rauschii, L. versicolor (ou rossii) (photos M. Winberg Déc. 2012); L. huascha v. robusta WR 229 (serre W. Rausch, photo de l’auteur), L. famatimensis FR 459, 3 fleurs au second jour, 1 au premier jour de l’anthèse (plante et photo de l’auteur).

Dresser une frontière claire entre Echinopsis et Lobivia sur la base des fleurs est utopique. Ci-dessous, on observe que L. cardenasiana est « à l’évidence » parent avec Echinopsis obrepanda ; il en est de même de L. calorubra et L. mizquensis. Echinopsis kratochviliana (WR 2 et photo dans Kaktusář, 1934, p. 66) est un Echinopsis ancistrophora avec des fleurs d’à peine 10 cm de long qui est stable par semis. Alors, s’il n’y a pas de frontière nette entre Echinopsis et Lobivia, pourquoi y en aurait-il une entre Lobivia et Rebutia ? Backeberg avait déjà abordé la question dans les années 1930 en créant les Pygmeolobivia et les Mediolobivia. Parallèlement (et même un peu avant) Frič avait aussi créé des genres intermédiaires avec ses Cylindrorebutia, Setirebutia, Digitorebutia etc., autant de noms que Buining et Donald ont tenté de faire revivre après la guerre. J. Donald y est plus ou moins parvenu avec ses « sections » au sein de Rebutia selon la conception de Frič.
C’est finalement Rausch qui a franchi le pas en 1986 (Lobivia 85) en incluant beaucoup de Rebutia au sens de Donald (sections Cylindrorebutia, Digitorebutia et Setirebutia), c’est-à-dire les Mediolobivia au sens de Backeberg, dans les Lobivia. Nous renvoyons le lecteur au livre de Rausch pour plus d’information, et nous donnons ci-dessous quelques photographies des plantes qui ont incité Rausch à sauter le pas.

Echinopsis ou Lobivia ?

Echinopsis ou Lobivia ?
De gauche à droite: E. kratochviliana WR 2 (ex graines Rausch), dans un pot de 5×5 cm (photo et plante de l’auteur); L. cardenasiana RH 292 sur site, E. obrepanda RH 422 (photos et plantes R. Hillmann).

Rebutia ou Lobivia ?

Rebutia ou Lobivia ?
De haut en bas et de gauche à droite: L. euanthema WR 214 (ex graines de Rausch), Mediolobivia pectinata v. neosteinmannii (ex J. Donald, ex jardin « Les Cèdres »), plantes et photos de l’auteur.
Photos suivantes de G. Winkler et de l’auteur dans la collection de W. Rausch: L. atrovirens WR 208a, L. haagei v. crassa WR 507a, L. pygmaea v. minor WR 630, L. pygmaea v. diersiana WR 631, L. pygmaea v. friedrichiana WR 646, L. atrovirens v. zecheri WR 650, L. einsteinii WR 794.

Comme nous venons de le voir, si bon nombre des plantes présentent des caractéristiques assez typiques dignes de définir un genre Lobivia, la frontière avec d’autres genres est délicate à tracer. Jusqu’à Backeberg, les délimitations étaient basées sur la fleur.
En 1975, Rausch a introduit les données géographiques qui lui ont permis de regrouper logiquement, du moins pour certaines plantes, ce que l’on croyait être des espèces distinctes : il venait d’ouvrir la boite de Pandore. Des botanistes ont poursuivi les regroupements sur des bases diverses (graines en particulier), en croyant connaître les plantes par les collections européennes, les publications et les herbiers, et en ignorant les sites naturels du Pérou, de Bolivie et d’Argentine.
De grandes réunions savantes ont donné lieu dans les années 1990 à la disparition des Lobivia au profit des deux genres Echinopsis et Rebutia, avec une synonymie accentuée et des noms aussi inutiles que Rebutia famatinensis. C’était sans compter avec les botanistes travaillant sur les plantes en milieu naturel, la biochimie et la génétique, l’écologie, etc.
En 2012, B. Schlumberger et S. Renner ont ainsi montré que le genre Echinopsis élargi environ 20 ans plus tôt était difficilement défendable, tout comme l’éclatement en une multitudes de petits genres. Les Lobivia réapparaissaient donc, mais, malheureusement, la synonymie s’amplifiait à nouveau avec d’anciens Echinopsis classiques qui devenaient des Lobivia !
Toutefois, une évidence s’impose : au cours de tous ces chamboulements, les plantes n’ont pas changé. Alors, il suffit d’employer le nom qui nous convient pour autant qu’il soit clairement défini (et valide si possible). C’est ce que j’ai fait dans cet article sans succomber à la dernière classification en vogue qui, comme toute nouveauté, requiert d’être mise à l’épreuve avant d’être utilisable… si jamais elle l’est.

Ce sont des plantes tolérantes mais quelques règles simples doivent être respectées :

  • Substrat acide et drainant. Certaines plantes ont des racines tubéreuses qui ne supportent pas l’humidité stagnante ; en revanche, ces plantes sont très résistantes à la sécheresse.
  • Hivernage absolument sec, au frais mais hors gel.
  • Au printemps, bassinage les beaux jours, puis arrosages lorsque les boutons floraux sont développés. Attention aux brûlures lors des premiers jours de fort ensoleillement.
  • En été, arrosages copieux, mais il faut laisser sécher le substrat avant l’arrosage suivant. Apporter de l’engrais et bien aérer (ce sont des plantes d’altitude dont certaines supportent difficilement les coups de chaud).


La reproduction par semis est facile mais il faut être patient avant de voir les fleurs (3 à 4 ans minimum). Enfin, il faut se souvenir qu’un nom sur un paquet de graines ou sur une plante du commerce ne garantit jamais qu’il s’agisse de la bonne plante.

Cet article a bénéficié de l’aide (photos, discussions, plantes…) de :

Eberhard Scholz Mats Winberg Walter Rausch
Eberhard Scholz Mats Winberg Walter Rausch
Gottfried Winkler Ralph Hillmann L’auteur
Gottfried Winkler Ralph Hillmann Daniel Schweich



Auteur : Daniel Schweich
Publié le : 2013/04/20


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1)
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