Différences

Ci-dessous, les différences entre deux révisions de la page.

Lien vers cette vue comparative

Les deux révisions précédentes Révision précédente
Prochaine révision
Révision précédente
maranon_2000_long [2007/12/26 21:29]
yann
maranon_2000_long [2015/10/22 16:24] (Version actuelle)
Ligne 13: Ligne 13:
 Je ne peux guère vous décrire ces deux heures de trajet qui nous emmenèrent jusqu'​à Lic-Lic, celui-ci s'​étant fait de nuit. L'aube nous surprit dans la montagne, quelques minutes avant d'​arriver à ce petit hameau, départ de notre équipée. Lic-Lic consiste en un groupement d'une trentaine de maisons, plus ou moins ordonnées autour d'une grande place qui sert, entre autre, de terrain de foot. Une montagne, le Chimboyoc qui doit culminer vers trois mille cinq cents mètres, domine le village tandis qu'un peu plus loin, vers Huagal, un autre sommet coupe l'​horizon : le "Cerro del Buitre"​ à près de quatre mille mètres. Au pied de Lic-Lic s'​ouvre une vallée encaissée qui descend vers des profondeurs qu'on ne peut que deviner depuis le village. A part les champs situés vers Huagal, tous les terrains sont de couleurs ocres, marrons, complètement desséchés par plus de trois mois sans pluies. Ce n'est qu'​avec l'​arrivée des averses que tout le monde commencera à cultiver ses champs d'​herbes,​ d'ail et surtout de pommes de terre. En attendant, les gens vivotent en élevant un peu de bétail dans les maigres pâturages et surtout, à Lic-Lic, en faisant du troc entre les populations des hauts plateaux et ceux du Marañón. C'est justement le vendredi que les gens du Marañón emmènent une de leurs principales sources de troc : des petits citrons verts qu'on appelle ici "​limón"​. Je ne peux guère vous décrire ces deux heures de trajet qui nous emmenèrent jusqu'​à Lic-Lic, celui-ci s'​étant fait de nuit. L'aube nous surprit dans la montagne, quelques minutes avant d'​arriver à ce petit hameau, départ de notre équipée. Lic-Lic consiste en un groupement d'une trentaine de maisons, plus ou moins ordonnées autour d'une grande place qui sert, entre autre, de terrain de foot. Une montagne, le Chimboyoc qui doit culminer vers trois mille cinq cents mètres, domine le village tandis qu'un peu plus loin, vers Huagal, un autre sommet coupe l'​horizon : le "Cerro del Buitre"​ à près de quatre mille mètres. Au pied de Lic-Lic s'​ouvre une vallée encaissée qui descend vers des profondeurs qu'on ne peut que deviner depuis le village. A part les champs situés vers Huagal, tous les terrains sont de couleurs ocres, marrons, complètement desséchés par plus de trois mois sans pluies. Ce n'est qu'​avec l'​arrivée des averses que tout le monde commencera à cultiver ses champs d'​herbes,​ d'ail et surtout de pommes de terre. En attendant, les gens vivotent en élevant un peu de bétail dans les maigres pâturages et surtout, à Lic-Lic, en faisant du troc entre les populations des hauts plateaux et ceux du Marañón. C'est justement le vendredi que les gens du Marañón emmènent une de leurs principales sources de troc : des petits citrons verts qu'on appelle ici "​limón"​.
  
-[[/​images/​article017-16.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-16r.jpg}}]]Après s'​être revigorés d'une soupe bien chaude (c'est que le matin est plutôt frais par là-haut) nous avons chargé notre mule et commencé la descente. Une descente "​d'​anthologie"​ que n'​annonçait pas vraiment la première heure de marche. Certes on devinait bien à notre gauche les profondeurs d'une gorge de plus en plus étroite, mais on ne voyait pas encore où tout cela allait nous mener. Ce n'est qu'au détour d'une petite arête rocheuse, au pied de ce Chimboyoc, qu'on aperçut enfin le fond de la vallée, avec le Río Crisnejas qui semblait un minuscule ruisseau se faufilant entre d'​impressionnantes falaises. A ce moment là, je notais un très net changement de végétation. D'un coup, je découvrais de nombreuses orchidées (Trichoceros,​ Masdevallia,​ Pleurothallis,​ Stellis et d'​autres que je ne pus déterminer),​ des broméliacées et de nombreux Peperomia, dont un qui ressemblait de loin à un petit cactus, couvert de feuilles en forme de petites écailles, comme la queue d'un lézard, et avec de minuscules fleurs jaunes (voir photo n°16). Et surtout, je rencontrais la première nouveauté de la journée pour ce qui est de la famille des cactus : une boule d'​environ 15cm de diamètre hérissée de longs aiguillons blancs, avec d'​éclatantes fleurs oranges. +[[/​images/​article017-16.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-16r.jpg}}]]Après s'​être revigorés d'une soupe bien chaude (c'est que le matin est plutôt frais par là-haut) nous avons chargé notre mule et commencé la descente. Une descente "​d'​anthologie"​ que n'​annonçait pas vraiment la première heure de marche. Certes on devinait bien à notre gauche les profondeurs d'une gorge de plus en plus étroite, mais on ne voyait pas encore où tout cela allait nous mener. Ce n'est qu'au détour d'une petite arête rocheuse, au pied de ce Chimboyoc, qu'on aperçut enfin le fond de la vallée, avec le Río Crisnejas qui semblait un minuscule ruisseau se faufilant entre d'​impressionnantes falaises. A ce moment là, je notais un très net changement de végétation. D'un coup, je découvrais de nombreuses orchidées (Trichoceros,​ Masdevallia,​ Pleurothallis,​ Stellis et d'​autres que je ne pus déterminer),​ des broméliacées et de nombreux Peperomia, dont un qui ressemblait de loin à un petit cactus, couvert de feuilles en forme de petites écailles, comme la queue d'un lézard, et avec de minuscules fleurs jaunes (voir photo n°16). Et surtout, je rencontrais la première nouveauté de la journée pour ce qui est de la famille des cactus : une boule d'​environ 15cm de diamètre hérissée de longs aiguillons blancs, avec d'​éclatantes fleurs oranges. 
-[[/​images/​article017-13.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-13r.jpg }}]]Une observation rapide des graines confirma mes soupçons : il s'​agissait de Matucana aurantiaca (voir photo n°13). Un cactus plutôt courant dans la région, mais pour la première fois je lui voyais des fleurs de cette couleur. J'​étais déjà content de trouver une nouvelle variété après seulement une heure de marche, mais quelques centaines de mètres plus loin, une nouvelle découverte m'​attendait : un autre Matucana incontestablement,​ mais avec de très nombreux aiguillons blancs, formant comme un feutre épais. La plupart des plantes étaient globulaires,​ mais certains spécimens étaient nettement columnaires avec un cas assez exceptionnel puisque qu'il arrivait à près de 80cm de haut, pour à peine 15cm de diamètre. On observait dans les plantes les plus âgées comme des anneaux de croissance, formés par des différences dans la densité des aiguillons. Pas de fleurs malheureusement mais le nombre de côtes et la spination très dense laissent suspecter qu'il s'​agissait de Matucana myriacantha,​ une espèce déjà plus localisée, signalée sur les hauteurs de la vallée du Marañón. L'​endroit était prometteur mais je dus repousser à plus tard l'​exploration détaillée de cette zone. Mes compagnons de voyage ayant déjà pris une sérieuse avance, je me dépêchais de les rejoindre.+[[/​images/​article017-13.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-13r.jpg }}]]Une observation rapide des graines confirma mes soupçons : il s'​agissait de Matucana aurantiaca (voir photo n°13). Un cactus plutôt courant dans la région, mais pour la première fois je lui voyais des fleurs de cette couleur. J'​étais déjà content de trouver une nouvelle variété après seulement une heure de marche, mais quelques centaines de mètres plus loin, une nouvelle découverte m'​attendait : un autre Matucana incontestablement,​ mais avec de très nombreux aiguillons blancs, formant comme un feutre épais. La plupart des plantes étaient globulaires,​ mais certains spécimens étaient nettement columnaires avec un cas assez exceptionnel puisque qu'il arrivait à près de 80cm de haut, pour à peine 15cm de diamètre. On observait dans les plantes les plus âgées comme des anneaux de croissance, formés par des différences dans la densité des aiguillons. Pas de fleurs malheureusement mais le nombre de côtes et la spination très dense laissent suspecter qu'il s'​agissait de Matucana myriacantha,​ une espèce déjà plus localisée, signalée sur les hauteurs de la vallée du Marañón. L'​endroit était prometteur mais je dus repousser à plus tard l'​exploration détaillée de cette zone. Mes compagnons de voyage ayant déjà pris une sérieuse avance, je me dépêchais de les rejoindre.
  
 La première pause fut décidée dans un endroit appelé "La Tuna", qui est le nom espagnol du figuier de barbarie (Opuntia ficus-indica). Il était déjà près de dix heures et nous approchions de la moitié de la descente. Depuis "la Tuna", le chemin repartait en obliquant un peu vers l'​ouest. Nous avons commencé à croiser de nombreux convois d'​ânes,​ chargés de leur précieuse cargaison de citrons verts, poussés par des paysans suant les gouttes de la mort dans cette montée vertigineuse. J'​avais pour ma part déjà les genoux qui commençaient à virer au rouge et je n'​osais même pas imaginer la remontée ! Nous longions à présent une falaise abrupte où je pus observer aux jumelles une autre espèce de cactus : des Lasiocereus rupicola. J'​étais un peu surpris de rencontrer cette plante qui à ma connaissance n'​était signalée que dans les environs immédiats de San Marcos. Autour de nous la végétation consistait surtout en de petits buissons avec, de-ci de-là, quelques arbres plus grands : les "​pâtés"​ qui en cette saison n'ont pas de feuilles mais exhibent pour certains des fleurs de grande taille avec cinq pétales vert-pâle d'où émergent comme un feu d'​artifice tout un bouquet d'​étamines blanches. Ces patés (Bombax discolor, famille des bombacaceae) ont la particularité de posséder des racines extrêmement longues, capables d'​aller chercher au loin la moindre trace d'​humidité. Sous un petit buisson, j'​observais une autre espèce de cactus, gracile : un cierge gros comme le pouce, mais long de près d'un mètre avec des branches parfois dressées, parfois rampantes. Il me faudra là aussi attendre le retour à San Marcos pour consulter un peu de littérature et apprendre qu'il s'agit d'un Corryocactus (probablement Corryocactus chachapoyensis) . La première pause fut décidée dans un endroit appelé "La Tuna", qui est le nom espagnol du figuier de barbarie (Opuntia ficus-indica). Il était déjà près de dix heures et nous approchions de la moitié de la descente. Depuis "la Tuna", le chemin repartait en obliquant un peu vers l'​ouest. Nous avons commencé à croiser de nombreux convois d'​ânes,​ chargés de leur précieuse cargaison de citrons verts, poussés par des paysans suant les gouttes de la mort dans cette montée vertigineuse. J'​avais pour ma part déjà les genoux qui commençaient à virer au rouge et je n'​osais même pas imaginer la remontée ! Nous longions à présent une falaise abrupte où je pus observer aux jumelles une autre espèce de cactus : des Lasiocereus rupicola. J'​étais un peu surpris de rencontrer cette plante qui à ma connaissance n'​était signalée que dans les environs immédiats de San Marcos. Autour de nous la végétation consistait surtout en de petits buissons avec, de-ci de-là, quelques arbres plus grands : les "​pâtés"​ qui en cette saison n'ont pas de feuilles mais exhibent pour certains des fleurs de grande taille avec cinq pétales vert-pâle d'où émergent comme un feu d'​artifice tout un bouquet d'​étamines blanches. Ces patés (Bombax discolor, famille des bombacaceae) ont la particularité de posséder des racines extrêmement longues, capables d'​aller chercher au loin la moindre trace d'​humidité. Sous un petit buisson, j'​observais une autre espèce de cactus, gracile : un cierge gros comme le pouce, mais long de près d'un mètre avec des branches parfois dressées, parfois rampantes. Il me faudra là aussi attendre le retour à San Marcos pour consulter un peu de littérature et apprendre qu'il s'agit d'un Corryocactus (probablement Corryocactus chachapoyensis) .
  
-[[/​images/​article017-24.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-24r.jpg}}]]Le petit air frisquet de Lic-Lic était bien oublié à présent que le soleil brillait au zénith et que nous approchions du Río Crisnejas. Nous n'en avons apprécié que davantage une deuxième pause au pied d'un énorme "​mango"​ qui devait son existence en ces lieux inhospitaliers à une petite source qui naissait entre ses racines. Il y avait au sol plein de mangues, encore vertes malheureusement. Je n'​apprécie que peu les mangues aussi je ne manifestais pas le même désappointement que mes compagnons qui étaient impatients d'​arriver sur les bords de la rivière pour en faire une consommation effrénée. Je goûtais l'eau de la source et trouvais qu'​elle avait un goût désagréable,​ un peu sulfureux. J'​explorais un peu les alentours, tandis que la halte se prolongeait,​ et remarquais bientôt un petit buisson sans feuilles, mais bardé d'​épines. Les aiguillons étaient implantés sur de petites aréoles blanchâtres. J'​avais donc une fois de plus affaire à une cactée, appelée Pereskia (voir photo n°24). Si tout le monde connaît l'​image du cactus, cierge imposant abritant sa paire de vautours dans tous les westerns de cinéma, peu de gens savent qu'il existe des espèces buissonnantes,​ parfois grimpantes, qui appartiennent à la même famille.+[[/​images/​article017-24.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-24r.jpg}}]]Le petit air frisquet de Lic-Lic était bien oublié à présent que le soleil brillait au zénith et que nous approchions du Río Crisnejas. Nous n'en avons apprécié que davantage une deuxième pause au pied d'un énorme "​mango"​ qui devait son existence en ces lieux inhospitaliers à une petite source qui naissait entre ses racines. Il y avait au sol plein de mangues, encore vertes malheureusement. Je n'​apprécie que peu les mangues aussi je ne manifestais pas le même désappointement que mes compagnons qui étaient impatients d'​arriver sur les bords de la rivière pour en faire une consommation effrénée. Je goûtais l'eau de la source et trouvais qu'​elle avait un goût désagréable,​ un peu sulfureux. J'​explorais un peu les alentours, tandis que la halte se prolongeait,​ et remarquais bientôt un petit buisson sans feuilles, mais bardé d'​épines. Les aiguillons étaient implantés sur de petites aréoles blanchâtres. J'​avais donc une fois de plus affaire à une cactée, appelée Pereskia (voir photo n°24). Si tout le monde connaît l'​image du cactus, cierge imposant abritant sa paire de vautours dans tous les westerns de cinéma, peu de gens savent qu'il existe des espèces buissonnantes,​ parfois grimpantes, qui appartiennent à la même famille.
  
-[[/​images/​article017-07.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-07r.jpg }}]]Nous avons abandonné notre petite oasis et son immense manguier pour entamer la dernière étape de notre descente. Le paysage avait cette fois bien changé et nous marchions entre d'​immenses cierges appartenant aux espèces Browningia pilleifera et Armatocereus balsasensis (voir photo n°07), deux espèces typiques des contrées extrêmement chaudes des contreforts amazoniens des Andes. Plus modestes, d'​autres cactus appartenant aux genres Melocactus et Espostoa confirmaient l'​aridité des lieux. +[[/​images/​article017-07.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-07r.jpg }}]]Nous avons abandonné notre petite oasis et son immense manguier pour entamer la dernière étape de notre descente. Le paysage avait cette fois bien changé et nous marchions entre d'​immenses cierges appartenant aux espèces Browningia pilleifera et Armatocereus balsasensis (voir photo n°07), deux espèces typiques des contrées extrêmement chaudes des contreforts amazoniens des Andes. Plus modestes, d'​autres cactus appartenant aux genres Melocactus et Espostoa confirmaient l'​aridité des lieux. 
-[[/​images/​article017-23.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-23r.jpg}}]]Pour essayer de contrecarrer un peu la domination des cactées, quelques Peperomias (voir photo n°23), en particulier Peperomia dolabriformis,​ tentaient de coloniser quelques éboulis. J'ai vu pour la première fois ce genre de plante appartenant à la famille du poivrier dans le supermarché Migros de Delémont où quelques espèces originaires de la forêt tropicale étaient vendues au rayon "​jardin"​. Celles que j'​observais ici, sur les bords du Río Crisnejas, étaient nettement succulentes avec des feuilles charnues, repliées en forme de demi-lune.+[[/​images/​article017-23.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-23r.jpg}}]]Pour essayer de contrecarrer un peu la domination des cactées, quelques Peperomias (voir photo n°23), en particulier Peperomia dolabriformis,​ tentaient de coloniser quelques éboulis. J'ai vu pour la première fois ce genre de plante appartenant à la famille du poivrier dans le supermarché Migros de Delémont où quelques espèces originaires de la forêt tropicale étaient vendues au rayon "​jardin"​. Celles que j'​observais ici, sur les bords du Río Crisnejas, étaient nettement succulentes avec des feuilles charnues, repliées en forme de demi-lune.
  
 Il était plus de midi quand enfin nous avons atteint les bords du Río Crisnejas qui à cette saison ne dépasse pas dix mètres de large. Cette rivière se frayait un chemin en zigzag au milieu d'un lit de gravier atteignant en cet endroit plus de cent mètres de large. Nous avons sorti les casse-croûte à l'​ombre d'un imposant huallango et commencé notre premier déjeuner de l'​expédition. Dans mon assiette préparée à Lic-Lic se trouvait une imposante ration de riz surmontée d'un quart de cuye (le cochon d'Inde qui est ici de consommation courante). Malgré la faim qui se faisait sentir, j'ai peiné pour finir mon assiette : la chaleur qui commençait à se faire assommante rendait un peu difficile la déglutition de mon cuye, baignant dans sa graisse froide. Je contemplais quelques rizières sur les bords de la rivière : profitant du peu de limon apporté par les flots du Río, les paysans du coin sèment dans des petites retenues aménagées de manière rustique. La récolte est réduite évidemment car le terrain contient plus de sable que de terre, mais il s'agit de ne pas perdre la moindre possibilité de produire quelques aliments. Ici le riz ne s'​exporte pas et ne sert qu'à l'​alimentation des populations locales. Seulement, ces petites rizières installées à grand peine sur les bords de la rivière sont souvent emportées par les eaux tumultueuses de l'​hiver,​ aux hasards des changements de lits. Le limon patiemment accumulé par les agriculteurs pendant plusieurs années est alors définitivement emporté et tout est à recommencer. "Ce que Dieu te donne, Dieu te le reprend !" disent-ils alors avec résignation. Il était plus de midi quand enfin nous avons atteint les bords du Río Crisnejas qui à cette saison ne dépasse pas dix mètres de large. Cette rivière se frayait un chemin en zigzag au milieu d'un lit de gravier atteignant en cet endroit plus de cent mètres de large. Nous avons sorti les casse-croûte à l'​ombre d'un imposant huallango et commencé notre premier déjeuner de l'​expédition. Dans mon assiette préparée à Lic-Lic se trouvait une imposante ration de riz surmontée d'un quart de cuye (le cochon d'Inde qui est ici de consommation courante). Malgré la faim qui se faisait sentir, j'ai peiné pour finir mon assiette : la chaleur qui commençait à se faire assommante rendait un peu difficile la déglutition de mon cuye, baignant dans sa graisse froide. Je contemplais quelques rizières sur les bords de la rivière : profitant du peu de limon apporté par les flots du Río, les paysans du coin sèment dans des petites retenues aménagées de manière rustique. La récolte est réduite évidemment car le terrain contient plus de sable que de terre, mais il s'agit de ne pas perdre la moindre possibilité de produire quelques aliments. Ici le riz ne s'​exporte pas et ne sert qu'à l'​alimentation des populations locales. Seulement, ces petites rizières installées à grand peine sur les bords de la rivière sont souvent emportées par les eaux tumultueuses de l'​hiver,​ aux hasards des changements de lits. Le limon patiemment accumulé par les agriculteurs pendant plusieurs années est alors définitivement emporté et tout est à recommencer. "Ce que Dieu te donne, Dieu te le reprend !" disent-ils alors avec résignation.
Ligne 37: Ligne 37:
 Nous fûmes réveillés dans le courant de la nuit par les gémissements de Henry pris de violentes coliques. Alors que ses douleurs se faisaient plus violentes, nous avons entrepris de chercher un remède. En l'​absence d'un médecin, chacun y est allé de son conseil : infusions diverses, laxatifs ou excréments d'​âne,​ toutes les solutions connues furent étudiées et nous nous décidâmes finalement pour un médicament contre les maux de ventre que nous avions emporté et complété par une infusion de feuille de Congona, une espèce de Peperomia locale. Comme toutes ces tentatives restèrent vaines, il nous fallut au petit matin nous décider de le ramener à Lic-Lic, où nous pourrions alors attendre une voiture pour San Marcos. Une ascension d'au moins sept heures que notre malade n'​était évidemment pas en état d'​entreprendre,​ si bien que Don Telmo s'en fut à la recherche d'un cheval capable de porter Henry jusqu'​au sommet. Une fois l'​animal trouvé, Henry serra les dents et se mit en selle, pour un voyage qui s'​annonçait des plus pénibles. Accompagné de son père et de Don Telmo, il disparut au milieu des cacaoyers de La Lima. Du côté des "​restants",​ nous avons pris notre déjeuner et nous nous apprêtions à partir à la pêche en attendant le retour de Telmo, notre guide, quand le petit groupe revint avec un malade qui avait cessé de l'​être : ils avaient à peine commencé la remontée du Platanillo que ses coliques disparurent comme par miracle. Il se sentait prêt à continuer l'​expédition en dépit d'un peu de faiblesse due selon lui à sa nuit sans sommeil. Tout le monde le crut d'​enthousiasme et nous avons plié bagage en vitesse, oubliant dans notre précipitation tente et filet de pêche ! Suivant les rives du Río Crisnejas, nous avons continué notre expédition en direction d'un village appelé Tingo la Palla et qui, comme son nom quechua l'​indique ("​tingo"​ veut dire jonction de deux rivières), se trouve à l'​union du Crisnejas et du Marañón. Nous fûmes réveillés dans le courant de la nuit par les gémissements de Henry pris de violentes coliques. Alors que ses douleurs se faisaient plus violentes, nous avons entrepris de chercher un remède. En l'​absence d'un médecin, chacun y est allé de son conseil : infusions diverses, laxatifs ou excréments d'​âne,​ toutes les solutions connues furent étudiées et nous nous décidâmes finalement pour un médicament contre les maux de ventre que nous avions emporté et complété par une infusion de feuille de Congona, une espèce de Peperomia locale. Comme toutes ces tentatives restèrent vaines, il nous fallut au petit matin nous décider de le ramener à Lic-Lic, où nous pourrions alors attendre une voiture pour San Marcos. Une ascension d'au moins sept heures que notre malade n'​était évidemment pas en état d'​entreprendre,​ si bien que Don Telmo s'en fut à la recherche d'un cheval capable de porter Henry jusqu'​au sommet. Une fois l'​animal trouvé, Henry serra les dents et se mit en selle, pour un voyage qui s'​annonçait des plus pénibles. Accompagné de son père et de Don Telmo, il disparut au milieu des cacaoyers de La Lima. Du côté des "​restants",​ nous avons pris notre déjeuner et nous nous apprêtions à partir à la pêche en attendant le retour de Telmo, notre guide, quand le petit groupe revint avec un malade qui avait cessé de l'​être : ils avaient à peine commencé la remontée du Platanillo que ses coliques disparurent comme par miracle. Il se sentait prêt à continuer l'​expédition en dépit d'un peu de faiblesse due selon lui à sa nuit sans sommeil. Tout le monde le crut d'​enthousiasme et nous avons plié bagage en vitesse, oubliant dans notre précipitation tente et filet de pêche ! Suivant les rives du Río Crisnejas, nous avons continué notre expédition en direction d'un village appelé Tingo la Palla et qui, comme son nom quechua l'​indique ("​tingo"​ veut dire jonction de deux rivières), se trouve à l'​union du Crisnejas et du Marañón.
  
-[[/​images/​article017-15.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-15r.jpg}}]]Après avoir marché au milieu des plantations de citronniers,​ de manguiers et de cacaoyers, nous sommes arrivés à Pay-Pay. Ce hameau se trouve au bord d'une plaine aride, formée probablement d'​alluvions apportés par le torrent descendant de Huagal et de Lic-Lic et que nous allions croiser un peu plus loin. C'est à Pay-Pay que je découvris un trait caractéristique de l'​architecture locale : les maisons ne sont pas couvertes de tuiles ou de tôles ondulées (comme c'est le cas à San Marcos), ni même d'​Ichu,​ cette graminée des hauts plateaux qui est utilisée comme du chaume. En fait, les gens se contentent d'​étendre sur leurs toits une couche de boue sur une armature de roseau. Je fut surpris et je me demandais si cela supportait la pluie. On m'​assura que la terre avait ici une texture spéciale, un peu comme de l'​argile et que cela tenait très bien, les averses ne la lessivant que très peu, malgré les violents orages qui marquaient la saison des pluies. Ces toits de boue, couvrant des constructions en adobe, ne faisaient qu'​accentuer le coté aride, quasi "​minéral"​ de la région (voir photo n°15).+[[/​images/​article017-15.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-15r.jpg}}]]Après avoir marché au milieu des plantations de citronniers,​ de manguiers et de cacaoyers, nous sommes arrivés à Pay-Pay. Ce hameau se trouve au bord d'une plaine aride, formée probablement d'​alluvions apportés par le torrent descendant de Huagal et de Lic-Lic et que nous allions croiser un peu plus loin. C'est à Pay-Pay que je découvris un trait caractéristique de l'​architecture locale : les maisons ne sont pas couvertes de tuiles ou de tôles ondulées (comme c'est le cas à San Marcos), ni même d'​Ichu,​ cette graminée des hauts plateaux qui est utilisée comme du chaume. En fait, les gens se contentent d'​étendre sur leurs toits une couche de boue sur une armature de roseau. Je fut surpris et je me demandais si cela supportait la pluie. On m'​assura que la terre avait ici une texture spéciale, un peu comme de l'​argile et que cela tenait très bien, les averses ne la lessivant que très peu, malgré les violents orages qui marquaient la saison des pluies. Ces toits de boue, couvrant des constructions en adobe, ne faisaient qu'​accentuer le coté aride, quasi "​minéral"​ de la région (voir photo n°15).
  
-[[/​images/​article017-14.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-14r.jpg }}]]Abandonnant derrière nous Pay-Pay, nous avons entrepris la traversée d'un vaste plateau désertique laissant à notre droite le Río Crisnejas et sa frange de plantations tropicales. Le paysage était marqué par les innombrables Armatocereus et Browningia qui, comme j'​avais chargé la carabine à moineau de Henry, me donnaient l'​impression d'​évoluer dans un décor de western spaghetti ! Mais mon attention ne fut pas troublée par les coups de feux d'un duel singulier mais plutôt par la présence de ces Matucana formosa déjà observés la veille. Poussant ici sur les petites élévations de cette morne plaine, ils affichaient pour la plupart de splendides fleurs rouge sang, délicatement recourbées et avec leurs longs aiguillons acérés d'un blanc de neige, paraissaient vouloir défendre chèrement leur floraison. Alors que le groupe de voyageurs se perdait au loin, je remarquais une autre sorte de cierge, plus petit que les précédents et qui affichait une magnifique floraison jaune citron. Cette espèce, un Haageocereus,​ fleurit de nuit et ses fleurs ne résistent généralement pas aux chaleurs de la journée et se fanent avant le milieu de la matinée (voir photo n°14). L'​unique arbrisseau présent dans ce désert hostile est une espèce de légumineuse appelée "​Canaquil"​. J'en ignore encore le nom exact mais je suppose qu'il s'agit d'une espèce proche des Caesalpinia (probablement Cercidium praecox, Caesalpiniaceae). Son tronc lisse de couleur vert pomme est entaillé par les habitants du coin qui en retirent une sorte de gomme utilisée comme colle. J'​observais un autre petit arbuste (déjà rencontré hier) avec un tronc renflé, presque succulent et de toutes petites branches qui lui donnent l'​apparence d'un bonzaï de Baobab. Probablement à cause de la saison sèche, il ne possédait que peu de feuilles, regroupées à l'​extrémité des rameaux. Emergeant de cette petite touffe de feuilles, parfois apparaissant sur le bout dénudé d'un rameau, des fleurs d'un rouge orangé, intense, presque fluorescent,​ attiraient l'​attention. A bien les regarder, je remarquais que les fleurs étaient parfois mâles, parfois femelles et observais que l'​écorce incisée laisse échapper un latex blanc. +[[/​images/​article017-14.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-14r.jpg }}]]Abandonnant derrière nous Pay-Pay, nous avons entrepris la traversée d'un vaste plateau désertique laissant à notre droite le Río Crisnejas et sa frange de plantations tropicales. Le paysage était marqué par les innombrables Armatocereus et Browningia qui, comme j'​avais chargé la carabine à moineau de Henry, me donnaient l'​impression d'​évoluer dans un décor de western spaghetti ! Mais mon attention ne fut pas troublée par les coups de feux d'un duel singulier mais plutôt par la présence de ces Matucana formosa déjà observés la veille. Poussant ici sur les petites élévations de cette morne plaine, ils affichaient pour la plupart de splendides fleurs rouge sang, délicatement recourbées et avec leurs longs aiguillons acérés d'un blanc de neige, paraissaient vouloir défendre chèrement leur floraison. Alors que le groupe de voyageurs se perdait au loin, je remarquais une autre sorte de cierge, plus petit que les précédents et qui affichait une magnifique floraison jaune citron. Cette espèce, un Haageocereus,​ fleurit de nuit et ses fleurs ne résistent généralement pas aux chaleurs de la journée et se fanent avant le milieu de la matinée (voir photo n°14). L'​unique arbrisseau présent dans ce désert hostile est une espèce de légumineuse appelée "​Canaquil"​. J'en ignore encore le nom exact mais je suppose qu'il s'agit d'une espèce proche des Caesalpinia (probablement Cercidium praecox, Caesalpiniaceae). Son tronc lisse de couleur vert pomme est entaillé par les habitants du coin qui en retirent une sorte de gomme utilisée comme colle. J'​observais un autre petit arbuste (déjà rencontré hier) avec un tronc renflé, presque succulent et de toutes petites branches qui lui donnent l'​apparence d'un bonzaï de Baobab. Probablement à cause de la saison sèche, il ne possédait que peu de feuilles, regroupées à l'​extrémité des rameaux. Emergeant de cette petite touffe de feuilles, parfois apparaissant sur le bout dénudé d'un rameau, des fleurs d'un rouge orangé, intense, presque fluorescent,​ attiraient l'​attention. A bien les regarder, je remarquais que les fleurs étaient parfois mâles, parfois femelles et observais que l'​écorce incisée laisse échapper un latex blanc. 
-[[/​images/​article017-12.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-12r.jpg}}]]C'​est une plante dont j'​ignore le nom exact, mais qui appartient au genre Jatropha et à la famille des euphorbes (voir photo n°12). Les gens du coin l'​appellent "​Cholo"​ (ce qui désigne ici un garçon métis) et les femmes enceintes en consomment lorsqu'​elles veulent accoucher d'un petit garçon. La réputation de ces graines est si solidement établie ici qu'​elles sont parfois vendues plus loin comme remède et données aux vaches quand les paysans veulent obtenir un taureau. L'​administration de la graine se faisant après la conception, je ne peux que douter de son pouvoir : elle n'​engendre probablement pas plus de 50% de mâles ! Cet arbrisseau possède évidemment sa contrepartie médicinale qui s'​appelle "la China" (ce qui désigne ici une fillette aux traits indiens bien accentués) et que je devais découvrir plus tard.+[[/​images/​article017-12.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-12r.jpg}}]]C'​est une plante dont j'​ignore le nom exact, mais qui appartient au genre Jatropha et à la famille des euphorbes (voir photo n°12). Les gens du coin l'​appellent "​Cholo"​ (ce qui désigne ici un garçon métis) et les femmes enceintes en consomment lorsqu'​elles veulent accoucher d'un petit garçon. La réputation de ces graines est si solidement établie ici qu'​elles sont parfois vendues plus loin comme remède et données aux vaches quand les paysans veulent obtenir un taureau. L'​administration de la graine se faisant après la conception, je ne peux que douter de son pouvoir : elle n'​engendre probablement pas plus de 50% de mâles ! Cet arbrisseau possède évidemment sa contrepartie médicinale qui s'​appelle "la China" (ce qui désigne ici une fillette aux traits indiens bien accentués) et que je devais découvrir plus tard.
  
-[[/​images/​article017-17.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-17r.jpg }}]]Je repris rapidement ma route pour rejoindre mes compagnons et presque de l'​autre côté de ce plateau désertique,​ je vis soudain le chemin coupé net par un cañon de plus de dix mètres d'à pic : le torrent que nous avions longé la veille s'​apprêtait ici à se jeter dans le Río Crisnejas. Alors que nous approchions de onze heures, je rejoignis le groupe qui m'​attendait avant d'​attaquer le plat de résistance de la journée : une côte imposante que le cours du Río nous obligeait à franchir. Sous un soleil de plomb, nous avons entrepris l'​ascension de la montagne : Là encore, quelques Matucana formosa (voir photo n°17) mais surtout de nombreux cierges parmi lesquels je distinguais Espostoa lanianuligera,​ avec ses longs aiguillons et surtout, pour les individus les plus âgés, une espèce de bourre laineuse qui s'​échappait de l'apex de la plante. De cette bourre, appelée céphalium, sortent des fleurs de couleur crème, mais je n'en observais pas ce jour-là. Par contre, plusieurs plantes coupées à la machette attestaient qu'ici aussi cette bourre était mise à contribution pour être utilisée comme rembourrage de matelas.+[[/​images/​article017-17.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-17r.jpg }}]]Je repris rapidement ma route pour rejoindre mes compagnons et presque de l'​autre côté de ce plateau désertique,​ je vis soudain le chemin coupé net par un cañon de plus de dix mètres d'à pic : le torrent que nous avions longé la veille s'​apprêtait ici à se jeter dans le Río Crisnejas. Alors que nous approchions de onze heures, je rejoignis le groupe qui m'​attendait avant d'​attaquer le plat de résistance de la journée : une côte imposante que le cours du Río nous obligeait à franchir. Sous un soleil de plomb, nous avons entrepris l'​ascension de la montagne : Là encore, quelques Matucana formosa (voir photo n°17) mais surtout de nombreux cierges parmi lesquels je distinguais Espostoa lanianuligera,​ avec ses longs aiguillons et surtout, pour les individus les plus âgés, une espèce de bourre laineuse qui s'​échappait de l'apex de la plante. De cette bourre, appelée céphalium, sortent des fleurs de couleur crème, mais je n'en observais pas ce jour-là. Par contre, plusieurs plantes coupées à la machette attestaient qu'ici aussi cette bourre était mise à contribution pour être utilisée comme rembourrage de matelas.
  
 Passé midi, nous sommes arrivés au col de notre petit raccourci et nous avons entamé notre descente sur Matibamba. Le sommet de notre chemin était situé sur une étroite arête rocheuse, constituée de pierres calcaires où le vent avait sculpté tout un entrelacement de sillons aux bords coupants comme des silex. Au pied d'un de ces étranges rochers, je découvrais une petite plante rampante avec des fleurs ressemblant à de petits sacs marron, à l'​ouverture à peine un peu échancrée : une espèce qui m'​était inconnue appartenant sans doute au genre Aristolochia. Passé midi, nous sommes arrivés au col de notre petit raccourci et nous avons entamé notre descente sur Matibamba. Le sommet de notre chemin était situé sur une étroite arête rocheuse, constituée de pierres calcaires où le vent avait sculpté tout un entrelacement de sillons aux bords coupants comme des silex. Au pied d'un de ces étranges rochers, je découvrais une petite plante rampante avec des fleurs ressemblant à de petits sacs marron, à l'​ouverture à peine un peu échancrée : une espèce qui m'​était inconnue appartenant sans doute au genre Aristolochia.
Ligne 64: Ligne 64:
 Le matin nous trouva nettement plus frais et reposés que la veille, absolument décidés à coucher le soir à ce fameux Tingo la Palla. Nous avons plié bagage rapidement et mis le cap sur le hameau voisin de Guachaque, où une famille du coin nous avait invités pour le petit déjeuner. Ce hameau d'une dizaine de maisons se trouvait à un kilomètre, séparé de Matibamba par une petite butte où notre hôte de la veille nous avait assuré qu'on pouvait trouver des tombes des "​gentiles"​. C'est avec ce nom de "​gentiles"​ que les habitants de la sierra désignent les antiques habitants du pays : Incas, Caxamalca et autres Chimus. Nous n'​avons pas vu de traces de ces "​gentiles"​ et mon unique surprise, en arrivant à Guachaque, fut d'​être accueilli par une charmante jeune femme qui me gratifia d'un souriant "​Bienvenidos Don Oliver !". Suis-je connu à mon insu jusqu'​à ces confins de la province ? Sans trop savoir pourquoi, peut-être parce que je portais une fois de plus la carabine à air comprimé de Beto, j'eus la tentation après avoir répondu à son salut d'​ajouter : mon nom est Bond, James Bond ! Je me retins à temps, heureusement. Après avoir déjeuné d'une excellente soupe, accompagnée des inévitables yucas, nous avons eu droit à une tasse de chocolat qui se prépare ici avec de l'eau et du cacao produit sur place. Inutile de vous dire que la saveur en est inimitable ! Le matin nous trouva nettement plus frais et reposés que la veille, absolument décidés à coucher le soir à ce fameux Tingo la Palla. Nous avons plié bagage rapidement et mis le cap sur le hameau voisin de Guachaque, où une famille du coin nous avait invités pour le petit déjeuner. Ce hameau d'une dizaine de maisons se trouvait à un kilomètre, séparé de Matibamba par une petite butte où notre hôte de la veille nous avait assuré qu'on pouvait trouver des tombes des "​gentiles"​. C'est avec ce nom de "​gentiles"​ que les habitants de la sierra désignent les antiques habitants du pays : Incas, Caxamalca et autres Chimus. Nous n'​avons pas vu de traces de ces "​gentiles"​ et mon unique surprise, en arrivant à Guachaque, fut d'​être accueilli par une charmante jeune femme qui me gratifia d'un souriant "​Bienvenidos Don Oliver !". Suis-je connu à mon insu jusqu'​à ces confins de la province ? Sans trop savoir pourquoi, peut-être parce que je portais une fois de plus la carabine à air comprimé de Beto, j'eus la tentation après avoir répondu à son salut d'​ajouter : mon nom est Bond, James Bond ! Je me retins à temps, heureusement. Après avoir déjeuné d'une excellente soupe, accompagnée des inévitables yucas, nous avons eu droit à une tasse de chocolat qui se prépare ici avec de l'eau et du cacao produit sur place. Inutile de vous dire que la saveur en est inimitable !
  
-[[/​images/​article017-20.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-20r.jpg}}]]Nous avons pris congé de cette accueillante famille à dix heures et pris le chemin de Tingo, longeant les rizières de Guachaque (voir photo n°20). Un puissant vent chaud montait de la vallée et soulevait par moment des nuages de sable. Comme la veille, nous avons dû emprunter un petit chemin à flanc de montagne pour éviter de traverser la rivière. Je retrouvais dans les rochers de la montagne une magnifique population de Matucana formosa : de nombreuses plantes regroupées en petites colonies attestaient de la vitalité de cette population. A la différence des plantes observées la veille, les spécimens de cette station montraient souvent un port dressé, presque céreiforme et il y avait même un exemplaire possédant une "​branche"​ (voir photo n°05). +[[/​images/​article017-20.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-20r.jpg}}]]Nous avons pris congé de cette accueillante famille à dix heures et pris le chemin de Tingo, longeant les rizières de Guachaque (voir photo n°20). Un puissant vent chaud montait de la vallée et soulevait par moment des nuages de sable. Comme la veille, nous avons dû emprunter un petit chemin à flanc de montagne pour éviter de traverser la rivière. Je retrouvais dans les rochers de la montagne une magnifique population de Matucana formosa : de nombreuses plantes regroupées en petites colonies attestaient de la vitalité de cette population. A la différence des plantes observées la veille, les spécimens de cette station montraient souvent un port dressé, presque céreiforme et il y avait même un exemplaire possédant une "​branche"​ (voir photo n°05). 
-[[/​images/​article017-05.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-05r.jpg }}]]Un peu plus loin, tandis que s'​amorçait la descente sur Tingo, je rencontrais une autre espèce d'​Espostoa,​ probablement E. lanata (voir photo n°18), de plus petite taille avec des aiguillons plus courts, plus réguliers. +[[/​images/​article017-05.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-05r.jpg }}]]Un peu plus loin, tandis que s'​amorçait la descente sur Tingo, je rencontrais une autre espèce d'​Espostoa,​ probablement E. lanata (voir photo n°18), de plus petite taille avec des aiguillons plus courts, plus réguliers. 
-[[/​images/​article017-18.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-18r.jpg}}]]Nous pénétrâmes dans les premières rizières de Tingo sur le coup de midi. Marchant à côté de Don Telmo, ce dernier m'​expliqua que depuis sa dernière visite dans ce hameau, il y a deux ans, plus de la moitié des terres avaient disparu, emportées par les crues du Crisnejas ! Il m'​indiqua quelques maisons sur une falaise abrupte de l'​autre côté de la rivière en me racontant que c'​était tout ce qui restait de Tingo Grande et de ses nombreuses rizières. Ces deux Tingo se trouvent du même côté du Marañón, mais comme ils sont séparés par le Río Crisnejas, Tingo la Palla appartient à la province de San Marcos, département de Cajamarca, tandis que Tingo Grande fait parti de la province de Cajabamba. Nous avons coupé à travers les rizières de Tingo la Palla pour rejoindre les quelques maisons du hameau, regroupées autour d'une petite élévation de terrain, sur les flancs d'une imposante montagne (voir photo n°24). +[[/​images/​article017-18.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-18r.jpg}}]]Nous pénétrâmes dans les premières rizières de Tingo sur le coup de midi. Marchant à côté de Don Telmo, ce dernier m'​expliqua que depuis sa dernière visite dans ce hameau, il y a deux ans, plus de la moitié des terres avaient disparu, emportées par les crues du Crisnejas ! Il m'​indiqua quelques maisons sur une falaise abrupte de l'​autre côté de la rivière en me racontant que c'​était tout ce qui restait de Tingo Grande et de ses nombreuses rizières. Ces deux Tingo se trouvent du même côté du Marañón, mais comme ils sont séparés par le Río Crisnejas, Tingo la Palla appartient à la province de San Marcos, département de Cajamarca, tandis que Tingo Grande fait parti de la province de Cajabamba. Nous avons coupé à travers les rizières de Tingo la Palla pour rejoindre les quelques maisons du hameau, regroupées autour d'une petite élévation de terrain, sur les flancs d'une imposante montagne (voir photo n°24). 
-[[/​images/​article017-24.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-24r.jpg }}]]Nous déchargeâmes nos affaires chez un sympathique père de famille d'une trentaine d'​années que Don Telmo nous présenta comme le meilleur "​balsero"​ de tout Tingo. Après avoir fait honneur au traditionnel seau de mangues, le groupe décida d'​aller se baigner sur les bords du Marañón, en attendant que la femme de notre balsero nous prépare notre plat de yucas quotidien. Je découvris alors pour la première fois les flots de ce qui est un des plus importants affluents de l'​Amazone. Bien sur, à plus de cinq mille kilomètres de l'​Atlantique,​ le Marañón de Tingo ne peut que laisser augurer de ce que sera plus tard l'​immense Amazone : de plus, en cette saison, il ne dépasse que rarement les cinquante mètres de large et se traverse à pied. A la saison des pluies, les flots coulent d'une rive à l'​autre et c'est alors une rivière qui peut rivaliser avec le Rhin tel qu'il se présente à Bâle. Tandis que nous faisions trempette dans ses eaux boueuses et pour tout dire assez froides, je contemplais sur l'​autre rive une bande de gosses jouant avec un de ces radeaux qu'on appelle ici une "​balsa"​ car fait en bois de balsa, cet arbre à la croissance rapide, bien connu des modélistes occidentaux. Après nous être séchés, nous sommes allés prendre notre déjeuner chez notre balsero.+[[/​images/​article017-24.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-24r.jpg }}]]Nous déchargeâmes nos affaires chez un sympathique père de famille d'une trentaine d'​années que Don Telmo nous présenta comme le meilleur "​balsero"​ de tout Tingo. Après avoir fait honneur au traditionnel seau de mangues, le groupe décida d'​aller se baigner sur les bords du Marañón, en attendant que la femme de notre balsero nous prépare notre plat de yucas quotidien. Je découvris alors pour la première fois les flots de ce qui est un des plus importants affluents de l'​Amazone. Bien sur, à plus de cinq mille kilomètres de l'​Atlantique,​ le Marañón de Tingo ne peut que laisser augurer de ce que sera plus tard l'​immense Amazone : de plus, en cette saison, il ne dépasse que rarement les cinquante mètres de large et se traverse à pied. A la saison des pluies, les flots coulent d'une rive à l'​autre et c'est alors une rivière qui peut rivaliser avec le Rhin tel qu'il se présente à Bâle. Tandis que nous faisions trempette dans ses eaux boueuses et pour tout dire assez froides, je contemplais sur l'​autre rive une bande de gosses jouant avec un de ces radeaux qu'on appelle ici une "​balsa"​ car fait en bois de balsa, cet arbre à la croissance rapide, bien connu des modélistes occidentaux. Après nous être séchés, nous sommes allés prendre notre déjeuner chez notre balsero.
  
 L'​idée initiale de notre périple étant de descendre le Marañón en radeau jusqu'​à Montevideo, Don Telmo se mit en quête d'une balsa et je décidais de l'​accompagner. Nous sommes revenus sur nos pas du matin pour croiser le Crisnejas, destination Tingo Grande. Après une petite recherche dans les quelques plantations de coca épargnées par les crues, nous avons enfin découvert le propriétaire d'une balsa qui, selon le balsero qui nous accompagnait,​ était capable d'​emmener deux taureaux à la fois ! L'​affaire ne se fit pas pour la "balsa de deux taureaux",​ mais après une opiniâtre discussion le propriétaire accepta de nous vendre une autre balsa ne lui appartenant pas, mais laissée en garde par un proche parent. Sans le moindre scrupule, nous sommes allés constater l'​état de cette balsa et en moins de cinq minutes le contrat était passé : Nous n'​avions plus qu'à tirer notre acquisition vers les rives du Marañón. Il avait été décidé d'​acheter la balsa plutôt que de la louer car ces embarcations,​ ne possédant pas de moteur, sont ensuite trop pénibles à remonter sur de longues distances, ce qui se fait en les tirant le long de la rive. D'​ordinaire,​ elles servent surtout à passer le bétail et les gens d'une rive à l'​autre ou à effectuer de petits transports. Dans le cas de plus longs trajets, elles sont généralement revendues en aval et leur propriétaire retourne chez lui en suivant la berge et en emportant un des rondins de la balsa. Quand une courbe du Río lui interdit de continuer, il se met à l'eau sur son rondin et, ramant de ses mains, le traverse rapidement. Pour le balsero, le plus pénible dans cette technique n'est pas de charger son tronc de balsa qui malgré son diamètre ne pèse que quelques kilos, mais de reculer de plusieurs centaines de mètres à chaque traversée, emporté par le puissant courant du Marañón. L'​idée initiale de notre périple étant de descendre le Marañón en radeau jusqu'​à Montevideo, Don Telmo se mit en quête d'une balsa et je décidais de l'​accompagner. Nous sommes revenus sur nos pas du matin pour croiser le Crisnejas, destination Tingo Grande. Après une petite recherche dans les quelques plantations de coca épargnées par les crues, nous avons enfin découvert le propriétaire d'une balsa qui, selon le balsero qui nous accompagnait,​ était capable d'​emmener deux taureaux à la fois ! L'​affaire ne se fit pas pour la "balsa de deux taureaux",​ mais après une opiniâtre discussion le propriétaire accepta de nous vendre une autre balsa ne lui appartenant pas, mais laissée en garde par un proche parent. Sans le moindre scrupule, nous sommes allés constater l'​état de cette balsa et en moins de cinq minutes le contrat était passé : Nous n'​avions plus qu'à tirer notre acquisition vers les rives du Marañón. Il avait été décidé d'​acheter la balsa plutôt que de la louer car ces embarcations,​ ne possédant pas de moteur, sont ensuite trop pénibles à remonter sur de longues distances, ce qui se fait en les tirant le long de la rive. D'​ordinaire,​ elles servent surtout à passer le bétail et les gens d'une rive à l'​autre ou à effectuer de petits transports. Dans le cas de plus longs trajets, elles sont généralement revendues en aval et leur propriétaire retourne chez lui en suivant la berge et en emportant un des rondins de la balsa. Quand une courbe du Río lui interdit de continuer, il se met à l'eau sur son rondin et, ramant de ses mains, le traverse rapidement. Pour le balsero, le plus pénible dans cette technique n'est pas de charger son tronc de balsa qui malgré son diamètre ne pèse que quelques kilos, mais de reculer de plusieurs centaines de mètres à chaque traversée, emporté par le puissant courant du Marañón.
Ligne 123: Ligne 123:
 Le lendemain matin, un lundi, nous attendait une grande aventure : une quinzaine de kilomètres sur le Marañón, en balsa ! Je ne suis pas autrement friand de ce genre d'​exploit,​ aussi j'​accueillis avec plaisir la proposition de marcher un peu jusqu'​à "el Puente"​ (le Pont) pour aller rejoindre les radeaux après les rapides. Nous sommes partis à dix heures, et avons commencé à suivre la rive gauche du Río Marañón, un peu sur les hauteurs. Nous avions à peine laissé derrière nous les dernières maisons de Tingo que j'​apercevais mon premier Matucana de la journée : une grosse boule, avec de robustes petits aiguillons blancs. Près de trente côtes, à peine tuberculées et surtout de splendides fleurs rouge-orangé. Le tube floral, de gros diamètre, me fit penser à M. aurantiaca, mais en l'​absence de graines je ne pouvais guère assurer une détermination sérieuse. Un peu plus loin, un autre cactus attira mon attention : une copie de Opuntia ficus-indica,​ mais avec des palettes beaucoup plus petites. La plante ne portait pas de fleurs. Je n'eus malheureusement pas le temps de prospecter beaucoup, car mes quatre compagnons étaient déjà loin devant. Je me dépêchais en ne jetant qu'un regard distrait aux Browningia, Armatocereus et autre Espostoa. Il y avait une petite proéminence,​ à ma gauche, qui semblait faite d'un sable brun. Quelques excavations et fouilles de formes diverses lui donnaient un peu une allure de ruines Inca, mais je me rendis rapidement compte de mon erreur : il ne s'​agissait que du cimetière de Tingo comme en témoignaient quelques croix achevant de se décomposer. Visiblement,​ on ne mourrait pas beaucoup dans ce hameau. Le lendemain matin, un lundi, nous attendait une grande aventure : une quinzaine de kilomètres sur le Marañón, en balsa ! Je ne suis pas autrement friand de ce genre d'​exploit,​ aussi j'​accueillis avec plaisir la proposition de marcher un peu jusqu'​à "el Puente"​ (le Pont) pour aller rejoindre les radeaux après les rapides. Nous sommes partis à dix heures, et avons commencé à suivre la rive gauche du Río Marañón, un peu sur les hauteurs. Nous avions à peine laissé derrière nous les dernières maisons de Tingo que j'​apercevais mon premier Matucana de la journée : une grosse boule, avec de robustes petits aiguillons blancs. Près de trente côtes, à peine tuberculées et surtout de splendides fleurs rouge-orangé. Le tube floral, de gros diamètre, me fit penser à M. aurantiaca, mais en l'​absence de graines je ne pouvais guère assurer une détermination sérieuse. Un peu plus loin, un autre cactus attira mon attention : une copie de Opuntia ficus-indica,​ mais avec des palettes beaucoup plus petites. La plante ne portait pas de fleurs. Je n'eus malheureusement pas le temps de prospecter beaucoup, car mes quatre compagnons étaient déjà loin devant. Je me dépêchais en ne jetant qu'un regard distrait aux Browningia, Armatocereus et autre Espostoa. Il y avait une petite proéminence,​ à ma gauche, qui semblait faite d'un sable brun. Quelques excavations et fouilles de formes diverses lui donnaient un peu une allure de ruines Inca, mais je me rendis rapidement compte de mon erreur : il ne s'​agissait que du cimetière de Tingo comme en témoignaient quelques croix achevant de se décomposer. Visiblement,​ on ne mourrait pas beaucoup dans ce hameau.
  
-[[/​images/​article017-04.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-04r.jpg}}]]Comme nous nous approchions de ce Pont que je n'​apercevais toujours pas, je rencontrais à nouveau toute une population de Matucana. Sur une pente plus raide et complètement grillée par le soleil, je découvris quelques plantes magnifiques,​ avec des fleurs un peu plus grosses que précédemment,​ nettement plus orangées (voir photo n°04). Je venais de terminer mon rouleau de pellicule en photographiant un genre de petit gecko quand j'​aperçus le géant de ces lieux, un Matucana de plus de vingt-cinq centimètres de diamètre, pour cinquante de haut ! Vraiment un monstre, pour ce genre de cactus généralement de taille réduite. Cette fois, avec les fleurs, il y avait des fruits, je pus ainsi observer attentivement quelques graines. Elles étaient en forme de petit soulier, le hilum nettement creusé ne laissant aucun doute sur l'​espèce : j'​étais indiscutablement en présence d'une étrange population de Matucana formosa ! Il était vraiment difficile de croire que ces plantes appartenaient à la même espèce que celles, si différentes,​ rencontrées en amont de Tingo, à quelques kilomètres de là.+[[/​images/​article017-04.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-04r.jpg}}]]Comme nous nous approchions de ce Pont que je n'​apercevais toujours pas, je rencontrais à nouveau toute une population de Matucana. Sur une pente plus raide et complètement grillée par le soleil, je découvris quelques plantes magnifiques,​ avec des fleurs un peu plus grosses que précédemment,​ nettement plus orangées (voir photo n°04). Je venais de terminer mon rouleau de pellicule en photographiant un genre de petit gecko quand j'​aperçus le géant de ces lieux, un Matucana de plus de vingt-cinq centimètres de diamètre, pour cinquante de haut ! Vraiment un monstre, pour ce genre de cactus généralement de taille réduite. Cette fois, avec les fleurs, il y avait des fruits, je pus ainsi observer attentivement quelques graines. Elles étaient en forme de petit soulier, le hilum nettement creusé ne laissant aucun doute sur l'​espèce : j'​étais indiscutablement en présence d'une étrange population de Matucana formosa ! Il était vraiment difficile de croire que ces plantes appartenaient à la même espèce que celles, si différentes,​ rencontrées en amont de Tingo, à quelques kilomètres de là.
  
 Je laissais là ma découverte pour me dépêcher vers les bords de la rivière où m'​appelaient mes compagnons. De pont, il n'y en avait pas et j'​appris que ce nom, "El Puente",​ venait de deux têtes de pont sur chaque rive, qui attestaient qu'au point le plus étroit, les Incas avaient tenté de construire un pont suspendu. Je laissais là ma découverte pour me dépêcher vers les bords de la rivière où m'​appelaient mes compagnons. De pont, il n'y en avait pas et j'​appris que ce nom, "El Puente",​ venait de deux têtes de pont sur chaque rive, qui attestaient qu'au point le plus étroit, les Incas avaient tenté de construire un pont suspendu.
  
-[[/​images/​article017-10.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-10r.jpg }}]]Nous avons embarqué sur les balsas et commencé la descente. Notre radeau était constitué de douze troncs de balsa réunis par des liens de fil de fer et posés sur deux troncs perpendiculaires. A l'​arrière,​ sur une armature de bois étaient disposés les bagages. Nous nous tenions au milieu, les pieds dans l'eau qui s'​infiltrait entre les troncs. Pour diriger tout ça, notre meilleur-balsero-du-Tingo était agenouillé sur la poutre de proue et à l'aide d'une rame rudimentaire,​ orientait l'​embarcation dans le courant. Nous étions sept sur notre balsa, et les trois derniers membres de l'​expédition se serraient dans un radeau minuscule qui s'​enfonçait presque dans les eaux : de loin, les trois aventuriers paraissaient des émules du Christ marchant sur l'eau ! (voir photo n°10)+[[/​images/​article017-10.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-10r.jpg }}]]Nous avons embarqué sur les balsas et commencé la descente. Notre radeau était constitué de douze troncs de balsa réunis par des liens de fil de fer et posés sur deux troncs perpendiculaires. A l'​arrière,​ sur une armature de bois étaient disposés les bagages. Nous nous tenions au milieu, les pieds dans l'eau qui s'​infiltrait entre les troncs. Pour diriger tout ça, notre meilleur-balsero-du-Tingo était agenouillé sur la poutre de proue et à l'aide d'une rame rudimentaire,​ orientait l'​embarcation dans le courant. Nous étions sept sur notre balsa, et les trois derniers membres de l'​expédition se serraient dans un radeau minuscule qui s'​enfonçait presque dans les eaux : de loin, les trois aventuriers paraissaient des émules du Christ marchant sur l'eau ! (voir photo n°10)
  
-[[/​images/​article017-02.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-02r.jpg}}]]La conduite de ce type d'​embarcation à l'​apparente rusticité fait appel à une bonne dose d'​expérience,​ mêlée à un sens développé de l'​observation et à pas mal d'​intuition. Le radeau semblait descendre les flots, comme abandonné à la volonté du courant, mais il n'en était rien. Adroitement,​ notre balsero savait attendre le moment adéquat pour donner quelques coups de rame, cherchant le courant le plus rapide, évitant d'​être porté contre les rochers dangereux de la rive. Il était capable de contrôler un peu la vitesse de l'​embarcation,​ en jouant sur sa position par rapport au sens du courant, la mettant perpendiculairement aux flots pour gagner un peu de vitesse. Autour de nous, le paysage était splendide et surprenant. Nous naviguions entre des parois vertigineuses,​ au pied de sommets qui se perdaient dans les nuages. Un univers minéral, avec des couleurs ocre, cuivre, brun-crème. Le plus frappant était l'​aridité des rives : j'​observais des Melocactus (voir photo n°02), typiques des stations les plus sèches, à quelques mètres de l'eau. Jusqu'​à présent, j'​imaginais le Marañón comme une sorte de transition entre les garrigues de San Marcos et l'​exubérance de la forêt tropicale... Grave erreur car, alors que nous nous approchions de l'​Amazonie,​ le milieu n'en était que plus aride. Parfois, au détour d'une imposante falaise, j'​apercevais un changement de végétation et pouvais observer une petite population de broméliacées rayées, s'​agrippant au rocher. Peu de vie, apparemment. Nous avons juste aperçu un petit vautour tout noir et quelques taureaux s'​approchant des rives pour se désaltérer. Nous avons tenté d'​apercevoir les "bujos bravos",​ les ânes sauvages, qui selon notre balsero se reproduisaient librement dans les montagnes, mais en vain. Si j'​avais pu observer un martin-pêcheur juste avant d'​embarquer,​ je n'en vis pas d'​autre pendant le reste du voyage. Pourtant, à en croire notre guide, la rivière était riche en poissons et il nous assurait avoir sorti de l'eau des prises dépassant le mètre, des sortes de poisson-chat avec de longues moustaches.+[[/​images/​article017-02.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-02r.jpg}}]]La conduite de ce type d'​embarcation à l'​apparente rusticité fait appel à une bonne dose d'​expérience,​ mêlée à un sens développé de l'​observation et à pas mal d'​intuition. Le radeau semblait descendre les flots, comme abandonné à la volonté du courant, mais il n'en était rien. Adroitement,​ notre balsero savait attendre le moment adéquat pour donner quelques coups de rame, cherchant le courant le plus rapide, évitant d'​être porté contre les rochers dangereux de la rive. Il était capable de contrôler un peu la vitesse de l'​embarcation,​ en jouant sur sa position par rapport au sens du courant, la mettant perpendiculairement aux flots pour gagner un peu de vitesse. Autour de nous, le paysage était splendide et surprenant. Nous naviguions entre des parois vertigineuses,​ au pied de sommets qui se perdaient dans les nuages. Un univers minéral, avec des couleurs ocre, cuivre, brun-crème. Le plus frappant était l'​aridité des rives : j'​observais des Melocactus (voir photo n°02), typiques des stations les plus sèches, à quelques mètres de l'eau. Jusqu'​à présent, j'​imaginais le Marañón comme une sorte de transition entre les garrigues de San Marcos et l'​exubérance de la forêt tropicale... Grave erreur car, alors que nous nous approchions de l'​Amazonie,​ le milieu n'en était que plus aride. Parfois, au détour d'une imposante falaise, j'​apercevais un changement de végétation et pouvais observer une petite population de broméliacées rayées, s'​agrippant au rocher. Peu de vie, apparemment. Nous avons juste aperçu un petit vautour tout noir et quelques taureaux s'​approchant des rives pour se désaltérer. Nous avons tenté d'​apercevoir les "bujos bravos",​ les ânes sauvages, qui selon notre balsero se reproduisaient librement dans les montagnes, mais en vain. Si j'​avais pu observer un martin-pêcheur juste avant d'​embarquer,​ je n'en vis pas d'​autre pendant le reste du voyage. Pourtant, à en croire notre guide, la rivière était riche en poissons et il nous assurait avoir sorti de l'eau des prises dépassant le mètre, des sortes de poisson-chat avec de longues moustaches.
  
-[[/​images/​article017-21.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-21r.jpg }}]]Notre première pause se fit dans une boucle du Marañón appelé "​Milaudia"​. C'est un hameau de quelques maisons et l'​endroit est réputé pour ses oranges, au goût, paraît-il, i-ni-mi-table ! Je décidai de rester près des radeaux, avec Henry, à pêcher depuis quelques gros cailloux émergeant des flots. Après avoir appâté ma ligne avec une petite cicindèle capturée sur le sable de la rive, je commençais à pêcher, en faisant tout mon possible pour avoir l'air d'y connaître quelque chose. En face de moi, sur l'​autre rive, j'​observais des formations rocheuses qui me rappelaient étrangement les pyramides d'​Euseigne,​ au Valais. Quelques éperons formés d'​alluvions de couleur rouge-brique,​ se découpaient sous de grosses pierres plates posées comme des bérets basques (voir photo n°21). Le reste des voyageurs revint chargé d'​oranges alors que Henry et moi attendions toujours le premier poisson. J'ai goûté les fameuses oranges et ne leur trouvais vraiment rien d'​extraordinaire. Diplomatiquement,​ j'​assurais Don Telmo que jamais je n'en avais savouré de meilleures.+[[/​images/​article017-21.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-21r.jpg }}]]Notre première pause se fit dans une boucle du Marañón appelé "​Milaudia"​. C'est un hameau de quelques maisons et l'​endroit est réputé pour ses oranges, au goût, paraît-il, i-ni-mi-table ! Je décidai de rester près des radeaux, avec Henry, à pêcher depuis quelques gros cailloux émergeant des flots. Après avoir appâté ma ligne avec une petite cicindèle capturée sur le sable de la rive, je commençais à pêcher, en faisant tout mon possible pour avoir l'air d'y connaître quelque chose. En face de moi, sur l'​autre rive, j'​observais des formations rocheuses qui me rappelaient étrangement les pyramides d'​Euseigne,​ au Valais. Quelques éperons formés d'​alluvions de couleur rouge-brique,​ se découpaient sous de grosses pierres plates posées comme des bérets basques (voir photo n°21). Le reste des voyageurs revint chargé d'​oranges alors que Henry et moi attendions toujours le premier poisson. J'ai goûté les fameuses oranges et ne leur trouvais vraiment rien d'​extraordinaire. Diplomatiquement,​ j'​assurais Don Telmo que jamais je n'en avais savouré de meilleures.
  
 Nous embarquâmes à nouveau. Il était plus de midi et seul le contact de nos pieds nus avec l'eau de la rivière nous aidait à oublier un peu la chaleur qui commençait à se faire suffocante. Je ne pus m'​empêcher de penser à nouveau aux antiques habitants de ces contrées désertiques,​ tandis que recommençaient à défiler autour de nous les falaises et les rives les plus escarpées. Nous scrutions aux jumelles la plus petite grotte, dans l'​espoir d'​apercevoir des momies et je me demandais pourquoi les "​gentiles"​ étaient venus s'​installer dans ces milieux inhospitaliers. Peut-être que finalement cette région n'​était inhospitalière que pour nous qui ignorions tout de la façon d'en tirer partie. Je me demandais aussi ce qui pouvait bien pousser ces gens à aller cacher leurs morts dans ces falaises surplombant le fleuve. On peut comprendre qu'on cherche à dissimuler des momies ornées de bijoux, pour éviter les pilleurs de tombes, mais pourquoi celles qui en sont dépourvues. On peut aussi se demander comment ces momies se sont conservées jusqu'​à nos jours. J'ai effectué quelques mesures du taux d'​humidité pendant le voyage et les valeurs tournent autour de quarante pour-cent. Dans ces conditions, les corps se décomposent difficilement. Et des valeurs prises dans ces falaises où se cachent les momies se révéleraient sûrement encore plus basses. Alors que nous arrivions à Urpayaco, notre gîte pour la nuit, je me dis que finalement les familles des disparus allaient placer les corps des défunts dans les falaises pour que ceux-ci puissent jouir pour l'​éternité du paysage magnifique de cette vallée du Marañón. Nous embarquâmes à nouveau. Il était plus de midi et seul le contact de nos pieds nus avec l'eau de la rivière nous aidait à oublier un peu la chaleur qui commençait à se faire suffocante. Je ne pus m'​empêcher de penser à nouveau aux antiques habitants de ces contrées désertiques,​ tandis que recommençaient à défiler autour de nous les falaises et les rives les plus escarpées. Nous scrutions aux jumelles la plus petite grotte, dans l'​espoir d'​apercevoir des momies et je me demandais pourquoi les "​gentiles"​ étaient venus s'​installer dans ces milieux inhospitaliers. Peut-être que finalement cette région n'​était inhospitalière que pour nous qui ignorions tout de la façon d'en tirer partie. Je me demandais aussi ce qui pouvait bien pousser ces gens à aller cacher leurs morts dans ces falaises surplombant le fleuve. On peut comprendre qu'on cherche à dissimuler des momies ornées de bijoux, pour éviter les pilleurs de tombes, mais pourquoi celles qui en sont dépourvues. On peut aussi se demander comment ces momies se sont conservées jusqu'​à nos jours. J'ai effectué quelques mesures du taux d'​humidité pendant le voyage et les valeurs tournent autour de quarante pour-cent. Dans ces conditions, les corps se décomposent difficilement. Et des valeurs prises dans ces falaises où se cachent les momies se révéleraient sûrement encore plus basses. Alors que nous arrivions à Urpayaco, notre gîte pour la nuit, je me dis que finalement les familles des disparus allaient placer les corps des défunts dans les falaises pour que ceux-ci puissent jouir pour l'​éternité du paysage magnifique de cette vallée du Marañón.
Ligne 157: Ligne 157:
 Je fus réveillé par un coup de fusil, alors que le jour s'​était levé depuis quelques minutes déjà. D'​après le bruit de canon de la détonation,​ il s'​agissait sans doute du "​tromblon-à-ours"​ de Johny. Alors que le groupe des restants entreprenait de peler un seau de yuca pour le déjeuner, tout le monde discuta de nos chances de manger un bout de viande ce jour-là. Nous avions terminé notre soupe, quand les chasseurs revinrent, bredouilles. Le coup de feu avait laissé la vie sauve à une "​énoooorme"​ perdrix et personne n'​avait vu de chevreuil, pas même le Barbon. Je fus réveillé par un coup de fusil, alors que le jour s'​était levé depuis quelques minutes déjà. D'​après le bruit de canon de la détonation,​ il s'​agissait sans doute du "​tromblon-à-ours"​ de Johny. Alors que le groupe des restants entreprenait de peler un seau de yuca pour le déjeuner, tout le monde discuta de nos chances de manger un bout de viande ce jour-là. Nous avions terminé notre soupe, quand les chasseurs revinrent, bredouilles. Le coup de feu avait laissé la vie sauve à une "​énoooorme"​ perdrix et personne n'​avait vu de chevreuil, pas même le Barbon.
  
-[[/​images/​article017-11.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-11r.jpg }}]]Pendant que nos Nemrods prenaient leurs petits déjeuners, nous entreprîmes de gravir une petite butte qui surplombait le Río, à l'​entrée d'​Urpayaco. Le Barbon nous assurait qu'il y avait là des traces de "​gentiles"​. Après avoir traversé quelques rizières, nous avons entrepris notre petite ascension et effectivement,​ arrivant sur la butte, nous pûmes observer quelques restes de construction en pierre qui attestaient d'une présence ancienne. Il ne restait pratiquement plus rien et pour ma part je fus surtout intéressé par un de ces Opuntia déjà observés à Tingo. J'en trouvais plusieurs exemplaires dont un arborant de magnifiques fleurs oranges (voir photo n°11). Il s'agit paraît-il de Opuntia macbridei, espèce qui présenterait deux variétés: une, plutôt rampante avec de longues épines et celle que je venais de découvrir, dressée, mais sans aiguillons. Tout près, on trouvait encore de nombreux Melocactus, dont je pus déguster les fruits, légèrement acides.+[[/​images/​article017-11.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-11r.jpg }}]]Pendant que nos Nemrods prenaient leurs petits déjeuners, nous entreprîmes de gravir une petite butte qui surplombait le Río, à l'​entrée d'​Urpayaco. Le Barbon nous assurait qu'il y avait là des traces de "​gentiles"​. Après avoir traversé quelques rizières, nous avons entrepris notre petite ascension et effectivement,​ arrivant sur la butte, nous pûmes observer quelques restes de construction en pierre qui attestaient d'une présence ancienne. Il ne restait pratiquement plus rien et pour ma part je fus surtout intéressé par un de ces Opuntia déjà observés à Tingo. J'en trouvais plusieurs exemplaires dont un arborant de magnifiques fleurs oranges (voir photo n°11). Il s'agit paraît-il de Opuntia macbridei, espèce qui présenterait deux variétés: une, plutôt rampante avec de longues épines et celle que je venais de découvrir, dressée, mais sans aiguillons. Tout près, on trouvait encore de nombreux Melocactus, dont je pus déguster les fruits, légèrement acides.
  
 Après avoir dîné, tout le groupe se montra intéressé pour visiter le chantier du canal et le Barbon ne se fit pas prier pour nous y emmener. A deux heures de l'​après-midi,​ sous un soleil de plomb qui nous fit nous demander si la folie du Barbon n'​était pas contagieuse,​ nous entreprenions l'​ascension. Après une petite demi-heure de grimpée, suant les "​gouttes de la mort", nous avons atteint le fameux replat et effectivement la surface en était considérable. De là, on découvrait au loin les méandres du Marañón et sur l'​autre rive, quelques terres cultivées tout en haut de la montagne. Ayant traversé le replat où j'​observai encore de nombreux Melocactus, nous sommes arrivés sur un terrain à peine plus haut, où le Barbon nous signala les traces du canal inca. Il ne restait que quelques alignements de pierres qui pouvaient laisser croire à l'​existence d'un antique canal. A côté, le Barbon nous montra d'​autres alignements qui selon lui correspondaient aux restes d'un réservoir, ce qui me laissa franchement sceptique. Après avoir dîné, tout le groupe se montra intéressé pour visiter le chantier du canal et le Barbon ne se fit pas prier pour nous y emmener. A deux heures de l'​après-midi,​ sous un soleil de plomb qui nous fit nous demander si la folie du Barbon n'​était pas contagieuse,​ nous entreprenions l'​ascension. Après une petite demi-heure de grimpée, suant les "​gouttes de la mort", nous avons atteint le fameux replat et effectivement la surface en était considérable. De là, on découvrait au loin les méandres du Marañón et sur l'​autre rive, quelques terres cultivées tout en haut de la montagne. Ayant traversé le replat où j'​observai encore de nombreux Melocactus, nous sommes arrivés sur un terrain à peine plus haut, où le Barbon nous signala les traces du canal inca. Il ne restait que quelques alignements de pierres qui pouvaient laisser croire à l'​existence d'un antique canal. A côté, le Barbon nous montra d'​autres alignements qui selon lui correspondaient aux restes d'un réservoir, ce qui me laissa franchement sceptique.
Ligne 171: Ligne 171:
 Un petit arbuste au bord du sentier me tira de ma rêverie : à peine un mètre du haut, avec des rameaux plutôt fins, couverts d'​épines blanchâtres,​ sans feuilles : sans aucun doute le cousin de ce Pereskia observé le premier jour, près du manguier du "​Platanillo"​. Mais cette fois, je pus observer de nombreux boutons floraux et enfin, cachée dans l'​entrelacs d'​aiguillons,​ une modeste fleur de couleur crème qui me permit plus tard d'​identifier cette plante comme Pereskia humboldtii v. rauhii. (appelé aussi Pereskia horidus). Je découvris aussi quelques fruits, des baies noires qui ressemblaient à des myrtilles, contenant de trois à quatre petites graines chacune. La nuit qui achevait de tomber ne me permit malheureusement pas de prendre une photo valable. Je rentrai au camp, en passant près de deux modestes maisons d'​adobe qui servaient d'abri au Barbon et à ses gens : elles étaient si petites que notre hôte avait dû en vitesse bricoler notre toit au milieu des rizières, pour abriter notre groupe de huit voyageurs. Un petit arbuste au bord du sentier me tira de ma rêverie : à peine un mètre du haut, avec des rameaux plutôt fins, couverts d'​épines blanchâtres,​ sans feuilles : sans aucun doute le cousin de ce Pereskia observé le premier jour, près du manguier du "​Platanillo"​. Mais cette fois, je pus observer de nombreux boutons floraux et enfin, cachée dans l'​entrelacs d'​aiguillons,​ une modeste fleur de couleur crème qui me permit plus tard d'​identifier cette plante comme Pereskia humboldtii v. rauhii. (appelé aussi Pereskia horidus). Je découvris aussi quelques fruits, des baies noires qui ressemblaient à des myrtilles, contenant de trois à quatre petites graines chacune. La nuit qui achevait de tomber ne me permit malheureusement pas de prendre une photo valable. Je rentrai au camp, en passant près de deux modestes maisons d'​adobe qui servaient d'abri au Barbon et à ses gens : elles étaient si petites que notre hôte avait dû en vitesse bricoler notre toit au milieu des rizières, pour abriter notre groupe de huit voyageurs.
  
-[[/​images/​article017-06.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-06r.jpg}}]]Nous mangeâmes de bon appétit notre soupe accompagnée de yuca et je dois dire que je n'​éprouvais aucune lassitude à consommer toujours le même menu : la yuca sur les bords du Marañón à une saveur exquise, qu'on ne retrouve pas à San Marcos. C'est selon le témoignage de mes compagnons aussi le cas de la coca et tout le groupe décida d'​aller "​s'​armer"​ sur le bord du Río, en pêchant sous la lune. Nous avons laissé notre cahute et entrepris le délicat franchissement des dunes de sable, infesté de cette "​Abre-ojo",​ une graminée qui décidément porte bien son nom. Couchés sur le sable encore chaud de la plage, nous avons mouillé nos lignes, appâtées avec les tripes d'une tourterelle abattue dans la matinée. La lune était presque ronde et éclairait les hautes falaises bordant la rivière. Tout en haut dans la montagne qui nous faisait face, nous voyions de petites lumières qui bougeaient là où nous avions distingué quelques champs pendant la journée (voir photo n°06). Le Barbon nous expliqua que c'​était des paysans qui moissonnaient de nuit, car la chaleur était trop forte le jour. Ce n'est que vers minuit que nous allâmes rejoindre nos sacs de couchage.+[[/​images/​article017-06.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-06r.jpg}}]]Nous mangeâmes de bon appétit notre soupe accompagnée de yuca et je dois dire que je n'​éprouvais aucune lassitude à consommer toujours le même menu : la yuca sur les bords du Marañón à une saveur exquise, qu'on ne retrouve pas à San Marcos. C'est selon le témoignage de mes compagnons aussi le cas de la coca et tout le groupe décida d'​aller "​s'​armer"​ sur le bord du Río, en pêchant sous la lune. Nous avons laissé notre cahute et entrepris le délicat franchissement des dunes de sable, infesté de cette "​Abre-ojo",​ une graminée qui décidément porte bien son nom. Couchés sur le sable encore chaud de la plage, nous avons mouillé nos lignes, appâtées avec les tripes d'une tourterelle abattue dans la matinée. La lune était presque ronde et éclairait les hautes falaises bordant la rivière. Tout en haut dans la montagne qui nous faisait face, nous voyions de petites lumières qui bougeaient là où nous avions distingué quelques champs pendant la journée (voir photo n°06). Le Barbon nous expliqua que c'​était des paysans qui moissonnaient de nuit, car la chaleur était trop forte le jour. Ce n'est que vers minuit que nous allâmes rejoindre nos sacs de couchage.
  
 ===== Urpayaco mercredi 16 ===== ===== Urpayaco mercredi 16 =====
Ligne 179: Ligne 179:
 On se rendit compte après quelques minutes de navigation que la petite embarcation s'​enfonçait dangereusement dans l'eau et on décida de l'​amarrer à la plus grande pour répartir un peu plus équitablement la charge. Les deux balseros reprirent leur poste et nous avons continué la descente. Pour manoeuvrer ces balsas, les balseros s'​agenouillent sur la poutre transversale,​ à la proue, mais comme cette position ne leur permet pas de faire des efforts importants, ils fixent cinquante centimètres derrière eux, une autre poutre parallèle à la première, qu'ils appellent "le frein"​. Les genoux sur la première poutre, les pieds coincés sous la deuxième, ils peuvent cette fois ramer à toute vapeur ! On se rendit compte après quelques minutes de navigation que la petite embarcation s'​enfonçait dangereusement dans l'eau et on décida de l'​amarrer à la plus grande pour répartir un peu plus équitablement la charge. Les deux balseros reprirent leur poste et nous avons continué la descente. Pour manoeuvrer ces balsas, les balseros s'​agenouillent sur la poutre transversale,​ à la proue, mais comme cette position ne leur permet pas de faire des efforts importants, ils fixent cinquante centimètres derrière eux, une autre poutre parallèle à la première, qu'ils appellent "le frein"​. Les genoux sur la première poutre, les pieds coincés sous la deuxième, ils peuvent cette fois ramer à toute vapeur !
  
-[[/​images/​article017-08.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-08r.jpg }}]]Depuis Urpayaco, la vallée s'​ouvre un peu sur des garrigues sauvages où on n'​apercevait aucune trace humaine. Je cherchais à nouveau des yeux des momies et tandis que je scrutais une montagne de couleur ocre-rouge, qui descendait en à-pic jusqu'​à la rivière, Don Telmo m'​apprit qu'​elle s'​appelait le "cerro colorado"​ et qu'ici commençaient les terres de Don Rodolfo, le propriétaire de Montevideo. Ce cerro colorado devait sa couleur rouge (et donc son nom) à des gisements de minéraux qui n'​étaient pas exploités faute de route. Le cours du Marañón s'​élargissait un peu et le courant devenait moins fort. Nous dérivions plus lentement et ce n'est que vers midi que nous accostâmes sur la plage de Montevideo (voir photo n°08), qui par endroit est large de plus de deux cents mètres. Nous déchargeâmes tout le matériel et entreprîmes de rejoindre la maison de Don Rodolfo, située à quelque distance, près d'un torrent descendant des hauts plateaux de Jose Sabogal, pour rejoindre le Marañón. Il n'y avait même pas un kilomètre de distance, mais un soleil de plomb et un vent régulier qui soulevait des nuages de poussières firent que le trajet me parut interminable. Montevideo ne consiste en fait qu'en quelques maisons appartenant toutes à ce Don Rodolfo et à sa famille. Tandis que nous approchions de la maison de notre hôte, Don Telmo m'​expliqua que lors de sa dernière visite à Montevideo, toute cette étendue de sable que nous venions de traverser était constituée de rizières fertiles et de champs de yucas. Les crues du Marañón avaient lessivé ici plus de dix hectares de terrains cultivables et abaissé le niveau du sol de près de deux mètres, ne laissant qu'un sable fin...+[[/​images/​article017-08.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-08r.jpg }}]]Depuis Urpayaco, la vallée s'​ouvre un peu sur des garrigues sauvages où on n'​apercevait aucune trace humaine. Je cherchais à nouveau des yeux des momies et tandis que je scrutais une montagne de couleur ocre-rouge, qui descendait en à-pic jusqu'​à la rivière, Don Telmo m'​apprit qu'​elle s'​appelait le "cerro colorado"​ et qu'ici commençaient les terres de Don Rodolfo, le propriétaire de Montevideo. Ce cerro colorado devait sa couleur rouge (et donc son nom) à des gisements de minéraux qui n'​étaient pas exploités faute de route. Le cours du Marañón s'​élargissait un peu et le courant devenait moins fort. Nous dérivions plus lentement et ce n'est que vers midi que nous accostâmes sur la plage de Montevideo (voir photo n°08), qui par endroit est large de plus de deux cents mètres. Nous déchargeâmes tout le matériel et entreprîmes de rejoindre la maison de Don Rodolfo, située à quelque distance, près d'un torrent descendant des hauts plateaux de Jose Sabogal, pour rejoindre le Marañón. Il n'y avait même pas un kilomètre de distance, mais un soleil de plomb et un vent régulier qui soulevait des nuages de poussières firent que le trajet me parut interminable. Montevideo ne consiste en fait qu'en quelques maisons appartenant toutes à ce Don Rodolfo et à sa famille. Tandis que nous approchions de la maison de notre hôte, Don Telmo m'​expliqua que lors de sa dernière visite à Montevideo, toute cette étendue de sable que nous venions de traverser était constituée de rizières fertiles et de champs de yucas. Les crues du Marañón avaient lessivé ici plus de dix hectares de terrains cultivables et abaissé le niveau du sol de près de deux mètres, ne laissant qu'un sable fin...
  
 Don Rodolfo nous attendait, sur la terrasse de sa maison et quand il nous vit, il envoya rapidement un gamin chercher un seau de mangues. Notre hôte devait avoir une soixantaine d'​années et de son visage allongé, presque pointu, émanait une sorte de sérénité qui me frappa immédiatement. Don Rodolfo nous attendait, sur la terrasse de sa maison et quand il nous vit, il envoya rapidement un gamin chercher un seau de mangues. Notre hôte devait avoir une soixantaine d'​années et de son visage allongé, presque pointu, émanait une sorte de sérénité qui me frappa immédiatement.
Ligne 213: Ligne 213:
 ===== Montevideo, jeudi 17 ===== ===== Montevideo, jeudi 17 =====
  
-[[/​images/​article017-01.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-01r.jpg}}]]Le lendemain, nous avions décidé d'​entreprendre le retour à San Marcos et d'​affronter la fameuse "​montée du Huallango"​ dont tout le monde parlait avec appréhension ! Pour éviter de marcher en plein soleil, nous ne prévoyions le départ qu'à quatre heures de l'​après-midi de sorte que nous disposions de notre matinée pour aller visiter la partie supérieure du torrent où nous pourrions nous baigner dans les cascades (voir photo n°01). Nous partîmes avec la moitié du groupe, tandis que l'​autre restait à chasser les tourterelles près des maisons. Nous avons suivi un sentier sur le flanc droit du torrent, qui montait doucement dans une garrigue très ouverte, où ne poussaient que quelques Armatocereus,​ des Melocactus, des buissons de "​cholos"​ et de "​chinas"​. Cette "​china"​ (Cnidoscolus sp.) ressemble un peu au "​cholo"​ et appartient à la même famille. Par contre, cette dernière a des fleurs blanches, monoïques et surtout, de nombreuses épines, très fines, qui se cassent comme du verre et occasionnent paraît-il des infections quand elles se plantent dans la peau.+[[/​images/​article017-01.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-01r.jpg}}]]Le lendemain, nous avions décidé d'​entreprendre le retour à San Marcos et d'​affronter la fameuse "​montée du Huallango"​ dont tout le monde parlait avec appréhension ! Pour éviter de marcher en plein soleil, nous ne prévoyions le départ qu'à quatre heures de l'​après-midi de sorte que nous disposions de notre matinée pour aller visiter la partie supérieure du torrent où nous pourrions nous baigner dans les cascades (voir photo n°01). Nous partîmes avec la moitié du groupe, tandis que l'​autre restait à chasser les tourterelles près des maisons. Nous avons suivi un sentier sur le flanc droit du torrent, qui montait doucement dans une garrigue très ouverte, où ne poussaient que quelques Armatocereus,​ des Melocactus, des buissons de "​cholos"​ et de "​chinas"​. Cette "​china"​ (Cnidoscolus sp.) ressemble un peu au "​cholo"​ et appartient à la même famille. Par contre, cette dernière a des fleurs blanches, monoïques et surtout, de nombreuses épines, très fines, qui se cassent comme du verre et occasionnent paraît-il des infections quand elles se plantent dans la peau.
  
 Plus haut, le sentier longeait les restes d'un canal Inca accroché aux parois d'une falaise. Ce canal est encore bien conservé et il ne faudrait pas beaucoup de travail pour qu'à nouveau il puisse remplir son office. Le sentier se perdait aux abords du torrent et tandis que mes compagnons décidaient de se baigner là, je continuai seul à grimper en direction des cascades. Le fond de la vallée est obstrué par d'​immenses rochers, gros comme des maisons, sous lesquels se faufile le torrent. Pour avancer, je devais parfois escalader ces rochers ou les contourner. A un moment, je pus me faufiler sous l'un d'eux et arrivai vers une petite crique où je me baignai. L'eau n'​était pas aussi froide qu'on aurait pu le penser et après m'​être séché au soleil, j'​entrepris d'​escalader l'​autre rive. Le long d'une falaise sous laquelle s'​ouvrait une petite grotte, il y avait un petit éboulis de pierres et de poussière blanche sur lequel je commençai mon ascension. J'en étais à la moitié quand une partie commença à céder, dans un nuage de poussière. Une forte nausée me prit et je sentis que l'air me manquait. Une sueur froide me coula dans le dos et je ne sais pas trop comment j'​atteignis le haut du talus. Je restai un moment à tousser, tâchant de reprendre ma respiration et contemplai plus bas cet éboulis où quelques petits cailloux terminaient de glisser vers l'eau du torrent. Probablement que cette poussière blanche avait des propriétés toxiques particulières. Plus haut, le sentier longeait les restes d'un canal Inca accroché aux parois d'une falaise. Ce canal est encore bien conservé et il ne faudrait pas beaucoup de travail pour qu'à nouveau il puisse remplir son office. Le sentier se perdait aux abords du torrent et tandis que mes compagnons décidaient de se baigner là, je continuai seul à grimper en direction des cascades. Le fond de la vallée est obstrué par d'​immenses rochers, gros comme des maisons, sous lesquels se faufile le torrent. Pour avancer, je devais parfois escalader ces rochers ou les contourner. A un moment, je pus me faufiler sous l'un d'eux et arrivai vers une petite crique où je me baignai. L'eau n'​était pas aussi froide qu'on aurait pu le penser et après m'​être séché au soleil, j'​entrepris d'​escalader l'​autre rive. Le long d'une falaise sous laquelle s'​ouvrait une petite grotte, il y avait un petit éboulis de pierres et de poussière blanche sur lequel je commençai mon ascension. J'en étais à la moitié quand une partie commença à céder, dans un nuage de poussière. Une forte nausée me prit et je sentis que l'air me manquait. Une sueur froide me coula dans le dos et je ne sais pas trop comment j'​atteignis le haut du talus. Je restai un moment à tousser, tâchant de reprendre ma respiration et contemplai plus bas cet éboulis où quelques petits cailloux terminaient de glisser vers l'eau du torrent. Probablement que cette poussière blanche avait des propriétés toxiques particulières.
Ligne 234: Ligne 234:
  
 Il y avait un bon moment déjà que mon t-shirt était trempé et nous n'​étions même pas à la moitié du trajet. J'​apercevais bien la crête de la montagne mais n'​arrivais pas à distinguer où aboutissait notre sentier. Je ne cherchais même pas à demander à notre guide combien de temps il nous restait à marcher jusqu'​au sommet, sachant que pour les paysans du coin c'est toujours tout près ("​aquacito no mas !" comme on dit ici). Don Telmo tenait son petit baladeur à la main et nous avancions régulièrement,​ au rythme d'un Huayno endiablé: "​Corazón de Piedra"​. Le soleil avait heureusement déjà bien baissé et je ne pouvais même pas imaginer en quel état nous serions si nous avions commencé à monter à la mi-journée. Un aigle gris et blanc passa dans le ciel et j'​enviai l'​oiseau pour qui la dimension verticale n'a pas ce goût d'​effort qui la caractérise pour nous. Il y avait un bon moment déjà que mon t-shirt était trempé et nous n'​étions même pas à la moitié du trajet. J'​apercevais bien la crête de la montagne mais n'​arrivais pas à distinguer où aboutissait notre sentier. Je ne cherchais même pas à demander à notre guide combien de temps il nous restait à marcher jusqu'​au sommet, sachant que pour les paysans du coin c'est toujours tout près ("​aquacito no mas !" comme on dit ici). Don Telmo tenait son petit baladeur à la main et nous avancions régulièrement,​ au rythme d'un Huayno endiablé: "​Corazón de Piedra"​. Le soleil avait heureusement déjà bien baissé et je ne pouvais même pas imaginer en quel état nous serions si nous avions commencé à monter à la mi-journée. Un aigle gris et blanc passa dans le ciel et j'​enviai l'​oiseau pour qui la dimension verticale n'a pas ce goût d'​effort qui la caractérise pour nous.
-[[/​images/​article017-19.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-19r.jpg }}]]J'​aurais échangé cent fois mes deux kilomètres de dénivelés contre dix de plat ! La fatigue commençait à se faire sentir et je n'​accordais plus qu'une attention distraite aux Peperomias (voir photo n°19) et Tillandsias qui bordaient le sentier. Notre colonne de voyageurs s'​était étirée : je marchais au centre tandis que notre guide fermait la marche avec l'​âne,​ cent mètres plus bas. La nuit nous surprit vers six heures et demi, alors que nous ne voyions toujours pas la sortie du sentier. Nous marchions à présent dans le noir, car la lune n'​était pas encore levée. On n'​entendait que le bruit des cailloux sous nos pas et, plus bas, le baladeur de Don Telmo qui reprenait pour la dixième fois "​Corazón de Piedra"​. J'​avais sorti ma lampe de poche et de temps en temps, j'​essayais de percer la nuit pour estimer la distance qui nous séparait du sommet de la montagne. Ce n'est qu'à sept heures et demi que j'​arrivais enfin à distinguer quelques Tillandsia, sur une paroi de rocher, à ma gauche : nous approchions du sommet mais j'​appréhendais encore que le sentier ne fasse de savants détours pour rejoindre l'​arête. Mais au contraire, d'un coup, nous atteignîmes un petit replat que la falaise m'​avait caché et au milieu duquel poussait un petit arbre au tronc robuste : le Huallango qui donne son nom au sentier. C'est là que nous avions décidé de faire étape, campant pour la première fois du voyage. Nous avons allumé un petit feu, plus pour s'​éclairer que pour se chauffer et entamé nos assiettes de riz, préparées par la fille de Don Rodolfo. Sans se reposer, notre guide déchargea l'âne et après avoir changé sa chique de coca, reprit le chemin du retour en donnant un bon coup de pied à l'​animal qui ne voyait pas les choses de cette manière. Avec Don Telmo, nous avons calculé qu'il arriverait probablement à Montevideo sur le coup de minuit... Le repas avalé, chacun chercha un petit coin plat pour étendre son sac de couchage et tenter de trouver le sommeil, tandis qu'un petit vent froid se levait, pour nous rappeler que cette fois nous avions bien laissé derrière nous les rives du Marañón.+[[/​images/​article017-19.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-19r.jpg }}]]J'​aurais échangé cent fois mes deux kilomètres de dénivelés contre dix de plat ! La fatigue commençait à se faire sentir et je n'​accordais plus qu'une attention distraite aux Peperomias (voir photo n°19) et Tillandsias qui bordaient le sentier. Notre colonne de voyageurs s'​était étirée : je marchais au centre tandis que notre guide fermait la marche avec l'​âne,​ cent mètres plus bas. La nuit nous surprit vers six heures et demi, alors que nous ne voyions toujours pas la sortie du sentier. Nous marchions à présent dans le noir, car la lune n'​était pas encore levée. On n'​entendait que le bruit des cailloux sous nos pas et, plus bas, le baladeur de Don Telmo qui reprenait pour la dixième fois "​Corazón de Piedra"​. J'​avais sorti ma lampe de poche et de temps en temps, j'​essayais de percer la nuit pour estimer la distance qui nous séparait du sommet de la montagne. Ce n'est qu'à sept heures et demi que j'​arrivais enfin à distinguer quelques Tillandsia, sur une paroi de rocher, à ma gauche : nous approchions du sommet mais j'​appréhendais encore que le sentier ne fasse de savants détours pour rejoindre l'​arête. Mais au contraire, d'un coup, nous atteignîmes un petit replat que la falaise m'​avait caché et au milieu duquel poussait un petit arbre au tronc robuste : le Huallango qui donne son nom au sentier. C'est là que nous avions décidé de faire étape, campant pour la première fois du voyage. Nous avons allumé un petit feu, plus pour s'​éclairer que pour se chauffer et entamé nos assiettes de riz, préparées par la fille de Don Rodolfo. Sans se reposer, notre guide déchargea l'âne et après avoir changé sa chique de coca, reprit le chemin du retour en donnant un bon coup de pied à l'​animal qui ne voyait pas les choses de cette manière. Avec Don Telmo, nous avons calculé qu'il arriverait probablement à Montevideo sur le coup de minuit... Le repas avalé, chacun chercha un petit coin plat pour étendre son sac de couchage et tenter de trouver le sommeil, tandis qu'un petit vent froid se levait, pour nous rappeler que cette fois nous avions bien laissé derrière nous les rives du Marañón.
  
 ===== El Huallango, vendredi 18 ===== ===== El Huallango, vendredi 18 =====
Ligne 243: Ligne 243:
  
 Ce fut Johny qui m'​indiqua le premier une petite boule d'​épines,​ coincée entre deux rochers. Un Matucana, sans aucun doute et mon coeur se mit à battre plus fort. Cette région de la province de San Marcos abriterait une espèce quasi mythique : Matucana huagalensis,​ décrite voilà plus de trente ans. Mythique, car depuis sa découverte plus aucun exemplaire n'a été retrouvé. Nous cherchâmes un moment d'​autres plantes, mais en vain : il n'y avait que cette petite pelote à épingle pour attiser ma curiosité, mais sans toutefois me permettre de l'​éteindre. Au sommet de la plante, un petit bourgeon naissait, de couleur rose. La caractéristique de Matucana huagalensis réside dans sa fleur, blanche à rose-pâle. J'​étais encore en train de chercher une plante en fleur quand je me rendis compte que le reste du groupe était déjà loin devant. J'​abandonnai mes recherches et me lançai à la poursuite de mes compagnons que je rejoignis près d'une petite source où ils commençaient à déballer les provisions pour le petit déjeuner. En fait de petit déjeuner, nous nous contentâmes d'​ouvrir nos dernières boites de sardines et de les accompagner avec quelques "​cachangas"​ (des sortes de galettes de pain sans levain, cuites dans une poêle de terre cuite) et de la farine de pois (qui est ici grillée avant d'​être moulue). Pour faire passer tout ça, nous buvions de grandes lampées de l'eau de la source. Comme nous avions très faim, nous décidâmes à l'​unanimité que c'​était le meilleur repas de notre vie et reprîmes notre route. Nous marchions depuis cinq minutes quand nous avons croisé une paysanne d'une cinquantaine d'​années qui menait paître une dizaine de moutons blancs. Je l'​arrêtai et tentai de lui faire une description précise de mon Matucana de légende en lui demandant si elle en avait déjà vu. Elle acquiesça et commença des explications compliquées,​ en faisant avec sa canne de grands moulinets dans la direction où achevaient de disparaître mes compagnons. Je lui fis répéter à nouveau, demandant des compléments d'​informations et m'​éloignai enfin, après l'​avoir profondément remerciée. Je repris ma marche en répétant dans ma tête : deuxième arête, un mur de pierre, un champ de maïs à " mano izquierda"​... Je ne trouvais pas l'​arête rocheuse, ni le mur de pierres, par contre, plus de cent mètres en dessus du sentier, j'​aperçut un champ de maïs, récemment fauché. Je montais rapidement le long du champ et parmi des bancs de rochers, un peu à droite, je découvris un premier Matucana. Cette fois un splendide bouquet de fleurs d'un rose vif, presque fuchsia ornait le sommet de la plante. Je découvris encore de nombreuses plantes avec des fleurs d'un rose plus ou moins vif, mais aucune qu'on puisse qualifier de rose "​pâle"​. Ce fut Johny qui m'​indiqua le premier une petite boule d'​épines,​ coincée entre deux rochers. Un Matucana, sans aucun doute et mon coeur se mit à battre plus fort. Cette région de la province de San Marcos abriterait une espèce quasi mythique : Matucana huagalensis,​ décrite voilà plus de trente ans. Mythique, car depuis sa découverte plus aucun exemplaire n'a été retrouvé. Nous cherchâmes un moment d'​autres plantes, mais en vain : il n'y avait que cette petite pelote à épingle pour attiser ma curiosité, mais sans toutefois me permettre de l'​éteindre. Au sommet de la plante, un petit bourgeon naissait, de couleur rose. La caractéristique de Matucana huagalensis réside dans sa fleur, blanche à rose-pâle. J'​étais encore en train de chercher une plante en fleur quand je me rendis compte que le reste du groupe était déjà loin devant. J'​abandonnai mes recherches et me lançai à la poursuite de mes compagnons que je rejoignis près d'une petite source où ils commençaient à déballer les provisions pour le petit déjeuner. En fait de petit déjeuner, nous nous contentâmes d'​ouvrir nos dernières boites de sardines et de les accompagner avec quelques "​cachangas"​ (des sortes de galettes de pain sans levain, cuites dans une poêle de terre cuite) et de la farine de pois (qui est ici grillée avant d'​être moulue). Pour faire passer tout ça, nous buvions de grandes lampées de l'eau de la source. Comme nous avions très faim, nous décidâmes à l'​unanimité que c'​était le meilleur repas de notre vie et reprîmes notre route. Nous marchions depuis cinq minutes quand nous avons croisé une paysanne d'une cinquantaine d'​années qui menait paître une dizaine de moutons blancs. Je l'​arrêtai et tentai de lui faire une description précise de mon Matucana de légende en lui demandant si elle en avait déjà vu. Elle acquiesça et commença des explications compliquées,​ en faisant avec sa canne de grands moulinets dans la direction où achevaient de disparaître mes compagnons. Je lui fis répéter à nouveau, demandant des compléments d'​informations et m'​éloignai enfin, après l'​avoir profondément remerciée. Je repris ma marche en répétant dans ma tête : deuxième arête, un mur de pierre, un champ de maïs à " mano izquierda"​... Je ne trouvais pas l'​arête rocheuse, ni le mur de pierres, par contre, plus de cent mètres en dessus du sentier, j'​aperçut un champ de maïs, récemment fauché. Je montais rapidement le long du champ et parmi des bancs de rochers, un peu à droite, je découvris un premier Matucana. Cette fois un splendide bouquet de fleurs d'un rose vif, presque fuchsia ornait le sommet de la plante. Je découvris encore de nombreuses plantes avec des fleurs d'un rose plus ou moins vif, mais aucune qu'on puisse qualifier de rose "​pâle"​.
-[[/​images/​article017-03.jpg|{{ ​http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-03r.jpg}}]]Je contrôlai encore le nombre de côtes de quelques plantes, (de trente à trente-cinq) et dus me faire une raison : toutes ces plantes appartenaient à l'​espèce Matucana myriacantha (voir photo n°03). Espèce dont je découvrais les fleurs pour la première fois mais qui est mentionnée en de nombreux endroits le long du bassin du Marañón. Je restai un moment à prendre des photos de ces plantes magnifiques et ce n'est qu'à regret que je m'​arrachai à ma contemplation. Il y avait longtemps que le reste du groupe avait disparu à l'​horizon.+[[/​images/​article017-03.jpg|{{ ​https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-03r.jpg}}]]Je contrôlai encore le nombre de côtes de quelques plantes, (de trente à trente-cinq) et dus me faire une raison : toutes ces plantes appartenaient à l'​espèce Matucana myriacantha (voir photo n°03). Espèce dont je découvrais les fleurs pour la première fois mais qui est mentionnée en de nombreux endroits le long du bassin du Marañón. Je restai un moment à prendre des photos de ces plantes magnifiques et ce n'est qu'à regret que je m'​arrachai à ma contemplation. Il y avait longtemps que le reste du groupe avait disparu à l'​horizon.
  
 J'ai rejoint le sentier qui longeait d'​antiques terrasses en ruine. Si en de nombreux endroits les défrichements sont à l'​origine de la disparition d'​espèces de cactus, il s'est produit ici un phénomène inverse et l'​érosion et l'​abandon de la culture de ces terrasses a dû favoriser la colonisation du secteur par Matucana myriacantha. Je traversai cette fois des champs cultivés et rencontrai une première maison. Petit à petit, le nombre d'​habitations augmenta et j'​approchai enfin de quelques constructions plus importantes,​ une école, une chapelle qui bordait une arène entourée de murs de terre cuite et une petite église. J'ai rejoint le sentier qui longeait d'​antiques terrasses en ruine. Si en de nombreux endroits les défrichements sont à l'​origine de la disparition d'​espèces de cactus, il s'est produit ici un phénomène inverse et l'​érosion et l'​abandon de la culture de ces terrasses a dû favoriser la colonisation du secteur par Matucana myriacantha. Je traversai cette fois des champs cultivés et rencontrai une première maison. Petit à petit, le nombre d'​habitations augmenta et j'​approchai enfin de quelques constructions plus importantes,​ une école, une chapelle qui bordait une arène entourée de murs de terre cuite et une petite église.
  
-[[/​images/​article017-09.jpg|{{http://​www.cactuspro.com/​images/​article017-09r.jpg }}]]Mes compagnons m'​attendaient en discutant avec un des professeurs. Henry m'​expliqua que nous étions à la Pauca, un hameau réputé dans le passé pour ses taureaux de combat. Toutes les terres que je voyais autour de moi avaient appartenu à un haciendero célèbre : Rafaël Puga, plus connu sous le nom de Don Rafa. J'ai déjà plusieurs fois entendu parler de ce Don Rafa qui passait pour appartenir à cette catégorie plutôt rare dans le passé des "​hacienderos éclairés"​. C'​était un libéral progressiste,​ député à Lima (comme son père et son grand-père),​ qui prenait très à coeur la conduite de ses immenses domaines. Il dirigeait d'une main de fer ses milliers de paysans mais veillait à ce qu'ils aient un minimum d'​éducation,​ faisait construire des écoles, nommait des professeurs et prenait garde à ce que les routes soient entretenues. Je serais bien en peine de donner les dimensions exactes de son hacienda (voir photo n°09), mais d'​après les explications de mes compagnons, elle devait mesurer plus de vingt kilomètres sur trente. On dit qu'il possédait des milliers de taureaux. Don Beto m'​assura que le chiffre exact devait dépasser les cinq milles têtes de bétail, sans compter les vaches et les veaux ! Don Rafa possédait des résidences privées en plusieurs endroits de son hacienda comme à Huagal ou Tincayoc et avait fait construire cette petite chapelle de la Pauca que j'​observai avec curiosité. Ce n'​était pas vraiment le style extrêmement simple de la construction qui me frappait, sinon le fait qu'​elle donnait directement sur l'​arène destinée aux corridas. Il est vrai que souvent ici, les corridas sont organisées à l'​occasion des fêtes religieuses. La réforme agraire mit fin à ce régime des haciendas, avec des fortunes diverses. Certains hacienderos réussirent à maintenir jusqu'​à nos jours des privilèges particuliers,​ mais pour la plupart, comme Don Rafaël, cela signifia la fin d'une époque. Ce dernier réussit à sauvegarder ses entreprises et possessions de Lima mais dut se résoudre à se séparer de ses terres de San Marcos. Il est mort il y a plusieurs années, tandis que ses fils durent s'​habituer,​ après avoir partagé l'​héritage,​ à vivre un peu plus simplement...+[[/​images/​article017-09.jpg|{{https://​www.cactuspro.com/​images/​article017-09r.jpg }}]]Mes compagnons m'​attendaient en discutant avec un des professeurs. Henry m'​expliqua que nous étions à la Pauca, un hameau réputé dans le passé pour ses taureaux de combat. Toutes les terres que je voyais autour de moi avaient appartenu à un haciendero célèbre : Rafaël Puga, plus connu sous le nom de Don Rafa. J'ai déjà plusieurs fois entendu parler de ce Don Rafa qui passait pour appartenir à cette catégorie plutôt rare dans le passé des "​hacienderos éclairés"​. C'​était un libéral progressiste,​ député à Lima (comme son père et son grand-père),​ qui prenait très à coeur la conduite de ses immenses domaines. Il dirigeait d'une main de fer ses milliers de paysans mais veillait à ce qu'ils aient un minimum d'​éducation,​ faisait construire des écoles, nommait des professeurs et prenait garde à ce que les routes soient entretenues. Je serais bien en peine de donner les dimensions exactes de son hacienda (voir photo n°09), mais d'​après les explications de mes compagnons, elle devait mesurer plus de vingt kilomètres sur trente. On dit qu'il possédait des milliers de taureaux. Don Beto m'​assura que le chiffre exact devait dépasser les cinq milles têtes de bétail, sans compter les vaches et les veaux ! Don Rafa possédait des résidences privées en plusieurs endroits de son hacienda comme à Huagal ou Tincayoc et avait fait construire cette petite chapelle de la Pauca que j'​observai avec curiosité. Ce n'​était pas vraiment le style extrêmement simple de la construction qui me frappait, sinon le fait qu'​elle donnait directement sur l'​arène destinée aux corridas. Il est vrai que souvent ici, les corridas sont organisées à l'​occasion des fêtes religieuses. La réforme agraire mit fin à ce régime des haciendas, avec des fortunes diverses. Certains hacienderos réussirent à maintenir jusqu'​à nos jours des privilèges particuliers,​ mais pour la plupart, comme Don Rafaël, cela signifia la fin d'une époque. Ce dernier réussit à sauvegarder ses entreprises et possessions de Lima mais dut se résoudre à se séparer de ses terres de San Marcos. Il est mort il y a plusieurs années, tandis que ses fils durent s'​habituer,​ après avoir partagé l'​héritage,​ à vivre un peu plus simplement...
  
 Il était onze heures quand nous avons abandonné la Pauca, en direction de Tincayoc. Plus de sentier cette fois mais une véritable piste qu'​empruntaient parfois (en saison sèche !) quelques rares camionnettes. C'en était fini cette fois des cactus, mais je me consolai avec quelques orchidées, malheureusement sans fleurs. Nous arrivâmes à Tincayoc sur le coup d'une heure, alors que de tous côtés arrivaient des paysans avec leurs ânes et leurs taureaux : nous étions un jour de marché, ce qui nous donnait bon espoir de rencontrer un camion pour rentrer à San Marcos. En fait de camion, c'est plutôt une camionnette que nous aperçûmes vers l'​école du hameau et Don Beto, qui reconnut la voiture du ministère de l'​éducation,​ nous assura que nous avions là un véhicule assuré pour le retour. Le chauffeur étant parti visiter une école, plus haut dans la montagne, nous avons décidé de l'​attendre en mangeant quelque chose dans une des cantines du marché. Il était onze heures quand nous avons abandonné la Pauca, en direction de Tincayoc. Plus de sentier cette fois mais une véritable piste qu'​empruntaient parfois (en saison sèche !) quelques rares camionnettes. C'en était fini cette fois des cactus, mais je me consolai avec quelques orchidées, malheureusement sans fleurs. Nous arrivâmes à Tincayoc sur le coup d'une heure, alors que de tous côtés arrivaient des paysans avec leurs ânes et leurs taureaux : nous étions un jour de marché, ce qui nous donnait bon espoir de rencontrer un camion pour rentrer à San Marcos. En fait de camion, c'est plutôt une camionnette que nous aperçûmes vers l'​école du hameau et Don Beto, qui reconnut la voiture du ministère de l'​éducation,​ nous assura que nous avions là un véhicule assuré pour le retour. Le chauffeur étant parti visiter une école, plus haut dans la montagne, nous avons décidé de l'​attendre en mangeant quelque chose dans une des cantines du marché.
Ligne 273: Ligne 273:
 **Olivier Klopfenstein**.\\ **Olivier Klopfenstein**.\\
 San Marcos, le 12 octobre 2000.\\ San Marcos, le 12 octobre 2000.\\
-Publié le : 2001/03/17.+Publié le : 2001/03/17.\\ 
 +COMMENTAIRES Vous pouvez [[/​forum/​read.php?​15,​319998|commenter cet article ou lire les commentaires postés]].
  
 ===== Photos ===== ===== Photos =====