matucana_huagalensis..._une_obsession

MATUCANA HUAGALENSIS... UNE OBSESSION!

Après avoir écrit l'article "Matucana huagalensis...une illusion" je suis devenu obsédé par ce Matucana et le mystère qui entoure sa localisation Lors d'une discussion avec un de mes élèves qui habitait le hameau de Matibamba (dans le district de Jose Sabogal, province de San Marcos) et il m'appris qu'il avait observé un cactus globulaire, avec des fleurs blanches à un endroit appelé “El Platanillo”, sur le chemin de Matibamba. Nous avons discuté de cette information avec Olivier et José (membres eux aussi du Jardin Botanique de San Marcos) et décidé d'entreprendre une nouvelle expédition dans le but de satisfaire cette obsession et dissiper ce mystère.
La date choisie fut le 10 novembre 2000 et comme lors de la première expédition nous sommes partis à quatre heures et demi du matin pour Lic-Lic, d'où nous avons commencé notre marche. Nous avons marché rapidement, sans nous laisser distraire par les cactus que nous observions le long du chemin, car nous connaissions déjà bien cette première partie du trajet : C'est en arrivant à lieux-dit “le repos de la Tuna” 1) que nous avons commencé sérieusement notre recherche dans un secteur nouveau pour moi.
Matucana aurantiaca_Lic-Lic
Le long d'un sentier qui descendait en zigzaguant, nous avons observé Corryocactus sp. Browninglia pilleifera , Matucana aurantiaca, Matucana myriacanta et Matucana aff. formosa. Continuant notre chemin, nous avons trouvé Pereskia horridus avec une fleur blanc-crème et des petits fruits qui n'étaient pas encore mûrs. Il y avait en face un énorme manguier (Mangifera indica) au pied duquel surgissait une petite source d'eau fraiche qui donne à cet endroit un aspect d'oasis au milieu de ce chemin aride et désolé qui mène jusqu'au Rio Crisnejas.
Nous nous sommes arrêté un instant à l'ombre et avons goûté un peu de cette eau qui a un goût de soufre. En reprenant notre chemin, nous sommes arrivé dans une forêt d'énormes cactus constituée de Browningia pilleifera , Espostoa mirabilis , Armatocereus balsasensis et Melocactus bellavistensis qui avaient poussé entre les pierres tombées en une gigantesque avalanche, suite à l'effondrement d'un pan de montagne. On pouvait observer au même endroit de nombreuses Peperomia dollabriformis. Plus bas, nous sommes arrivés à un replat d'où nous avions une vue sur l'imposant Rio Crisnejas. Sur l'autre rive, nous avons pu distinguer grâce à nos jumelles de nombreux cactus, que nous n'avons pu identifier à cause de leur éloignement. Nous espérons bien un jour pouvoir visiter un jour ces montagnes de l'autre côté de la rivière.
En revenant de cette vallée torride et inhospitalière, nous avons récolté des graines de Espostoa mirabilisPereskia horridus, sur une énorme plante au bord du chemin. En arrivant vers la forêt de cactus, nous avons récolté de graines d'Espotoa mirabilis, Melocactus bellavistensis et Browningia pilleifera. Un peu plus loin, là où le chemin se fait plus étroit, nous avons trouvé Peperomia hutchisonii. Nous nous sommes arrêté près de la source d’eau pour manger et apaiser un peu notre soif. Après nous être reposé un moment, nous sommes repartis, quelque peu déçu de ne pas trouver ce « cactus globulaire, à fleurs blanches » qui m’avait été mentionné… Nous avons refait notre provision d’eau et à une heure et demi de l’après-midi, nous avons commencé à remonter. En abordant un virage, nous avons remarqué sur les parois d’un torrent un matucana tuberculé, aux aiguillons courts (1.5-2 cm.), d'environ 12 cm de haut sur environ 8 cm de diamètre, très semblable aux photos de Matucana huagalensis illustrant le livre « The genus Matucana » de Rob Bregman. Nous avons prélevé quelques plantes pour les collections du Jardin Botanique de San Marcos et attendre que leur floraison nous permette une détermination plus précise : s’agissait-il enfin de cet obsédant Matucana que nous cherchions depuis si longtemps ? Nous avons repris notre chemin mais après quelques minutes, le soleil implacable nous faisait Melocactus bellavistensis suffoquer, la tête nous brûlait et provoquait une fatigue irrésistible.

Nous avions l’impression que nos bagages (et notre précieux chargement de Matucanas) s’alourdissait toujours plus et finalement nous avions l’impression d’en sentir chaque grammes. Le comble fut que l’eau s’était chauffé tant et tant, qu’au lieu d’apaiser notre soif, elle ne faisait que l’aviver. A chaque lacets du chemin, nous nous arrêtions, regardions vers le haut et il nous semblait qu’au lieu d’avancer, nous reculions ! Le soleil continuait à taper, anéantissant toute volonté. A cinq heure et demi, nous avons atteint la crête, qu'il y a quelques instant seulement nous paraissait si lointaine. Nous nous sommes reposé un instant, profitant un peu de l’air frais qui courait à l’ombre du Cerro Chimboyoc. Depuis là, le retour se fit plus tranquille et avant d’arriver à Lic-Lic, nous nous sommes encore arrêté quelques fois pour recueillir quelques unes de ces peperomias sp. et passiflora sp. que j’ai décris dans mon article précédent. Nous sommes arrivés à Lic-Lic à sept heures et l’unique moyen de transport que nous avons pu trouver pour nous ramener à San Marcos fut un camion transportant du bétail.
Le jour suivant, nous avons planté les Matucanas que nous avions collectés, avec l’espoir de les voir fleurir. L’expectative était grande et chaque matin avant de me rendre au travail, je passais par le jardin pour voir ces Matucanas, jusqu’au jour où je vis apparaître un premier bouton. Vous pensez bien que l’attente grandit et la tension ne fit que croître, jusqu’au jour où finalement s’ouvrit une fleur violette, similaire à Matucana myriacantha, mais avec une chambre à nectar qui ressemblait beaucoup à M. formosa : un indice supplémentaire en faveur de ma supposition que M. huagalensis est un hybride de ces deux espèces. Malheureusement, il n’y eu aucune pollinisation de sorte que nous n’avons pas pu observer les graines et il ne nous reste plus qu’à attendre d’autres floraisons.

Chaque fois que je visite le secteur des Matucanas, au Jardin Botanique, je sens bien que cette obsession ne m’a pas quitté et ne me quittera pas, tant que je n’aurais pas trouvé cette espèce et levé le voile de mystère qui l’entoure. J’espère que la prochaine fois que je m’assiérais pour écrire un nouvel article, ce sera pour vous informer de l’existence ou l’absence de cette fameuse et énigmatique Matucana huagalensis.

San Marcos, décembre 2000

Nelson Cieza Padilla


1)
La tuna désigne en espagnol le figuier de Barbarie (Opuntia ficus-indica), NDT.
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