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Micranthocereus Backeberg

Par Graham Charles

[ Note : cet article a d'abord été publié dans le journal de l'association anglaise BCSS (site web : www.bcss.org.uk), puis traduit en français par Véronique Cucchi avec l'accord de l'auteur et de l'éditeur. Merci à eux pour leur travail. Pour des raisons techniques, les photos n'ont pu être que scannées à partir de l'article original (mars 2002), nous sommes désolé pour leur mauvaise qualité. ]

fig 1 La popularité de certaines cactées à part n'est pas facile à prévoir, mais diverses raisons peuvent néanmoins l'expliquer. Tout d'abord les collectionneurs sont certainement attirés par les plantes réputées rares ou difficiles à cultiver. Ce sont souvent ces mêmes plantes qui obtiennent les scores les meilleurs dans les expositions, ce qui renforce leur côté attractif. Il y a de cela plusieurs années, alors que j'assistais à une exposition à Birmingham, j'avais repéré quelques plants de Copiapoa krainziana à vendre sur le stand d'un cactéiste. J'en pris un et exprimais alors tout haut ma satisfaction d'avoir déniché un exemplaire d'une plante aussi rare et désirée. En un clin d'oeil, tous les autres plants se retrouvèrent entre les mains d'autres cactophiles! Bon nombre de plantes merveilleuses sont si peu connues que les collectionneurs ne les choisiraient pas si elles ne leur étaient par recommandées. Ceci est particulièrement vrai pour les cierges, qui ne sont pas souvent choisis comme élément de collection probablement à cause de leur taille imposante et de l'absence de floraison due à l'étroitesse de nos serres. Comme vous l'avez deviné, je suis en train de faire la publicité du genre Micranthocereus, composé de cierges à faible croissance, qui restent beaux toute l'année, et fleurissent aisément.

Pour éviter toute confusion avec les plantes que je vais décrire ici, il est nécessaire d'expliquer que ce genre a récemment été élargi pour y inclure 4 espèces précédemment connues sous les noms d'Austrocephalocereus albicephalus, A. purpureus, Siccobaccatus dolichospermaticus et S. estevesii. Ces regroupements ont été effectués pour des raisons botaniques mais, du point de vue de la culture, ces espèces sont assez différentes et je n'en parlerai donc pas dans l'exposé qui va suivre.

Ce qui nous laisse les 6 plantes que j'ai l'intention de vous recommander :

  1. Micranthocereus auri-azureus
  2. M. flaviflorus
  3. M. flaviflorus ssp. densiflorus
  4. M. polyanthus (l'espèce type du genre)
  5. M. streckeri
  6. M. violaciflorus

fig 2 Toutes ces espèces présentent des besoins de culture similaires. Dans le nord de l'Europe, elles se plairont à la place la plus chaude et la plus ensoleillée que vous puissiez leur offrir, avec un minimum requis de 10°C en hiver. Le substrat de culture doit être acide et drainant, obtenu en utilisant par exemple un gravier grossier non calcaire, de la tourbe (ou un substitut) et du JI3 à parts égales, ainsi qu'un fertilisant complet. De généreux arrosages à l'eau de pluie doivent être prodigués en été mais aussi à l'automne, lorsque les plantes fleurissent et poussent le plus. Ce sont des plantes tropicales de l'ouest du Brésil, elles ont donc besoin de chaleur. Vous n'avez qu'à constater les excellents résultats obtenus dans les endroits au climat similaire à celui de la Californie du Sud pour apprécier tout leur potentiel. Ces plantes se ramifient à partir de la base et forment des groupes de tiges de 30 à 100 cm de haut. Si l'apport en eau est insuffisant, les tiges peuvent arrêter de pousser et mourir sur la partie antérieure à l'apex.

Avec M. densiflorus et M. polyanthus, des tiges de 15 cm de long installées dans un pot de 9 cm peuvent commencer à fleurir (Fig. 4) mais les autres espèces, notamment M. auri-azureus et M. streckeri, ont besoin d'être beaucoup plus grandes. Les fleurs sont produites à partir d'une zone modifiée apparaissant sur l'un des côtés de la tige, zone où les aréoles développent des soies supplémentaires. Ces fleurs sont petites et tubulaires (“Micrantho-” signifie petites fleurs) mais sont produites en grand nombre probablement pour être pollinisées par les colibris. Elles sont souvent bicolores, roses ou rouges sur la face externe des pétales et jaunes ou blanches sur la face interne. Les fruits sont petits, rouges à maturité, et la pulpe contient des graines noires. Celles-ci sont faciles à faire germer si l'on garde à l'esprit qu'elles aiment la chaleur, et les jeunes plantules poussent rapidement pour devenir des plantes à la spination attrayante. La greffe est couramment utilisée pour accélérer le développement des plantules, particulièrement en Europe continentale, et les plantes greffées ne se distinguent en rien de celles ayant poussé sur leurs propres racines. Je recommande donc le greffage pour obtenir des résultats rapides et une culture sans soucis de ces plantes sur le long terme.

La première plante destinée à devenir un Micranthocereus fut trouvée par Werdermann à Caetité, il la nomma Cephalocereus polyanthus en 1933. Cinq ans plus tard, Backeberg érigea le genre Micranthocereus dans sa publication spéciale “Blätter für Kakteenforschung”. Ce ne fut pas avant les explorations de Ritter, Buining et Horst quelques trente ans plus tard que la plante de Werdermann fut redécouverte et qu'une nouvelle espèce vint donc s'ajouter au genre.

Décrit dans le Cactus and Succulent Journal (U.S.) en 1973, le nom fait référence à son épiderme bleu et ses épines dorées. Il a besoin de plus d'espace que les autres espèces du genre avant de pouvoir produire ses fleurs roses à partir des aréoles sur lesquelles poussent des touffes de laine blanche. Je devrai encore patienter avant de voir fleurir mes plantes de culture. C'est néanmoins une plante attractive par le contraste spectaculaire des épines dorées ressortant sur l'épiderme bleuté. Les épines sont particulièrement longues et souples à la base des branches, un peu comme celles présentes sur les thrixanthocerei péruviens. Son habitat près de Grão Mogol constitue la localisation la plus au sud, il y pousse sur les rochers et les gravier de quartz blanc (Fig. 1). Les passionnés de cactus reconnaîtront cette célèbre localité de l'état brésilien de Minas Gerais, renommée pour être le lieu d'origine de Discocactus horstii.

fig 3 Cette belle espèce fut décrite en février 1974 dans le journal de la société allemande KuaS? Originaire d'une zone lointaine de la Serra São Francisco dans le nord de la province de Bahia, c'est donc l'habitat le plus au nord parmi ces six espèces. Rencontré seulement de façon occasionnelle en culture, il mérite d'être plus largement diffusé. Il est plus petit que les précédentes espèces et fleurira plus jeune, les fleurs sont d'un jaune lumineux à l'intérieur et l'extérieur des pétales est rouge. Elles sont produites en profusion à partir d'un groupe d'aréoles situées près de l'apex sur l'un des côtés de la tige. Je l'ai rencontré poussant parmi les buissons et les roches calcaires en compagnie d'un Melocactus et de deux espèces de Pilosocereus dans le nord de Bahia (Fig. 2). Il était très commun aux endroits où je l'ai vu, mais l'aire de répartition de chaque population était relativement limitée. Micranthocereus uilianus Brederoo et Bercht est considérée comme un synonyme de cette espèce.

fig 4 Tout d'abord décrit comme Micranthocereus densiflorus par Buining et Brederoo en 1974, cette plante a été reclassée par la suite comme une sous-espèce de M. flaviflorus, plante similaire et précédemment décrite par Braun et Esteves dans Succulenta 1995. C'est probablement le micranthocereus le mieux connu en culture et selon moi le plus facile à faire fleurir. Il présente la caractéristique déjà vue sur les autres espèces de ces longues épines souples à la base des aréoles. Les tiges bleuâtres peuvent atteindre 50 cm de haut mais les ramifications apparaissent à partir de la base dès le jeune âge, la plante forme donc un groupe de tiges ordonnées qui peuvent fleurir en même temps durant une période assez longue, ce qui offre un assez beau spectacle. La fleur est petite et tubulaire, elle fait 5mm de large sur 15mm de long seulement, l'extérieur est rouge et la face intérieure des pétales jaunâtre. Les fleurs sont produites en grand nombre à partir d'aréoles modifiées présentes près de l'apex sur l'un des côtés de la tige. En milieu naturel, il pousse sur les substrats sableux et humiques qui s'accumulent dans les fissures des blocs rocheux ou en couche mince sur le dessus des blocs eux-mêmes. Comme beaucoup de cactées brésiliennes, la période de floraison est longue et il est possible dans l'habitat de trouver à la fois des fleurs écloses et des graines mûres sur le même individu.

fig 5 fig 6 C'est l'espèce type du genre, décrite initialement en 1933 par Werdermann comme étant un Cephalocereus dans son livre Brasien und seine Säulenkakteen sur les plantes collectées près de Caetité. Il le signale comme très rare à cet endroit, cependant on peut le voir encore aujourd'hui à proximité de la localité (Fig. 5). Les fleurs sont roses à l'extérieur et blanches à l'intérieur. Il fleurit facilement en culture lorsqu'il atteint 15 cm de haut soit 4 ou 5 ans après germination (Fig. 4). Comme pour les autres espèces, les fleurs apparaissent en septembre ou octobre dans les conditions de culture du Royaume Uni. Les épines souples et jaunâtres et les soies cachent presque le corps bleu pâle de la plante. C'est une espèce d'une beauté délicate qui a clairement impressionné Werdermann lorsqu'il l'a découverte.

fig 7 C'est l'espèce la plus récemment décrite et elle est assez différente de celles que j'ai déjà listé ci-dessus. L'espèce a été publiée dans KuaS? en 1986 après avoir été découverte sur quelques collines isolées à l'ouest de Seabra à Bahia (Fig. 6). Les épines, qui vont du jaune pâle au jaune paille, couvrent densément le corps de la plante et sont plus longues que celles d'autres espèces. Elle présente plus de côtes et le cephalium est plus prononcé. Elle doit atteindre une taille supérieure à 40 centimètres pour produire ses merveilleuses fleurs entièrement roses à partir d'une zone aux aréoles à épines brunes. Cette espèce particulière fut disponible via graines et plantules sur la liste de beaucoup de revendeurs, ce qui explique qu'elle soit fréquemment présente dans les collections.

fig 8 Le premier micranthocereus découvert à Minas Gerais par Buining et Horst en 1968, et décrit dans KuaS? en 1969. C'est l'espèce la plus rare en collection, elle est difficile à se procurer que ce soit en graines ou en plants. La tige atteint 1 m de haut et présente une longue zone de floraison en bas sur l'un des côtés. Cette zone comporte d'épaisses épines brun-rouge desquelles les fleurs roses apparaissent. L'espèce pousse parmi les buissons sur les rochers du nord de Chapada do Diamantina dans le Minas Gerais, où les tiges sont souvent renversées (Fig. 7). En culture la floraison commence habituellement lorsque les tiges atteignent 25 cm de haut.

J'aimerais remercier Andreas Hofacker (Allemagne) pour avoir fourni la plupart des photographies de cet article.

Braun (1988) On the taxonomy of Brazilian Cereeae. Bradleya 6: 85-99
Buining (1968) Micranthocereus violaciflorus spec. nova. KuaS? 20(7): 129-130
Buining and Brederoo (1973) Micranthocereus auri-azureus sp. nov. C & S J (US) 45(3): 120-123
Buining and Brederoo (1974) Micranthocereus flaviflorus spec. nov. KuaS? 25:25-27
Buining and Brederoo (1974) A new Micranthocereus species from Brazil. C & S J (US) 46(3): 113-116
Herm et al. (2001) Cacti in Brazil, self-published.
Ritter (1979) Kakteen in Südamerika. Band 1: 95-108. Self-published
Taylor and Zappi (1989) An alternative view of generic delimitation and relationships in tribe Cereeae. Bradleya 7: 13-40
Van Heek and Van Kriekinge (1986) Micranthocereus streckeri. KuaS? 37(5): 102-105
Werdermann (1933) Brasilien und seine Säulenkakteen. Neumann, Neudamm.

Fig 1 : Micranthocereus streckeri près de la localité type, une colline à l'ouest de Seabra, Bahia, Brésil. Il pousse sur quelques hauteurs isolées en compagnie de nombreuses autres espèces tel que le très commun Austrocephalocereus purpureus, maintenant également inclus dans le genre Micranthocereus.

Fig 2 : Micranthocereus auri-azureus AH285 dans le même habitat que Discocactus horstii à Grão Mogol, Minas Gerais. Photo: Andreas Hofacker.

Fig 3 : Micranthocereus flaviflorus GC369.03 poussant dans la Serra São Francisco, nord de Bahia.

Fig 4 : Micranthocereus flaviflorus ssp. densiflorus GC352.06 sur plaques rocheuses près de Morro do Chapéu, Bahia.

Fig 5 : Micranthocereus polyanthus AH292, une plantule de quatre ans dans un pot de 9cm, obtenue à partir d'une graine collectée dans l'habitat.

Fig 6 : Micranthocereus polyanthus AH292 dans l'habitat près de la localité type à Caetité, Bahia. Photo: Andreas Hofacker.

Fig 7 : Micranthocereus streckeri GC380.04 près de la localité type à l'ouest de Seabra, Bahia.

Fig 8 : Micranthocereus violaciflorus AH291 dans la localité type, l'est du Montes Claros, Minas Gerais. Photo: Andreas Hofacker.

Publié le : 2007/08/28
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  • par nio91