Miqueliopuntia miquelii

La version originale de cet article a été publiée dans le bulletin de décembre 2013 de l'association ARIDES

Les Copiapoa sont sans doute les cactus les plus connus et les plus recherchés du Chili. Les Eriosyce ont aussi beaucoup d'amateurs, que ce soit les gros Eriosyce s.l. ou ceux à la floraison plus aisée qui sont nommés aussi Neoporteria, Neochilenia ou Thelocephala.
Difficile de parler de cactus du Chili sans parler d'Eulychnia. Ces cierges ne sont pas toujours très jolis en culture, mais tellement impressionnants dans leur pays par leur quantité (ils peuvent former des forêts) et leur omniprésence (on les retrouve sur des milliers de kilomètres, de Valparaiso jusqu'au Pérou). Il faut aussi leur reconnaître parfois un certain cachet, lorsqu'on se trouve en présence de spécimens centenaires, qui imposent par leur taille et lorsque, cerise sur le gâteau, ils sont en fleur.
Autres cierges incontournables, les Trichocereus. Qu'ils soient chiloensis, littoralis, pasacana ou deserticola, ils occupent nombre d'habitats, que ce soit en montagne ou en bord de mer, du sud de Santiago jusqu'aux Lomas du désert d'Atacama.
Il y a aussi un petit Austrocactus spiniflorus, très discret tant dans la nature qu'en collection, qu'on trouve occasionnellement dans quelques vallées autour de Santiago.
Et si on fait abstraction des cactus du sud du Chili, faisant partie de la flore de Patagonie (Maihuenia, Pterocactus, Austrocactus…) et ceux du nord, de haute montagne, faisant partie de la flore bolivienne (Neowerdermannia, Trichocereus pasacana, Oreocereus….) et ceux de moyenne montagne qu'on trouve aussi au Pérou (Haageocereus, Browningia, Arequipa …) il n'y a pas grand chose d'autre à part des oponces. La plus répandue est Cumulopuntia leucophaea, connue aussi sous le nom de Cumulopuntia (ou Opuntia ou Tephrocactus) sphaerica, berteri…Il est aussi répandu que les Eulychnia, mais un peu plus discret… sauf quand on tombe dedans…..
On trouve ponctuellement des populations de Maihueniopsis (grandiflora, domeykoensis, crassispina, archiconoidea…) descendant, au propre comme au figuré, des Maihueniopsis glomerata poussant en altitude, plus à l'est, dans la Cordillère des Andes et encore plus à l'est en Argentine.

Mais la plus emblématique des oponces est Miqueliopuntia miquelii, endémique à ce pays. On la trouve quelque fois en culture où elle forme de petits cierges bleus. Il existe aussi une forme cristée.

Miqueliopuntia miquelii Avec Eulychnia et Copiapoa - Choros 30 km Sud Vallenar
Miqueliopuntia miquelii- 30 km Sud Vallenar Miqueliopuntia miquelii - Choros Miqueliopuntia miquelii - 30 km Sud Vallenar

Description d'Opuntia miquelii

Elle a d'abord été nommée Opuntia miquelii en 1839 par le Chevalier de Monville 1)en l'honneur de Freidrich Anton Wilhelm Miquel (1811-1871), directeur du jardin botanique de Rotterdam puis de celui d' Utrecht au Pays Bas.

En 1936, Backeberg le renomme Cylindropuntia miquelii2), puis se ravise en 1942 en lui ajoutant un préfixe : Austrocylindropuntia miquelii3).

Enfin, en 1980, Ritter reprend un nomen nudum (un nom qui n'a pas fait l'objet d'une description formelle, en fait un nom de catalogue) de Frič datant de 1935 pour décrire un nouveau genre : Miqueliopuntia4). Ce genre ne comprend toujours qu'une seule espèce : Miqueliopuntia miquelii.

La tentative de Backeberg d'en faire un Austrocylindropuntia peut se comprendre. Miqueliopuntia forme lui aussi des tiges allongées. Mais la ressemblance est superficielle. Alors que les tiges des Austrocylindropuntia ont une croissance indéterminée (les tiges poussent d'un seul tenant) les Miqueliopuntia forment des articles. La génétique donnerait plutôt raison à Ritter. Miqueliopuntia est un genre un peu à part, dont les plus proches cousins seraient les Tunilla.

Description d'Opuntia miquelii par le Chevalier de Monville.



Miqueliopuntia miquelii Nouvelles pousses Article parasité par Tristerix aphyllus
Miqueliopuntia miquelii art Article parasité par Tristerix aphyllus

La plante forme des tiges cylindriques bleu-vert, d'environ un mètre. Ces tiges ramifient facilement. Les nouvelles pousses sont vert clair, virant au bleu avec le temps. Elles apparaissent à l'apex de segment plus ancien.
Les segments, tuberculés, clairement définis, font de 7 à 20 cm de long sur 3 à 6 cm de diamètre.
Les aréoles se situent sur le haut de chaque tubercule et portent de nombreux glochides et épines. Ces dernières, dans des habitats très ensoleillés et très secs recouvrent les tiges. Elles peuvent atteindre 8 cm. La longueur et la densité des épines sont dépendantes de l'environnement et des conditions plus “douces”, comme en culture ou dans des localités plus arrosées, donneront des épines moins longues et moins nombreuses.
Les plantes dans l'habitat forment des buissons pouvant faire plusieurs mètres de large.
Les fleurs apparaissent au sommet du segment, ne s'ouvrent pas totalement et font jusqu'à 7 cm de long. Elles sont de couleur blanche (quelques fois blanc jaune) à rose. Des plantes de 2 couleurs différentes peuvent cohabiter dans la même touffe.
Les floraisons en culture sont exceptionnelles et n'apparaissent que sur des plantes âgées de plusieurs dizaines d'années.
Les fruits plus ou moins ronds, épineux, de 4 à 7 cm de diamètre, sont vert clair virant au blanc jaune quand ils sont mûrs. Ils sont remplis d'une pulpe aqueuse dans laquelle sont réparties les graines.

Miqueliopuntia miquelii
Miqueliopuntia miquelii - Choros Miqueliopuntia miquelii - 30 km Sud Vallenar Miqueliopuntia miquelii - sud Trapiche

La zone de répartition de ce taxon est délimitée par deux vallées : au nord la vallée du Rio Copiapo (env. 27°20'S) et au sud celle de l'Elqui (30°00'S), soit environ 300 km à vol d'oiseau.

La vallée du Rio Copiapo est plutôt un bassin, une grande zone plate et sableuse garnie juste de quelques groupes de collines isolés. Cet environnement est impropre à l'implantation des Miqueliopuntia (et des cactus en général), c'est plutôt le domaine des annuelles. Plus au nord, on retrouve des montagnes, mais c'est le début du désert d'Atacama, où les pluies sont très rares, trop rares sûrement pour notre oponce. C'est une espèce qu'on trouve plus facilement à l'intérieur des terres (observée jusqu'à 80 km) qu'à proximité immédiate de l'océan. Les populations qui en sont les plus proches, observées au nord de Huasco, maintiennent un respectueux kilomètre de distance. Une telle proximité est assez exceptionnelle.

Il est difficile de savoir avec précision quelle est l'altitude limite tant la zone est difficilement accessible, malgré tout, d'importantes populations ont été observées à 1200m (et 50 km de l'océan) mais il semblerait qu'on n'en trouve plus à 2000 m.

Au sud de la vallée de l'Elqui règne un climat de type méditerranéen avec des hivers plus humides et une végétation herbacée à croissance rapide. Ce qui doit être un handicap pour une plante qui pousse lentement et aime le soleil et la sécheresse comme Miqueliopuntia.
Les principaux cactus a partager son habitat sont :
- Copiapoa coquimbana la plupart du temps et C. echinoides et dealbata dans le nord de l'aire.
- Eulychnia acida et breviflora qui, de la même façon, se succèdent du sud au nord.
- L'ubiquitaire Cumulopuntia leucophaea est un fidèle compagnon.
- De nombreux Eriosyce, comme E. aurata, eriosyzoides, crispa, heinrichiana, simulans et la plupart des formes d'E. napina.

Miqueliopuntia miquelii
Miqueliopuntia miquelii - Choros Miqueliopuntia miquelii - 30 km Sud Vallenar Miqueliopuntia miquelii - sud Trapiche

La culture de cette espèce n'est pas bien difficile à condition de respecter quelques règles et … d'être patient.
Le substrat sera 100 % minéral, composé de terre de jardin, de sable fin et de gravier ou autre matériau drainant. Il devra pouvoir sécher en quelques jours.
Les arrosages devront être adaptés à notre climat et non pas s'inspirer des conditions de l'habitat qu'on ne peut pas reproduire sous nos latitudes (hivers doux et quelque fois humides, étés chauds et secs). En été, ils seront copieux mais espacés. En hiver, ils seront totalement suspendus.
L'exposition sera très ensoleillée, ventilée, sans humidité stagnante.

Miqueliopuntia miquelii Semis de 2 ans RCPB131.02
Miqueliopuntia miquelii Semis de 2 ans RCPB131.02 Miqueliopuntia miquelii




Par Alain Laroze
Merci à Frédéric et Nicolas pour avoir permis d'illustrer les plantes en culture et à Eric pour avoir relu et corrigé le texte.
Publié le : 2014/03/16

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1)
L'Horticulteur Universel, Journal Général des Jardiniers et Amateurs. Paris. 1: 218. 1839
2)
Kaktus-ABC, en Haandbog for Fagfolk og Amatorer. 121. 1936
3)
Jahrbuch der Deutschen Kakteen-Gesellschaft in der Deutschen Gesellschaft für Gartenkultur. 1941, pt. 2: 13. 1942
4)
Kakteen in Sudamerika. 3: 869. 1980