Raid Chili Pépère, 19 mai : Caldera - Chañaral

l'hôtel Monte Carlo Le petit déjeuner à l'hôtel Monte Carlo fût comparable à celui de la veille. La différence fut qu'aujourd'hui il fallut payer la note. C'était, en effet, notre dernière nuit à Caldera. Le temps de récupérer Inès et Marcel qu'un problème de fusible a un peu retardé, et nous voilà partis.

Quebrada El Leon Il est 10h30 lorsque nous arrivons sur le premier site à quelques kilomètres au nord de Caldera (A28). C'est une zone plate et sableuse, proche de l'océan, à l'embouchure de la Quebrada El Leon. Ce n'est pas un endroit où on s'attend à trouver des Copiapoa. Ca manque de rochers. Et pourtant, Marcel et Inès nous montrent des plantes minuscules affleurant à peine du sol, ils les appellent Copiapoa mollicula. Ce sont de petites rondelles de 1 à 2 cm de diamètre, enfouies dans le sol et de la même couleur. Je suis un peu sceptique, même pas sûr que cela soit des Copiapoa, peut être des Eriosyce kraussi. Ou alors ce sont bien des Copiapoa, de jeunes spécimens de C. leonensis que nous trouvons en grande quantité. Cette espèce a été décrite par Ricardo Keim et Indrid Straub dans Cactus & Co en juillet 2006, après notre retour.

Copiapoa marginata Alors que je les croyais présents uniquement sur le Morro Copiapoa, il y a aussi, sans hésitation possible, des Copiapoa marginata. Des colonnes vertes de 30 à 40 cm de haut, les aréoles sur des côtes très marquées, hérissées d'épines impressionnantes. Avec le recul, je les trouve plus ressemblantes aux formes que nous verrons demain dans le Parc de Pan de Azucar appelées Copiapoa (marginata v.) bridgesii plutôt qu'à ceux du Morro Copiapo.

Euphorbia lactiflua Puis en avançant dans la vallée proprement dite, la végétation change (A29). Nous ne trouvons plus de Copiapoa, à la place un Eriosyce à fleur rose joue à cache-cache dans les rochers. Les Euphorbia lactiflua sont en fleur eux aussi ainsi qu'un Tillandsia. Evidemment les éternels Cumulopuntia sphaerica et Eulychnia breviflora (probablement dans sa forme tenuis, beaucoup plus fine et rampante que le type plus arborescent) sont là.

granits orbiculaires En reprenant la route 5 qui doit nous mener dans le nord, nous faisons une halte sur le bord de mer pour admirer les granits orbiculaires. Il s'agit d'une masse rocheuse très localisée qui émerge sur une plage. Elle est composée de granit qui a probablement refroidi lentement et a eu le temps de cristalliser en globule de plusieurs centimètres de diamètre dont le coeur est du quartz (blanc) entouré de divers silicates noirs, le tout dans une masse de granit classique. De loin on a l'impression que quelqu'un a peint les rochers en peau de léopard. Le site est surveillé par un gardien…et un personnage de la politique française bien connu !


Copiapoa calderana Nous quittons Caldera et pourtant nous n'avons pas vu encore un seul Copiapoa calderana. Le prochain arrêt va nous combler (A30). Le terrain est vaguement vallonné, encombré de rochers à l'abri desquels poussent les Copiapoa. La plupart sont des boules solitaires jusqu'à 20cm de diamètre, quelques spécimens apparemment très âgés forment des touffes de 2-3 tiges en forme de colonnes d'une cinquantaine de centimètres de long. L'épiderme est gris-vert ou cuivré. Les épines récentes sont rouges, les plus anciennes noires et les très vieilles sur certaines plantes, jaunes. Un Eriosyce a également été vu, dans une région où l'on est censé trouver des plantes répondants au nom de E. taltalenis ssp. pygmea et E. calderana…. Lequel était-ce ???? Difficile à dire. Le sol est composé de sable grossier, assez meuble, qui permet, comme à El Leon, à des animaux (lézards ou rongeurs ?) de creuser des galeries et éventuellement se nourrir des racines. Peut être une explication au petit nombre de plantes de grande taille.

Copiapoa calderana Quelques kilomètres plus au nord, nous nous arrêtons près d'un site remarquable (A31), découvert par Inès et Marcel, que nous avons appelé la “Quebrada salée”… parce que c'était la première que nous voyions de ce type… mais pas la dernière. C'est un petit canyon aux parois de granit quasi verticales, hautes de 3-4 mètres. Et dans le fond, lorsque le sol n'est pas du sable, on trouve une petite rigole blanche. C'est du sel ! Le pays est tellement minéral et il y pleut tellement peu que la maigre eau salée qui suinte du sol dépose ses sels en s'évaporant dés qu'elle arrive à l'air libre. Ici c'est le règne de Copiapoa calderana. Il y en a partout, sur les parois du canyon ou sur le plateau. De magnifiques plantes, au corps gris vert, de toutes tailles et de tous âges. Les plantes sont bien plus belles que sur le site précédent.


Le "monument" A32 L'arrêt (A32) suivant est un site qu'on ne peut pas rater. D'abord parce que c'est un endroit où on peut se garer, ce qui n'est pas toujours aisé sur cette route coincée entre montagne et océan, ensuite parce qu'on a tout de suite l'œil attiré par le “monument”… Dans un style… typiquement chilien, dirons-nous, une vierge avec son voile blanc, abritée dans une petite niche et perchée sur un piton rocheux de 3 mètres de haut fait face à l'océan. Ca ne passe pas inaperçu dans le paysage…
Dans les rochers à l'arrière du monument, on trouve Copiapoa calderana, soit disant dans sa forme spinosior. Personnellement je ne vois pas beaucoup de différence avec ceux du site précédent, sinon qu'ils sont, semble t-il, plus verts et que certains sont en fleur. Peut être y a t-il plus d'humidité, à cause du relief plus important et de la proximité de l'océan. Spinosior ou pas, ils sont magnifiques. Au milieu de ces rochers de granit, il y a une autre perle. Un Eriosyce, appelé Neoporteria pulchella, reclassé comme synonyme d'Eriosyce calderana ou E. taltalensis ssp. pilispina selon les auteurs. On en trouve seulement 2 ou 3 spécimens, petites plantes recouvertes d'épines longues et blanches. De retour en France, j'ai réalisé que j'avais cette plante en la voyant en fleur. Elle est issue d'un semis de graines ramassées quelques années plus tôt, exactement au même endroit, par Wolgang Krahn (celui qui donna son nom à un Matucana).
A33
Moins de 15 minutes plus tard, nous nous arrêtons de nouveau (A33). Il est presque 16h, nous sommes à 8 km de Chañaral. Le ciel toujours gris donne un aspect encore plus sinistre à cet endroit désolé, quasiment sans végétation. Ici pas de granit, mais une roche en feuillet, comme de l'ardoise, de couleur grise ou marron. Malgré tout, il y pousse 2 espèces de cactus. La première est un Copiapoa indéfinissable, un intermédiaire entre C. calderana et C. cinerascens (qu'on va trouver 10 km plus au nord), qui a été nommé par le passé C. applanata, C. intermedia… Il est vert clair, plutôt de petite taille, pas plus de 10cm de diamètre et la plupart du temps solitaire. Eriosyce rodentiophila. Quelques plantes sont en fleur et on trouve également de très jeunes sujets.



L'autre habitant des lieux est Eriosyce rodentiophila. C'est ce qu'on peut appeler un Eriosyce vrai, un proche parent de l'Eriosyce aurata. C'est la population la plus méridionale que nous ayons vu. Nous en verrons ensuite jusqu'au nord de Taltal, habitant toujours dans des endroits impossibles, le plus souvent perché sur des rochers inaccessibles, et toujours en très petit nombre. Nous n'apprécions pas alors la chance de les avoir à portée de main et en si grand nombre… nous avons dû voir une vingtaine de plantes. Il se distingue de l'Eriosyce aurata, par sa plus petite taille et sa tendance à former une courte colonne avec l'âge.


Nous nous arrêtons ensuite à l'entrée de Barquito dans l'espoir de trouver des Copiapoa barquitensis (une forme de Copiapoa hypogaea), mais c'est peine perdue, nous ne sommes pas au bon endroit : sol trop sableux, trop meuble et versant orienté sud. Barquito est le port et la zone industrielle de Chañaral, aux dimensions du développement des villes de cette région. Il nous faut 3 minutes pour traverser Barquito et encore, en nous arrêtant au stop marquant le passage d'une voie ferrée. Le panneau nous ordonne : Pare ! Mira y escucha (Stop ! Regardez et écoutez).
Chañaral me fait l'effet d'une ville sinistre, sûrement à cause de la grisaille et des nuages bas, de la Ruta 5 qui la traverse de part en part avec ses camions et la multitude de stations-service qui la borde. Malgré tout, ce sera notre ville étape pour cette nuit. Inès connaît un hôtel restaurant qui est tenu par le neveu de la grand-mère d'une voisine ou quelque chose comme ça. Il est 17h, il nous reste une heure de jour, encore trop tôt pour aller à l'hôtel. Marcel veut nous emmener à quelques kilomètres plus au nord, sur la route du parc National de Pan de Azucar. Pour cela, il nous faut traverser la “plage” de Chañaral, plage qui par endroits a une teinte verte, comme si des algues microscopiques poussaient là. La piste que nous prenons est luisante. Le temps de comprendre pourquoi, il est trop tard. Le Service de l'Equipement local est en train de la refaire, c'est à dire qu'ils viennent d'épandre cette espèce de boue salée qui va rendre la piste dure comme du béton une fois séchée. Les voitures ressortent de là avec un look très “raid”, Raid Camel plutôt que Raid Chili Pépére… et pas un seul Eléphant bleu à l'horizon !

A34 Le site visé se trouve de l'autre coté du promontoire qui ferme au nord la baie de Chañaral. Là, dans les rochers, se trouvent 2 espèces de Copiapoa différentes : Copiapoa cinerascens et Copiapoa serpentisulcata.


Copiapoa cinerascens Le premier peut former des touffes importantes de plus d'une centaine de têtes, chacune faisant au plus 15 cm de diamètre. De loin, la touffe est très claire, presque blanche. En se rapprochant, on distingue la laine blanche recouvrant l'apex et les aréoles d'où s'échappent des épines grises, claires sur le sommet et presque noires sur le bas de la plante. Le corps est vert, avec des côtes bien marquées. Les tiges âgées ont tendance à se décharner en laissant apparaître le cœur ligneux. C. cinerascens est avec C. decorticans, le seul à présenter ce phénomène.

Copiapoa serpentisulcata

Copiapoa serpentisulcata forme lui aussi des touffes mais avec des têtes plus grosses (jusqu'à 25cm) et moins nombreuses (moins de 50). De loin, elles sont sombres, de marron à noir. L'apex de la tige est recouvert d'un peu de laine couleur fauve, les épines qui s'en échappent sont marron clair ou orange, puis rapidement deviennent noires. L'épiderme en haut de la tige est vert sombre et devient noir vers le bas. Les côtes très serrées sont formées de tubercules. On différencie au premier coup d'œil sans hésitation les 2 espèces. Mais il faut reconnaître que quelques plantes ont des caractères intermédiaires. On peut supposer que ce sont des hybrides.


La nuit tombe, il est temps de retourner à Chañaral. Nous devons de toute façon repasser par ici demain, nous aurons plus de lumière pour les photos. Pour éviter de reprendre la piste mouillée, nous en prenons une autre qui nous mène dans un dédale de ruelles et, ce qui devait arriver arriva, nous avons perdu la deuxième voiture. Il nous faudra une bonne demi-heure pour se retrouver.
L'hôtel parut sympathique, les chambres donnant sur un patio arboré. Dommage qu'elles n'aient pas toutes l'eau chaude ! Au restaurant, nous étions comme d'habitude quasiment les seuls clients, et comme d'habitude nous avons eu du poisson avec du riz et des tomates, ou de la viande grillée avec du riz et des tomates. Et ce qui allait devenir une habitude, les spécialités chiliennes : un pisco sour pour commencer et une glace au lucuma au dessert. Le lucuma est le fruit d'un arbuste (Lucuma obovata, Sapotacées) sud américain, de la taille d’une grosse mandarine la peau est verte et luisante mais la chair du fruit mur est jaune. La fabrication de glaces est son principal débouché.


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