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Sempervivum et Jovibarba

Le terme de « Joubarbe » n'est autre que le nom communément donné à deux genres de la grande famille des CRASSULACEAE, Sempervivum et Jovibarba.

Initialement créé et décrit par Carl Linné dans la première édition de Species Plantarum en 1753, le genre Sempervivum englobait sans distinction toutes les joubarbes. Divisé une première fois par Opiz en 1852, sa scission sera officialisé à la fin du XXème siècle pour rester dans la nomenclature moderne comme deux genres bien distincts : Sempervivum et Jovibarba. Il est à noter que certains voient encore en Jovibarba une simple subdivision de Sempervivum, lui donnant le rang de section ou sous-section plutôt que celui de genre.

En latin, Sempervivum ('semper' = 'toujours', 'vivum' = 'vivant) fait référence à son caractère extrêmement résistant. Il est mis en avant dans la littérature que les plantes collectées et mises sous presse avant d'être placées en herbier continuaient à croître dans ces conditions relativement extravagantes.

Le terme de Jovibarba serait la contraction du latin « Jovisbarba » constitué de deux mots : 'barba' = 'barbe' et 'jovis' = 'de Jupiter'. Ce mot est très ancien puisque déjà utilisé sous Charlemagne qui ordonnait l'usage de ces plantes pour la protection de ses domaines : les légendes témoignent que ces dernières protégeaient les habitations de la foudre. 'Jovibarba' ou 'Jovisbarba' désignaient à l'époque le nom populaire de ces plantes, à savoir « les Joubarbes ».

Les sempervivums au sens large du terme sont endémiques de l'hémisphère nord et de l'ancien monde. En gros, l'aire de répartition de ce genre englobe tous les massifs montagneux, en partant de l'Atlas Marocain jusqu'au centre des Monts de l'Alborz en Iran, au Sud de la Mer Caspienne.

Une seule espèce, S. atlanticum, est présente sur le continent Africain marquant ainsi la limite australe et occidentale du genre. Nous pouvons trouver J. sobolifera, au Nord jusqu'en Finlande, et S. iranicum à l'Est, au nord de Téhéran, en Iran.

Même si la moyenne altitudinale des Joubarbes reste relativement élevée (aux alentours de 2400 m), on peut observer S. montanum et S. tectorum à 3400 m pour les stations les plus élevées, et retrouver J. sobolifera et J. hirta à moins de 200 m d'altitude, quittant ainsi leur situation naturelle de zones montagneuses pour s'acclimater parfaitement aux conditions de plaine.

Il est à souligner que ce genre est exclusivement continental à l'état naturel, à l'exception de S. montanum et S. arachnoideum qui restent les seules espèces du genre représentées en situation insulaire en Corse.

Il ne s'agit pas ici de rentrer dans la botanique et la génétique, mais plutôt de repérer les principaux caractères anatomiques qui font d'un Sempervivum un Sempervivum, et d'une Jovibarba une Jovibarba.

Sempervivum au sens strict est une plante à port en rosette aux nombreuses feuilles réparties de façon hélicoïdale sur une tige ne dépassant pas quelques petits centimètres de haut. On parle alors de plante acaule (sans tige apparente). Au bout de quelques années (entre 2 et 4 ans), la rosette s'érige pour former une hampe florale, allant d'une dizaine à une trentaine de centimètres selon les espèces, chapeautée d'une inflorescence à plusieurs rameaux. La rosette mature ainsi transformée meurt après fructification (plante monocarpique), laissant toutefois derrière elle, une myriade de rejets qui continueront tranquillement à coloniser les lieux ; ce mécanisme assurant ainsi la pérennisation de l'espèce. La floraison (reproduction sexuée) de Sempervivum s'effectue généralement en début d'été pour s'étaler sur un mois environ. Au fil de cette période, de petites fleurs disposées le long de plusieurs rameaux ou bractées, s'épanouissent progressivement en étoile ouverte de couleur rouge (section Rhodanthae) ou jaune (section Chrysanthae). Ces couleurs sont à entendre avec leur palette de nuances : du rouge au rose et du jaune au blanc crème. En fin d'été, il ne restera de la belle rosette dont vous aurez vu la transformation, qu'une tige sèche et dressée, à l'esthétique franchement peu parlante. Il peut être conseillé alors de disposer un ou plusieurs rejets de l'année en lieu et place de la défunte, lorsque cette dernière s'arrache facilement en tirant dessus.

L'autre mode de reproduction de ces plantes est la reproduction végétative. A la reprise de végétation au début du printemps, les rosettes en place produisent un nombre variant de rejets rattachés à ces dernières par une fine tige plus ou moins longue et cassante (le stolon). On parle alors de rosette mère et de rosettes filles. Dans un second temps apparaît un réseau racinaire solide au collet de la rosette fille qui l'implantera à proximité de la rosette mère. Après l'enracinement, la dessiccation (déshydratation) du stolon provoquera le sevrage et l'indépendance de la nouvelle génération.

Jovibarba, comme expliqué plus haut, est une proche cousine de Sempervivum. Quatre différences morphologiques significatives sur les organes de reproduction marquent bien son identité propre.

La fleur est à elle seule le support de trois de ces distinctions. Sa couleur est toujours dans les variations de jaune. Le rouge / rose n'est représenté que chez Sempervivum. La forme campanulée (en cloche) de sa fleur diffère fortement des formes étoilées et ouvertes de ses cousines. Enfin, le nombre de pétales est de six ou sept pour les Jovibarba alors qu'il dépasse fréquemment les dix pour les Sempervivum.

La dernière différence anatomique se situe au niveau de la reproduction végétative. En effet, grâce à un stolon très court et fragile, la rosette fille se détache très tôt (à quelques semaines) de la rosette mère pour rouler à son pied et continuer son travail de colonisation de l'espace disponible. Le système racinaire chez Jovibarba n’apparaît qu'après détachement de la rosette fille, tandis que celui de Sempervivum commence à se développer alors que la rosette fille est encore liée à la rosette mère par le stolon, qui prend ici fonction de cordon ombilical.
On peut donc tirer la conclusion suivante : La nouvelle génération de Jovibarba s'autonomise plus rapidement que celle de Sempervivum. Serait-il donc possible que que le genre Jovibarba ne soit qu'une simple évolution du genre Sempervivum ?

Jovibarba heuffelie possède une particularité qu'il est important d'aborder. Bien que du genre Jovibarba, la rosette, au lieu de produire des rejets comme expliqué précédemment, se divise à proximité de l'apex (le sommet, centre de la plante) en deux, trois, quatre rosettes qui restent fermement attachées. Ces dernières feront toutes de même l'année suivante. Ce phénomène fait de cette plante une joubarbe au port en coussin très compact et non tapissant comme les autres espèces.

Par définition, l'hybridation est le croisement de deux taxons différents (plus rarement un troisième intervient) par le biais d'une pollinisation (reproduction sexuée). Elle peut se situer à différents rangs nomenclaturaux. On parlera ainsi d'hybridation intergenérique (Genre), interspécifique (Espèce) ou encore intraspécifique (sous-espèce : nothosous-espèce ou variété : nothovariété).

Il est temps de différencier les types d'hybridations que vous pouvez rencontrer en choisissant vos plantes, et donc de se référer au code de la nomenclature. Pour ce faire, nous resterons sur les genres qui nous intéressent, à savoir Sempervivum et Jovibarba.

Attention, vous rentrez maintenant dans le grand capharnaüm de la nomenclature des Sempervivum au sens large, qui n'a d'égal à sa complexité que son manque de données et d'études botaniques.


Une hybridation naturelle est conçue tout simplement par les insectes butineurs qui s'occupent de la pollinisation en passant de fleurs en fleurs. Le processus de développement des nouvelles plantes se fera dans la nature. Les stations de sempervivums regroupant plusieurs taxons n'étant pas rares, le phénomène d'hybridation variétale est relativement fréquent dans ce genre.

Ce dernier est signalé par le signe « x » précédant le nom donné à la plante découverte. Il est possible de noter la généalogie de la plante nouvellement nommée en plaçant ce même signe entre les noms des espèces hybridées, le tout entre parenthèse.

Ex : S. xpiliferum

S. xpiliferum (S. arachnoideum x S. tectorum)

Une plante issue d'une hybridation contrôlée (pollinisation par l'homme) ou d'une hybridation non-contrôlée (pollinisation par insectes ou éléments naturels), semée ou apparue en pépinière, est appelée cultivar. Cette dernière a normalement été l'objet d'une sélection rigoureuse, basée sur des critères physiologiques (vigueur, résistance, prolifération…) et morphologiques (individualité, esthétique…). On parle aussi d'obtention horticole. L'horticulteur / obtenteur nomme ensuite les plantes sélectionnées en prenant grand soin de ne pas les « latiniser ».

Plusieurs façons de noter ces dernières sont valides :

  • Entre guillemet simple, première lettre majuscule, sans italique : S. 'Othello'
  • Première lettre en majuscule précédé de la mention « cv. » : S. cv. Othello
  • Combinaison des deux possible, même si frôlant le non-sens : S. cv. 'Othello'

Il est aussi certains cas où des erreurs d'écriture et de notation, ou un manque de sérieux dans l'identification, nous plongent dans une incompréhension totale. Prenons l'exemple en culture d'un Sempervivum 'Obtusatum' qui n'est jamais mentionné dans les classifications et qui ne peut être un cultivar de par la latinisation de son nom. Erreur d'horticulteur, de botaniste, de collecteur, d'amateur, peu importe : ce nom est une aberration nomenclaturale que l'on prendra soin d'écrire entre guillemet double pour ne pas le confondre avec une espèce ou un cultivar : Sempervivum « Obtusatum ». Cette précaution peut paraitre futile, mais évite la propagation de plantes mal identifiées ou mal orthographiées.

Il est à noter ici qu'aucune hybridation naturelle ou horticole intergenérique n'a été recensée. Le Genre Sempervivum et le Genre Jovibarba du grand complexe des Joubarbes ne s'hybrident donc pas. Ce qui clos pour certains le débat autour des Jovibarba, la plaçant définitivement au rang de genre tout comme les Sempervivum.

Le seul conseil que l'on peut se permettre de donner est de bien connaître la plante, et donc de la comprendre.

Il est très important de savoir que les Joubarbes sont des plantes dites xérophytes (plantes de milieu sec), ce qui veut dire, de façon plus simple, que leur caractère succulent (réserve de suc, d'eau dans les tissus) leur permet de survivre dans des conditions d'aridité extrême. Ce n'est pas pour autant qu'elles aiment particulièrement ces situations difficiles (plantes xérophiles), et certainement pas que ce sont des conditions de croissance optimales ! De plus, si l'on observe le système racinaire des sempervivums, on s'aperçoit qu'il est composé d'une racine principale traçante qui leur permet d'aller chercher l'humidité en profondeur dans les failles des rochers. Ainsi, si ces plantes peuvent survivre à des sécheresses prolongées, ce n'est que grâce à l'action combinée de l'eau contenue dans leurs tissus et d'une racine principale au frais.

Le soleil et les grosses chaleurs d'été ont un réel impact sur l'aspect de ces plantes. Comme stipulé ci-dessus, la succulence joue un rôle essentiel : puisant dans leurs réserves, les rosettes vont se rétracter pour paraître plus petites et trapues. Ce phénomène est un système de défense : la rétractation offre moins de surface aux caprices du soleil.

N'oublions pas l'origine géographique des Joubarbes : ce sont des plantes issues de zones montagneuses. Même si en haute montagne elles sont protégées partiellement par une couche de neige, elles nous ont prouvées à maintes reprises leur étonnante rusticité en s'acclimatant à des régions d'Europe et d'Asie particulièrement froides.

De plus, ces zones montagneuses mettent en avant un autre facteur important : les stations ou les Joubarbes croissent en milieu naturel sont généralement des espaces rocailleux orientés au Sud. Il est donc de bon ton de se rapprocher de ces conditions dans nos jardins : substrat drainant et bonne luminosité sont de rigueur.

Ça y est, on y est, le chapitre des paradoxes et des idées reçues…

Pour l'opinion commune, les Joubarbes sont « des artichauts, ou petits choux, qui n'ont besoin de rien et qui poussent partout ». A la bonne heure, ces plantes sont donc…des cailloux ! Trêve de plaisanteries, je traduirais cette maxime par la suivante : « les joubarbes sont des plantes à grosse capacité de survie en condition de sécheresse et de grand froid, mais attention quand même : ce sont des êtres vivants ! »

Comme vous avez pu le noter, ce sont des plantes de haute montagne que l'on essaie d'acclimater à nos plaines (c'est un peu comme mettre un Inuit en Andalousie, il va avoir un peu chaud quand même) : pour des questions d'hygrométrie, d'UV, de pression atmosphérique et autres facteurs scientifiques que je vous épargnerais ici, ce n'est pas de la toute première évidence ! Pour une fois (et dans ce cas précis), la moitié nord de la France est mieux lotie que son homologue sudiste : il est plus difficile de cultiver les Sempervivum dans le Midi et le pourtour méditerranéen en raison des grosses chaleurs estivales et du vent sec qui assèchent le substrat (conditions qu'elles ne connaissent que rarement dans leur milieu d'origine), qu'en Alsace ou en Bretagne où il suffira de faire attention à l'humidité hivernale.

Ainsi, pour ne pas généraliser les choses, je conseillerais aux jardins du Nord, un substrat le plus drainant possible en situation très bien exposée, et aux jardins du Sud, de faire attention au cœur des journées d'été, en implantant les Joubarbes en situation mi ombragée (au pied d'arbustes caduques, de rosiers…).

Il est évident que l'on ne préconise ici que des tendances et des suggestions… Chaque jardin est unique et doit être pensé comme tel…

Mise à part la question du drainage qu'il faudra absolument prendre en compte lors de l'implantation, la nature des différents matériaux qui composeront le substrat n'a que peu d'importance. On peut donc conseiller une formule passe partout qui a fait ses preuves, à savoir une part de terre franche, une de terreau et une de matière minérale drainante (sable grossier, gravier, pouzzolane…), en proportion à peu prés égale. L'apport d'engrais n'est pas franchement nécessaire, que ce soit pour une culture en pleine terre ou en pots. Ce dernier aurait tendance à affaiblir la plante, la rendant plus vulnérable aux attaques de parasites (insectes, acariens) et affections fongiques (champignons, pourritures).

Il faudrait dans l'idéal n'acheter que des plantes correctement identifiées (presque impossible), ou du moins ayant un nom sur une étiquette. Il est d'ailleurs intéressant de dupliquer cette dernière et de l'enterrer au pied de la plante pour le cas où la première se ferait la belle (chien, chat, vent, enfant…).

Il ne faut pas non plus hésiter, lors d'une nouvelle acquisition, à prélever une ou deux boutures à mettre dans des conditions de cultures différentes. Ceci permet de ne pas perdre de taxons en cas d'incident.

Enfin, rien ne vaudra jamais nos yeux et notre attention : ces plantes nous montrent quand elles ont faim, soif ou lorsqu'elles se portent mal… Encore faut-il ne pas oublier de les regarder… Et nous rappeler ce pourquoi nous les aimons…


Auteur : Jérémie Nouyrit
Publié le : 2013/XX/XX

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  • Dernière modification: 2013/11/03 17:11
  • par alain