Mon expérience avec Toumeya papyracantha

S’il existe un genre de la famille des cactées entouré d’un nuage de mysticisme, c’est bien Toumeya papyracantha. Nous ne savons pas grand chose de sa présence in situ puisque ce cactus, très bien camouflé, est complètement noyé dans son environnement. Ses épines ressemblent comme deux gouttes d’eau à une petite touffe d’herbes, omniprésentes dans son environnement naturel.

Toumeya papyracantha noyé dans son décor naturel On pourrait se poser la question : est ce vraiment une bonne idée de ressembler à une touffe d’herbes ? Puisque là où se trouve l’herbe, se trouvent des herbivores qui ne font pas de détail, et mangent tout, y compris les cactus rares !

La culture de Toumeya m’a appris plusieurs choses. L'une d'elle, qui sort de l’ordinaire, est que lorsqu’on lui coupe la tête, pour la greffer par exemple, il rejette en une multitude de nouvelles têtes. Ceci, même avec des sujets très jeunes. Donc, apparemment, ce genre n’est pas très sensible aux blessures. J’ai vu la même chose dans la nature où une plante partiellement écrasée par un sabot, dont l’empreinte était encore visible dans le sol, rejettait sans problème.

Des graines dures sont une caractéristique du genre. Sans un traitement complémentaire les graines ne germent pas facilement. Toutefois, lorsque la tête de la plante avec des fruits est broutée, les graines passent par les estomacs des herbivores et se retrouvent finalement sur le sol, entourées d’engrais. Ceci pourrait contribuer à la dissémination de l’espèce.

Pour tester cette théorie j’ai cherché un endroit où le bétail se rassemble et se repose pendant les heures chaudes de la journée. J’ai trouvé un tel endroit, j’ai pu l’inspecter et, en effet, à ma surprise, j’ai pu trouver plein de Toumeya à cet endroit !

Les Toumeya au coin de repos du bétail Cette observation n’est que le fruit de mon expérience et, à ma connaissance, ce rapport entre le bétail et ce cactus n’a jamais fait l’objet d’une étude scientifique.

Pour voir Toumeya papyracantha dans la nature, il faut aller aux USA, au Nouveau Mexique et en Arizona où il vit. On trouve aussi une petite population à l’extrême ouest du Texas, à Hudspeth Country.

Pour le trouver dans son habitat, il faut vraiment savoir où il se trouve et encore avoir du temps et beaucoup de patience avant de le trouver. Nico Uittenbroek 1) nous a raconté à l’occasion de l’une de ses conférences qu’il a découvert cette plante à White Sands National Monument NM, pendant une pause sanitaire….

Avec la capacité de rejeter après avoir la tête coupée, la multiplication par bouture de ce cactus n’est pas trop difficile. Nous pouvons greffer la tête coupée ou même l’enraciner. Pour obtenir l'enracinement, je place la tête sur du sable fin, je la mets à l’ombre et je patiente. Les racines apparaissent ensuite toutes seules. Pourtant je pense que les clones issus de bouture de bouture se fragilisent à la longue. Il m’est arrivé dans le passé de perdre une génération complète à cause d'un virus.

La plante rejette aussi dans la nature La multiplication par graine est également possible, c’est plus sain et donne des plantes plus résistantes. Pourtant les graines ne germent que très difficilement sans intervention préalable. En incisant les graines, on peut augmenter considérablement le pourcentage de germination. Ensuite les plantules s’avèrent résistantes et grandissent sans trop de problèmes dans un substrat drainant et minéral.

La tige de Toumeya papyracantha est relativement molle et parfois sujette au dessèchement. Ce danger est plus manifeste pendant l’hiver que pendant l’été. Pour limiter l’évaporation pendant l’hiver, je garde mes plantes au froid. Des températures jusqu’à - 15°C n’ont jamais endommagé les plantes chez moi. Pendant l’hiver, je les garde complètement au sec. A la fin de l’hiver, au plus tard au premier mars, j’arrose même s’il gèle encore dehors. Les plantes un peu ratatinées réagissent toute de suite en gonflant la tige. Ceci est très facile à voir ou à constater lorsqu’on touche les plantes.

Pendant l’été, environ à partir de fin mai jusqu’au 15 août, je maintiens un repos d’été. Pour faire simple : je continue à arroser jusqu’au moment où les fruits sont gonflés, après j’arrête. Ceci dépend donc un peu de la météo.

Les plantes se ratatinent pendant l’été mais l’expérience m’a appris qu’il ne vaut mieux pas les arroser à cette période. Après l’arrosage d’août, les plantes se regonflent sans problème.

Toumeya papyracantha peut fleurir abondamment avec des grandes fleurs blanches, parfois avec une nuance rose ou marron. J’ai l’impression que ces plantes ont une durée de vie courte pour un cactus. L’individu le plus âgé chez moi n’a pas dépassé les 8 ans. Ceci a probablement un rapport avec la tige molle. Une plante adulte a même tendance à se pencher dans le temps. Voilà donc l’intérêt de la multiplication et de se procurer régulièrement des plantes nouvelles.

Toumeya payracantha en fleurs Jeunes plantes de Toumeya payracantha en culture
Toumeya payracantha en fleurs Jeunes plantes de Toumeya payracantha en culture


J’ai également cultivé ensemble, dans le même pot, Toumeya payracantha et Bouteloua gracillis, la graminée qui cohabite avec ce cactus dans son habitat. Cette herbe produit dans la nature des racines profondes et elle s’avère plus difficile, en culture, à garder en vie que le Toumeya à côté ! Dommage car l’ensemble était plutôt esthétique.

Toumeya papyracantha est tout à fait intéressant à cause de ses grandes fleurs, ses épines et son aspect peu ordinaire, mais aussi par la dynamique de la plante tout au long de l’année.

Il est placé en CITES 1 ce qui signifie qu’il bénéficie d’une protection maximale.


Article paru originellement dans la revue de l’association belgo-néerlandaise Succulenta en août 2016 (n° 4, Vol. 95).
Texte et photos : Ruud Tropper

Traduction : Cor Verhoef

Publié le : 2016/10/25


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1)
NdT : personnalité emblématique parmi les amateurs des cactées aux Pays-Bas