Les cultivars japonais

Les Astrophytum ont toujours eu beaucoup de succès au Japon et tout particulièrement l'espèce asterias.
Arrivée pour la première fois en 1928 à Kobe, cette espèce a fait l'objet de nombreux prélèvements dans son habitat au Mexique jusqu'à sa protection dans les années 30. Mais l'engouement pour les cultivars d'Astrophytum débute dans les années 80 à la suite de la découverte par un collectionneur japonais d'un asterias au floconnage étrangement exagéré. Et depuis les japonais sont devenus maîtres en la matière, nous faisant découvrir chaque année des formes d'Astrophytum toujours plus extravagantes. Ces kabutophiles (collectionneurs de kabuto = asterias) se sont même réunis en association la “ Nihon kabuto kyoukai ”.

Les cultivars sont obtenus en sélectionnant les individus les plus originaux issus de croisements successifs des différentes variétés d'Astrophytum.
Parmi les 5 espèces, seuls asterias et myriostigma ont véritablement fait l'objet d'une sélection très poussée en se basant sur différents critères esthétiques (floconnage, floraison, couleur et forme du corps, etc). Mais, les “secrets de fabrication” sont jalousement gardés par les sélectionneurs japonnais, il est difficile d'obtenir des informations sur les origines et croisements qui ont donné naissance à ces petites merveilles.
Ces cultivars peuvent atteindre des prix hallucinants, comme la plante mère du Mirakuru Kabuto vendue 3 millions de Yen (22000 euros) en 1980. Les plantes les plus belles et les plus rares sont souvent vendues aux enchères. Des pépinièristes vendent même les graines à l'unité !
En s'appuyant sur les difficultés administratives de la CITES, les japonais entretiennent un certain protectionisme nippon, les exportations sont rares et il est presque impossible pour un collectionneur étranger de pouvoir faire l'acquisition d'un de ces bijoux.
Mais les temps changent, les Super Kabuto, Onzuka et autres merveilles sont désormais cultivés et multipliés dans le monde entier. Le développement d'internet, des sites de vente en ligne et aux enchères (Ebay) n'ont fait qu'accélérer la démocratisation des japoniseries. Même si la qualité des plantes n'est pas toujours parfaite, les japonais ne sont plus les seuls à produire leurs propres obtentions. Il devrait même apparaître dans les prochaines années de nouveaux cultivars “stabilisés” hors du Japon.

Le cas de la Thailande est un bon exemple de l'évolution de ces dernières années.
Attirés par les prix hallucinants de ces bijoux si rares en Europe, les Thaïlandais se sont lancés dans une production à grande échelle avec des ventes en ligne sur internet (par exemple chez Incredible cactus). Mais il semblerait que la qualité des plantes produites soit bien moindre comparée aux plantes venant des collections japonaises. La plante peut présenter tous les caractères propres au cultivar, mais lorsqu'elle est issue d'une production de masse, son potentiel génétique risque d'être appauvri. Cette plante présentera donc peu d'intérêt pour de futurs croisements car ses caractères seront certainement peu transmissibles.
Déjà que la multitude de noms japonais provoque des confusions pour les collectionneurs européens, les producteurs thaïlandais ont eu la bonne idée de renommer les mêmes cultivars avec des noms en anglais… ça ne va pas être simple de s'y retrouver ! Par exemple, l'asterias cv. Zebra s'appelle cv. Tiger pour les thaïlandais, il s'agit pourtant du même cultivar mais produit chez eux.

D'une façon générale, il règne encore un flou évident parmi tous ces cultivars japonais. Les critères de détermination ne sont pas clairement précisés, de nombreuses formes intermédiaires peuvent exister et tous ces noms japonais (plus des synonymes!) ne simplifient pas la situation.

Plus d'informations sur les cultivars japonais sur Neko Ya (en anglais ou japonais) et sur le site espagnol de Joaquim Lozano Perez Aztekia.

A voir aussi la magnifique collection de Chatchaval Suvisith en Thailande : asterias et myriostigma.

Un cultivar est une plante mutante apparue en culture avec des caractères particuliers, différents de l'espèce type. Cette même plante n'existe pas dans son milieu naturel, elle a été créée par l'homme, c'est une obtention horticole. Pour assurer sa multiplication, il vaut mieux passer par la voie végétative (la greffe en l'occurrence) pour être sûr de conserver l'originalité de la plante et la transmettre à ses descendants. C'est du clonage.
Par voie sexuée, le brassage génétique peut entraîner la perte des caractères particuliers apparus dans la plante initiale, de plus ces cultivars ont souvent des difficultés à fleurir, à fructifier (parfois pas de production de pollen comme le cv Lotusland) et à produire des graines viables.
Très peu de cultivars d'Astrophytum ont une bonne stabilité génétique, les caractères particuliers ne sont pas toujours transmis aux descendants. Super Kabuto (cv. d'asterias) et Onzuka (cv. de myriostigma) sont des cultivars qui peuvent donner de bons résultats à partir de semis. Mais dans un lot de semis de Super Kabuto, seuls 30% en moyenne auront vraiment l'aspect typique du cultivar, les autres ressembleront à du simple asterias ou à des formes intermédiaires entre asterias et Super Kabuto. Pour augmenter les chances de succès, il est recommandé de croiser un Super Kabuto avec de l'asterias type, ce qui permettrait d'obtenir environ 50% de semis de Super Kabuto.

Voici une liste (loin d'être exhaustive) des mots japonais utilisés pour la désignation des cultivars avec leur signification en français.

Les noms japonais sont souvent imagés et s'inspirent de l'apparence et la similitude de la plante à un élément de la nature. Peu de noms de botanistes ou collectionneurs sont utilisés pour désigner les cultivars.
Attention, aux transcriptions occidentales qui donnent parfois des orthographes différentes pour le même mot.
La traduction en français n'est pas toujours évidente et sans le kanji (idéogramme japonais, l'écriture en langue japonaise) elle peut prendre plusieurs significations.
Il faut ensuite aller voir la description du cultivar pour mieux comprendre le sens de la traduction.
Et pour compliquer le tout, certains cultivars peuvent cumuler les noms comme : “myriostigma hakuun - koh-yo - kitsukow” que l'on pourrait traduire comme un myriostigma avec des taches blanches, des reflets jaune-orangés et une forme hexagonale à l'aspect d'une carapace de tortue… ouf !

Japonais Français Espèces concernées
Abekobe à l'envers, le contraire myriostigma
Akabana fleur rouge (akai = rouge et hana –> bana = fleur) asterias
Ekubo fossette d'une joue asterias
Fukuryû dragon qui porte chance
(fuku = chance et ryu = dragon),
également côtes supplémentaires
asterias
myriostigma
ornatum
Hakujo rayure blanche
(haku = blanc et jo = rayure)
myriostigma
Hakuun nuage blanc
(haku = blanc)
myriostigma
Hanakago panier de fleurs
(hana = fleur et kago = panier),
c'est aussi le nom pour Aztekium ritteri
myriostigma
Hanazono champ de fleurs, mais aussi un nom de famille japonais asterias
Heikiho épiderme nu (?) toutes
Heikiho-gyoku myriostigma nudum forme quadricostata myriostigma
Ibosaki floraison sur une aréole asterias
Kabuto le casque dans le vêtement traditionnel du Samouraïs
(= l'espèce asterias)
asterias
Kigan la forme monstruosa
(croissance anarchique, perte de la dominance apicale)
toutes
Kiho-gyoku un capricorne v. crassispinum avec des aiguillons jaunes crassispinum
kikkô (= kitsuko ou kitsu-kow):
carapace de tortue (dessin hexagonal)
toutes
Kiku chrysanthème asterias
Kofuki un rejet asterias
Koo-yo ou Kôyo (= koh-yo ):
couleur des feuilles d'érable à l'automne, donc couleur jaune-rouge (différent de variegata)
toutes
Kuri avec du relief (?) asterias
Mirakura miracle asterias
Musha un guerrier Samouraïs (présence d'épines) asterias
No hakuten (nohakuten) points blancs très nombreux toutes
Ohkan une couronne de fleurs asterias
Onzuka pas de traduction, c'est un nom de famille japonais myriostigma
Ooibo larges aréoles
(oo = large et ibo = aréole)
asterias
Ranpo crête d'un oiseau dans la mythologie chinoise (= l'espèce myriostigma) myriostigma
Ranpu-gyoku nom complet pour désigner l'espèce myriostigma myriostigma
Rasen spirales asterias
Rokkotsu les côtes (du corps humains).
Pourrait signifier 6 côtes (roku = 6 et kotsu = côte) ?
?
Sakata pas de traduction, c'est un nom de famille japonais asterias
Sanazami petite vague myriostigma
Seiji couleur céladon, vert pâle myriostigma
Shaboten cactus (dans son ensemble sans désigner une espèce précise) toutes
Showa (=syowa) traduction ? (fleur à pétales très découpées en forme de lambeaux) asterias
Tao le symbole du Yin et du Yang (en rapport à la forme bicostata) myriostigma
Tetsusabi désigne la couleur rouille, également une maladie de feuilles des rosiers myriostigma
Tukae le gecko (lézard) en thailandais myriostigma
Wakareryu division des côtes (multiplication des côtes) asterias
Zebra zèbre (= cv. Tiger pour les Thaïlandais) en rapport avec ses rayures myriostigma
asterias


Un grand merci à Ariane et Micheljp (membres du Cactus Francophone) pour ces précieuses traductions qui j'espère seront utiles à tous les “astrophiles”.