Texte et photos : Marc Mougin

Traduction : Diana Gibson

 

Premier jour 28 Avril : Retour aux boulettes / Day 1, 28 April: Back to the "Dumplings" …  

 
 
Cette année, la Fondation pour la Recherche et la Conservation des Lithops m’a convié à visiter certaines populations de Lithops dont certaines espèces particulièrement intéressantes à bien des égards, dont l'un est bien sûr la rareté. Aussitôt l'invitation lancée, je me suis empressé de réserver mon billet d'avion. Le voyage est prévu pour 15 jours et commence dès mon arrivée à Windhoek le dimanche 28 Avril, très tôt dans la matinée. Cette très jeune fondation se compose de 6 membres et nous sommes 5 à entreprendre cette aventure. J'ai vraiment beaucoup de chance d'être associé à ce périple, d'autant que ce sont les autres membres, pour qui j'ai une grande estime, qui ont entièrement géré la logistique de ce voyage. Je n'ai en effet pas l'habitude de ce confort, et il me faut malgré tout ronger mon frein puisque je n'ai que très peu d'éléments sur le déroulé de cette étude de plantes in situ. La préparation d'un voyage est aussi un voyage à part entière, dont j'ai été déchargé, une fois n'est pas coutume. je dois donc composer avec cette visibilité réduite, et ce voyage va m'apprendre à être pleinement dans le moment présent. Mes compagnons de route sont Hilde et Frikkie Mouton, qui ont mis en place le magnifique Lithoparium dans leur Lodge Altekaklöfen dans le sud de la Namibie. Ce Lithoparium regroupe notamment une partie des collections de Cole et Tok Schoeman. Roy Earlé, quant à lui vient d'Angleterre, il est passionné de Lithops et apporte son aide plusieurs mois par an au Lithoparium, il recense avec les Mouton les populations de Lithops sur le terrain, les étudie, sensibilise à la protection les propriétaires de fermes sur lesquelles poussent des Lithops, participe à leur diffusion en en semant un grand nombre pour les reintroduire au besoin dans les endroits où ils ont disparus, et bien d'autres choses... C'est la première fois que je rencontre Ronald Uijs, il est Sud Africain, passionné lui aussi depuis son enfance par les Lithops et il connaît et suit de nombreuses populations. C'est Roy qui est venu me chercher à l'aéroport en compagnie de Frikkie et d’un de ses fils qui habite Windhoek, après mon vol direct depuis Francfort. Roy marche avec une canne suite à une chute récente lors de laquelle un de ses ligaments croisés a souffert.
 
Earlier this year, the Lithops Research and Conservation Foundation (LRCF) invited me to go and study a selection of Lithops populations in Namibia. Some of these populations are extremely interesting: for several reasons, one of them being their rarity. So as soon the invitation came, I raced off to book my ticket for the 15-day trip, and arrived at Windhoek early in the morning of Sunday 28 April. The LRCF, quite a new organisation, has six members, and five of us were setting off on this particular trip. I thought myself lucky to be included, especially as the other four, all experienced people whom I have a great respect for, had seen to all the logistics for me. I don’t usually travel in such comfort; moreover I was champing at the bit to find out how we were actually going to do this in situ study of the plants. The preparation for any journey is a journey in itself, and for once it had not been my responsibility. So I had to adjust to this ‘reduced visibility’ and the chance to enjoy just living in the present for a change. Let me describe my travelling companions. First, Hilde and Frikkie Mouton, who have created at their Altekaklöfen Lodge in southern Namibia a magnificent Lithoparium including part of Cole and Tok Schoeman’s excellent collections. Second, Roy Earlé from England, who is mad about Lithops and spends several months each year helping out at the Lithoparium. He and the Moutons survey populations in the field, study them, teach the owners of farms where they grow how to protect them, help increase the populations (by sowing large numbers of Lithops that can be reintroduced wherever they have died out), and do many other important jobs. And thirdly there was Ronald (Ronnie) Uijs, a South African whom I hadn’t met before, fascinated by Lithops since childhood, very knowledgeable and involved in studying many populations. It was Roy who came to meet me at the airport when my flight arrived from Frankfurt, together with Frikkie and one of her sons. Roy was walking with a stick, having fallen and damaged his cruciate ligaments. 
 
La carte de visite de la Fondation / The Foundation’s visiting card 
 
 
Roy à l'aéroport de Windhoek. Je vous expliquerai plus tard pourquoi il rit en me voyant.... / Roy at Windhoek airport. I’ll explain later why he laughed when he saw me … 
 
 
 
Comme fréquemment en Namibie nous croisons sur la route de Windhoek des animaux, cette fois ce sont des bubales roux, des babouins et un phacochère. Puis le temps de récupérer le reste de la troupe et de prendre un solide petit déjeuner et nous voilà partis pour Usakos (plus de 2 h de route) pour visiter une nouvelle fois le site de Lithops werneri. En raison d'un problème de succession, la ferme où est situé le werneri est restée fermée pendant deux ans et nous voulons vérifier où en est la population.
 
As often happens in Namibia, on the way out of Windhoek we met quite a few animals, this time red hartebeest, baboons and a warthog. Then as soon as we’d picked up the rest of the group and eaten a solid breakfast we set off for Usakos — more than two hours away — for another visit to the Lithops werneri site. Due to an inheritance problem, the farm where the werneri are located had been closed for two years, so we were eager to find out how this population had been getting on in the meantime. 
 
Habitat de Lithops werneri : Montagnes Erongo / Lithops werneri country:  the Erongo Mountains

 

 

Les chercheurs de Lithops, Hilde et Ronnie sous la direction de Roy / The Lithops hunters:  Hilde and Ronnie, with Roy directing operations

 

 

Sous un soleil de plomb atténué par un fort vent du Nord, nous trouvons des plantes bien gonflées par les pluies récentes. Il y a de nombreux juvéniles. Peu de plantes sont en bouton et il me semble qu'il y a moins d'individus qu' en 2016, à vérifier avec les photos. La population est séparée en deux groupes distants de 120 mètres. La surface totale ne doit pas dépasser les 3 m2. Le petit groupe de Lithops werneri qui avait été planté dans un autre patch de graviers distant d'au moins 300 mètres, semble avoir disparu, mais cette plante est si petite et mimétique qu il ne faut pas tirer de conclusion hâtive. Nous cherchons désespérément d'autres petites populations alentours sans succès (nous faisons cela chaque fois sans jamais nous éloigner beaucoup par manque de temps). 

Under a blazing sun, attenuated somewhat by a strong north wind, we found plants that had swollen well, thanks to the recent rains, and quite a few juveniles. Few of the plants were in bud, and it seemed to me that there were fewer of them than in 2016 (an impression to be checked later against the photos).
The population was split into two groups 120 metres apart, in all covering less than 3 square metres. A little group that had been planted at least 300 metres away seemed to have disappeared, but werneri is so small and so mimetic that one can’t jump to hasty conclusions. We searched everywhere for other small populations, but without success. (We do this every time but are never able to go very far afield, for lack of time.)

 

21 plantes? Plus? / Twenty-one plants?  More? 

 

Variabilité des couleurs / Colour variation

 

 

Quelques nuances de gris / A few shades of grey …

 

 

Il y a bien 3 plantes et 5 têtes / Definitely three plants and five heads

 

 

Vieux Lithops werneri avec un air de molaire / An elderly Lithops werneri much resembling a molar

 

Délicate arborescence orange sur fond rose / A delicate orange arborescence against a pink background

 

Lithops werneri rose / A pink Lithops werneri

 

8 Lithops werneri jouent à cache cache / Eight Lithops werneri playing hide-and-see

 

Lithops werneri au top de sa forme / Lithops werneri on top form 

 

Lithops werneri est un des plus petits Lithops / Lithops werneri is one of the smallest Lithops

 

 

Lithops werneri dépasse à peine le niveau des graviers dans lequel il pousse, c'est pourquoi en saison séche il devient invisible /

Lithops werneri is hardly taller than the gravel it grows in, which is why in the dry season it becomes invisible

 

La floraison est pour bientôt. Peu de plantes étaient en bouton / The flower will soon bloom.  Very few of the plants were in bud

 

 Sur le chemin du retour en direction de Uis au pied du Brandberg où se trouve notre prochain hôtel (2 heures de piste), nous faisons une halte pour contempler la forme à fleurs jaune de Aloe herreroensis. Très beau spectacle rehaussé par la trouvaille de deux beaux pieds de Tavaresia barklyi. A l' Ouest ,dans le soleil couchant ,nous pouvons voir des nuages se crever, il pleut sur le Brandberg.

On the return journey, towards Uis at the foot of the Brandberg, where we were to stay the night — two more hours of dirt track — we stopped to admire the yellow-flowered form of Aloe herreroensis.  A most beautiful sight, made even more memorable when we found two fine specimens of Tavaresia barklyi nearby.  And to the west, at sunset, we could see the clouds bursting: it was raining over the Brandberg.

 

Aloe herreroensis à fleurs jaunes / Yellow-flowered Aloe herreroensis

 

Aloe herreroensis à fleurs jaunes / Yellow-flowered Aloe herreroensis 

 

Tavaresia barklyi

 

 

Notre lodge dans la petite ville minière de Uis / Our lodge in the little mining town of Uis

 

Ce fut un réel plaisir de revoir le Lithops werneri et de le trouver en si bon état. Beaucoup de questions me viennent à l'esprit concernant cette plante.

Comment ce Lithops arrive-t-il à pousser sur un terrain dont la profondeur n'excéde pas le centimétre? Comment cette petite population parvient elle à survivre? S'agit il d'une population relictuelle qui a été plus largement répartie par le passé? Il y a actuellement peu de plantes multitêtes, mais les juvéniles sont nombreux. A priori ce Lithops a une durée de vie actuelle qui doit être assez courte certainement à cause des événements climatiques extrêmes de ces dernières années, brusques orages violents, sécheresse extrème. Comme la plupart des lithops la capacité de survie des graines semble longue mais comment ces dernières arrivent elles à rester sur place alors que les plantes peuvent être emportées par les pluies diluviennes? Peut être que la combinaison entre sa capacité à se diviser rapidement, une forte fertilité et la longévité des graines aide le werneri à survivre dans cette petite station en attendant des jours meilleurs.

 

Namibie 2019 - Jour 2