Aloe compressa Henri Perrier de la Bathie 1926

Publication : Les Lomatophyllum et les Aloe de Madagascar, Mémoires de la Société Linnéenne de Normandie n.s., Botanique (Caen) 1(1) : 33 (-35, pl.4 droite) (1926).
Type : Perrier 12556, Madagascar, Fianarantsoa, Amoron'i Mania, montagnes sur la rive gauche de la Mania (région centrale), vers 1000 m d'altitude, sur quartzites, mars 1919, déposé au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris par H. Perrier de La Bâthie en 1932 (P00398908 : holotype).

Description

Aloe compressa est une petite espèce acaule, ou à très courte tige, de Madagascar, au feuillage distique(1) caractéristique.

Les rosettes solitaires, sont formées de 15 à 20 feuilles effilées à bout arrondi, mesurant de 12 à 15 cm de long sur 5 cm de large, bleutées ou vert-grisâtres, lisses, bordées de dents vertes ou rouges de 2 mm de long tous les 4 ou 5 mm.

L'inflorescence en racème, généralement simple, parfois ramifiée une fois, mesure 60 à 70 cm de haut. Le pédoncule porte quelques bractées stériles scarieuses. Le racème cylindrico-capité de 7 à 8 cm de diamètre sur 6 cm de long, porte des fleurons parfumés, serrés, au périanthe en tube de 25-33 mm de long, aux tépales extérieurs libres à la base, recourbés et enroulés vers l'extérieur sur la moitié de leur longueur, blancs à bande médiane rose saumon, ou à 3 lignes parallèles sombres. Les pédicelles mesurent 1 à 2 mm de long, avec à leur base une bractée lancéolée et scarieuse de 22 à 24 mm de long. Les étamines et le pistil ne dépassent pas du tube floral.
Aux feuilles opposées sur un seul plan (v. photo).

Outre le type, cette espèce se décline en 3 variétés :
- Aloe compressa var. schistophila H. Perrier 1926
Ses feuilles sont plus étroites que celles de l'espèce type, 2,5 cm de large au maximum, avec des marges aux dents très rapprochées, presque confluentes. Son inflorescence est ramifiée racème est plus petit, 4 cm de haut et de diamètre, et son périanthe rougeâtre mesure 22 mm de long.
Elle pousse sur schiste comme son nom l'indique, mais aussi sur quartzites, au nord et à l’est d'Ambatofinandrahana (région d'Amoron'i Mania, province de Fianarantsoa), vers 1000 mètres d'altitude.
- Aloe compressa var. paucituberculata Lavranos 1998
Ses feuilles au revers légèrement tuberculé, comme son nom l'indique, sont moins nombreuses, jusqu’à 14, et plus courtes que celles de l'espèce type, 9 cm de long sur 4 cm de large.
Elle pousse sur quartzites sur le mont Itongafeno (province d'Antananarivo), entre 1725 et 1950 mètres d'altitude.
- Aloe compressa var. rugosquamosa H. Perrier 1926
Ses feuilles nettement verruqueuses, à l'aspect rugueux comme son nom l'indique, sont plus longues que celles de l'espèce type 23 cm de long sur 3 à 3,5 cm de large, avec des marges aux dents petites, moins de 2 mm de long, et très rapprochées. Son inflorescence est généralement ramifiée, avec des bractées florales et un périanthe de 55 mm de long.
Elle pousse sur quartzites des Monts Ivohibe et Iarambo (province d'Antananarivo), vers 1350 mètres d'altitude.
Dès 1926, Henri Perrier de La Bâthie avait relevé deux autres formes différentes et envisagé que cette espèce puisse être divisée en autant de variétés que de peuplements. L’observation est confirmée en 2011 par Susan Carter (et al.) qui conclut à la nécessité d’investigations complémentaires. Il ne faut donc pas nécessairement essayer de rattacher un écotype ou une plante en culture à une variété déjà décrite.

Culture

Ces espèces supportent en fonction de l'altitude où on les trouve, des températures plus ou moins négatives, au sec, sur de courtes périodes. Elles peuvent être cultivées en extérieur à l'abri de la pluie l'hiver dans les régions peu froides et bien ensoleillées.
Elles nécessitent un substrat drainant acide, une bonne aération et une luminosité intense toute l'année.
Les arrosages, de préférence à l'eau non calcaire, du printemps à l'automne seront suspendus en hiver.

Étymologie

- Aloe : du latin aloe qui désignait probablement l'Aloe vera (Pline, Historia Naturalis 27 : V. vers 77 de notre ère).
- compressa : compressé, comprimé, en référence à sa forme, son feuillage distique le faisant paraître comme comprimé latéralement.

Habitat

Aloe compressa pousse sur les hauts plateaux du centre de Madagascar, sur les quartzites et schistes du massif de l'Itremo et des montagnes avoisinantes, entre 1000 et 1500 m d'altitude.
Le climat y est marqué par de fortes amplitudes thermiques, des hivers frais et secs, des étés chauds et pluvieux.

Anecdotes

Description originale (H. Perrier 1926) :
GROUPE III

Périanthe blanc ou rougeâtre, arqué, à divisions conniventes à la base, les externes réfléchies enroulées, les internes rapprochées en tube et fortement imbriquées au sommet ; pédicelles subnuls ; épi raide, à axe un peu épaissi ; étamines incluses. Type ; A. compressa (1 espèce).
XVI. — Aloe compressa n. sp.
A. compressa typica.

Solitaria, acaulis vel subacaulis, flabelliformis, folia 15-20 distichis adscendentibus. Folia 12-15 cm. longa, 5 cm. lata, a basi apicem versus acuminata, apice rotundo, aculeis apice rubellis, vix 2 mm. altis, 4-5 mm. distantibus, basi confluentibus, praedita. Scapus simplex vel rarius 1-furcatus, 60-70 cm. altus, bracteis sterilibus 15-20 præditus. Racemus subovalis, densus, 7-8 cm. longus, 6 cm. latus. Bracteæ alboscariosæ, 5-6 nerviæ, acutæ, ca. 20-24 mm. longae, 10-17 mm. latæ, 2/3 perigonium æquantes. Pedicelli subnulli, 1-2 mm. longi. Perigonium ca. 30 mm. longum, segmentis liberis ; externis basi in tubum subtrigonum conniventibus, apice recurvis ; internis in tubum subarcuatum conniventibus, apice dilatatis, valde imbricatis. Stamina paulo inæqualia, filamentis simillibus. Ovarium apice subobtusum, stylo cylindrico, sulcato, apice truncato.
Plante ordinairement acaule, mais pouvant avoir, sur les très vieux pieds, une courte tige couchée ne dépassant pas 20 cm. de long, portant, au-dessus d'un épais coussin de gaînes et de feuilles anciennes, 15-20 feuilles disposées sur le cycle 1/2, c'est-à-dire régulièrement alternes, et, par suite, disposées sur deux rangs. Suc jaune-verdâtre, peu abondant. Feuille lisse, glauque, de 5-6 mm. d'épaisseur, terminée par une pointe arrondie et plate, munie d'aiguillons plus petits et plus rapprochés que ceux des bords, qui sont robustes, assez coniques, verts ou à pointe rouge, moins robustes et plus rapprochés dans le bas de la feuille. Hampe assez robuste, presque toujours simple, à bractées stériles largement triangulaires, blanches, scarieuses, semi-embrassantes, à 4-5 nervures, prolongées en pointe longue et aiguë. Epi court, de contour presque ovale, portant 40-60 fleurs serrées. Bractées fertiles de la base prolongées en longue pointe, celles placées au-dessus, à pointe de plus en plus courte et devenant finalement nulle, les bractées du sommet de l'épi étant même émarginées. Périanthe blanc, mais à divisions verdâtres ou rouge-brun sur le dos, ayant jusqu'à 33 mm. de long sur le frais, mais parfois aussi beaucoup plus court (25 mm.), en tube droit, subtrigone à la base, avec les divisions externes fortement réfléchies enroulées dans leur moitié supérieure, plus étroites (4 mm.) dans la moitié inférieure que dans la moitié supérieure (5 mm. 1/2) ; les internes rapprochées en tube un peu courbé en avant, de même forme, mais un peu plus courtes, plus étroites dans la partie inférieure (3 mm. 1/2), plus larges dans la partie supérieure (6 mm.) ; les extrémités se recouvrent fortement par leurs bords (le segment antérieur étant recouvrant et celui de droite recouvert).
Etamines légèrement exsertes à l'anthèse (incluses sur le sec), à filets tous de même largeur. Style cylindrique et terminé brusquement en stigmate tronqué-capité. Douce odeur de Lis. Jeunes individus à feuilles parsemées d'aiguillons sur les deux faces, comme chez Aloe capitata.
Vu vivant et sec : n°12556 ; Rocailles (quartzites) vers 1.000 m. alt., fl. mars-mai ; montagnes sur la rive gauche de la Mania (région centrale).
Je rattacherai à cette espèce, les deux variétés ou sous-espèces suivantes, qui en sont nettement des races locales et qui constituent des peuplements importants d'individus tous semblables.
A. compressa rugo-squamosa.
Cette race diffère surtout du type par : son port plus robuste ; ses feuilles plus longues (jusqu'à 23 cm.) et pourtant moins larges (3 à 3 1/2 cm.) d'un vert grisâtre, parsemées en dessous de petites protubérances obsolètes et obtuses, rendant le limbe rugueux ; les aiguillons plus petits, plus rapprochés, plus membraneux ; par sa hampe robuste, souvent 1-2 ramifiée ; et par ses bractées égalant presque les périanthes, qui sont beaucoup plus grands (jusqu'à 55 mm. sur le sec).
Vu vivant et sec = N°10993 : Quartzites des Monts Ivohibe et Iarambao, vers 1.300 m. alt., bassin de l'Andratsay-Mahajilo (région centrale).
A. compressa schistophila.
Plante plus comprimée, un tiers plus petite en toutes ses parties que le type, à feuilles plus nombreuses, plus vertes, plus petites (12 cm. x 20-25 mm.,) à aiguillons plus rapprochés, plus longs, presque cartilagineux ; épis plus raccourcis, parfois aussi larges que hauts ; fleurs bien plus petites (au plus, sur le sec, 22 mm. long.), rougeâtres, et ovaire plus étroit au sommet, presque atténué sur le style. Capsule de 18-20 mm. x 8 mm., à graines irrégulières, de 5 x 2 1/2 mm., à ailes courtes.
Vu vivant et sec, dans une seule localité, sur les phyllades au Nord d'Ambatofinandrahana (W. du Betsileo), vers 1.400 m. alt., en capsule (N°11005, en Juin 1912) et en fleurs (N°12566, Avril 1919).
Ces variétés se distinguent ainsi :
Périanthe rougeâtre long de 22 mm., petites plantes à aiguillons presque confluents (C. ; phyllades) . . . . . . . . . . . . var. schistophila
Périanthe blanc, long de 55 mm. ; bractées presque aussi longues ; plante plus robuste à aiguillons distants, à limbe veruqueux (C ; quartzites) . . . . . . . . . . . . var. rugo-squamosa
Périanthe blanc, long de 30 mm. ; bractées égalant 2/3 du périanthe ; plante robuste à aiguillons distants, à limbe lisse (C. ; quartzites) . . . . . . . . . . . . var. typica
Chacune des trois formes n'a été observée que dans une seule localité. En dehors de ces trois localités, je n'ai observé cette espèce que sur la chaîne Laniharina-Tsitondraina, entre la Mania et l'Andratsay. Les individus de cette quatrième station appartiennent certainement à la variété typica, mais ils en diffèrent néanmoins par les bractées plus étroites, des aiguillons plus nombreux, plus rapprochés, et le périanthe linéolé de rouge. Ils constituent certainement une quatrième race locale. J'en conclus que l'A. compressa est aujourd'hui divisé en autant de races locales différentes qu'il forme de peuplements différents. Il faut noter aussi que ces quatre localités, isolées par suite de la nature des terrains(1) qui conviennent à l'espèce (terrains aujourd'hui morcelés en taches sporadiques), sont néanmoins toutes situées sur une superficie restreinte et ne sont séparées entre elles que par des distances de 30 km. au plus(2).
Les diverses races de cette espèce croissent dans les fentes des roches très fissiles, phyllades et quartzites, et il n'est guère possible de ne pas voir une étroite relation entre la forme comprimée de ces plantes et la fissilité de ces roches. Il y a là un fait d'adaptation excessivement net, et bien fixé, puisque je cultive depuis 3 ans ces plantes dans mon jardin, sans qu'elles aient en rien perdu de la disposition distique des feuilles. L'A. compressa schistophila, spécial aux phyllades, c'est-à-dire à des roches beaucoup plus fissiles que les quartzites, établit d'ailleurs aussi nettement que possible qu'il s'agit bien là d'une réelle adaptation, puisqu'à ces roches plus fissiles correspond, une forme à rosette encore plus mince et plus aplatie. Cette espèce est d'ailleurs très isolée parmi les Aloe malgaches et je ne vois pas du tout de quel autre Aloe a pu descendre, par voie d'adaptation, l'A. compressa. Mais cet isolement devient par lui même un fait d'un grand intérêt si l'on observe que les localités actuelles de l'espèce sont situés sur les lambeaux sporadiques d'un terrain, aujourd'hui réduit presque à rien par l'érosion, mais qui devait recouvrir, durant l'époque tertiaire, des surfaces infiniment plus grandes. Les plantes de ces localités sont donc les derniers représentants, hautement spécialisés, d'une espèce dont l'aire était jadis beaucoup plus vaste, et qui va bientôt disparaître par suite de la destruction par abrasion de la station à laquelle elle est si spécialement adaptée. En d'autres termes, l'A. compressa nous offre l'exemple très net d'une espèce en voie d'extinction naturelle, exemple très rare de nos jours en dehors des disparitions d'espèces causées directement ou indirectement par l'homme, et nous permet de constater que, dans ce cas, la seule cause de cette extinction est la disparition de la station, c'est-à-dire de l'ensemble des conditions de milieu auxquelles la plante était adaptée.

(1) Par suite de diverses particularités (décomposition des roches en argile latéritique, abondance des roches compactes, sédiments en couches horizontales), les roches fissiles dénudées constituent une station très rare, n'existant en fait que sur les lambeaux primaires très réduits, que l'on observe, au-dessus des gneiss, dans l'Ouest Betsileo.
(2) Ces lignes étaient écrites lorsque la découverte d'une cinquième station (Anjanabonoina, dans le bassin de l'Andratsay), où l' Aloe compressa montre encore des caractères spéciaux (f. très allongées, étroites, à aiguillons coniques) à cette localité seule, est venue les confirmer en tous points.

Exposition

Vive (luminosité maxi, plein soleil accepté)

Arrosages

Hiver : aucun. Été : généreux.

Substrat

Standard (3 tiers)

Dimensions maximales

Hauteur : 50 cm. Largeur : 25 cm.

Couleur des fleurs

blanc rosé à rougeâtre

Publications spécialisées

Carter S., Lavranos J.J., Newton L.E., Walker C.C., Aloes the definitive guide, Kew Publishing, 226-228 (2011).
Du Puy D., Plant portraits: 506. Aloe compressa, Aloaceae, Curtis's Botanical Magazine 21(4) : 233-237, pl. 506 (in Four Miniature Species of Aloe from Madagascar 21(4) : 222-245) (2004).
Newton L.E. in Eggli U., Illustrated Handbook of Succulent Plants: Monocotyledons 124 (2001).
Lavranos J.J., Neues aus der Gattung Aloe in Madagaskar: A. compressa var. paucituberculata var. nov., A. cyrtophylla spec. nov., A. berevoana spec. nov., A. megalocarpa spec. nov. Kakteen und Andere Sukkulenten 49(7) : 157-164 (1998).
Hardy D.S., Aloe compressa var schistophila, Flowering Plants of Africa 48(3-4) : pl. 1902 (1985).
Reedy W.A., Aloe compressa var. schistophila, Cactus and Succulent Journal (US) 46(4) : 153 (1974).
Reynolds G.W., The Aloes of Tropical Africa and Madagascar, Aloes Book Fund, 424-428 (1966).
Reynolds G.W., Les Aloes de Madagascar: Révision, Institut de Recherche scientifique de Madagascar, 35-36 (1958).

Numéros de collecte

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Fiche créée le 02/04/2017, mise à jour le 05/05/2017.


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